Les années 1650

 

En France

 

La mode du col étroit atteint son apogée au milieu du siècle. Face au souvenir des grands rabats de dentelle, elle s'impose pendant plusieurs années entre 1648 et 1652 environ (illustration ci-dessous de portraits peints vers 1650).

Rabat-1650v3

Il était logique qu'une fois atteint son faîte, la tendance bascula dans l'effet inverse. Dans le courant des années 1650, elle passe d'une dynamique de rétraction, à un mouvement d'extension. Le rabat s'étend de nouveau vers les épaules. Quand le basculement s'opère vers 1652-1653, vingt ans se sont écoulés depuis le naissance du grand rabat. Ici encore, il s'agit d'une réminescence cyclique.

Le rabat refait donc son apparition mais celui des années cinquante possède au moins deux caractéristiques qui permettent de le distinguer de celui des années trente : le rabat ne présente plus de dents pointues ou de bords lobés (la ligne de portraits ci-dessous illustre la dernière génération de col à présenter un bord plus ou moins ondulé) ; par ailleurs, le développement du rabat se fait autant sur la poitrine que sur les épaules. Contrairement au rabat des années 1630, celui des années 1650 présente une silhouette qui n'est pas ou peu horizontale mais plutôt carrée.

 

Les trois galeries de portraits ci-dessous illustrent l'extention progressive du rabat dans les années 1650. Vers 1652-1655, les bords du rabat reposent à plat sur les clavicules (première ligne de portraits). Dans les années 1655-1658, sa taille double de volume (deuxième ligne de portraits). Dans les dernières années de la décennie, vers 1658-1660, il finit par s'étaler sur toute la longueur des épaules et à taille égale, sur le haut de la poitrine (troisième ligne de portraits).

France, 1650-1655

 

France_1655-1658France, 1657-1660

Ce mouvement d'extension se vérifie dans le col de linge blanc que portent les hommes de robe et de science (galeries de portraits ci-dessous).

rabat_blanc_1650-1655dfdf

rabat_blanc_1655-1659

 

 

 Aux Provinces-Unies

 

Le mouvement d'extension du rabat se distingue aux Pays-Bas par une ligne encore très horizontale. Le rabat s'étend moins sur la poitrine que vers les épaules. 

Au début de la décennie, le col se présente étroit et rabattu contre le cou (première ligne de portraits ci-dessous). A partir des années 1653-1654, il commence à s'étaler sur les épaules, doublant les dimensions de sa surface (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Au milieu des années 1650, il continue de s'étendre horizontalement, tout en avançant sur la poitrine lui conférant une ligne bien particulière qui le distingue du rabat des années 1640 (troisième ligne de portraits ci-dessous). De 1655 à 1659, il s'étend à raison de un à deux centimètres par an (quatrième et cinquième ligne de portraits ci-dessous), dans une forme qui atteint son apogée autour de 1660.

Pays-Bas circa 1650

 

 

Pays-Bas, circa 1653-1654

Pays-Bas, circa 1655Pays-Bas, circa 1656-1657

 

Pays-Bas, circa 1658-1659

 

 

Les années 1660

 

 En France

 

Les années soixante constituent l'apogée du rabat du point de vue de la taille et son point d'orgue en tant que tendance. Comme pour les années 1650, l'évolution de la forme est rapide, et présente chaque année un aspect différent. Son évolution se tient à deux caratéristiques : son passage à une forme verticale et dans la seconde moitié de la décennie, son rétrécissement en taille.

Nobles

France, circa 1661-1664

France, circa 1660-1665

 

 

 

France, circa 1665

 

France, circa 1664-1667

 

Magistrats et officiers de justice

Le rabat s'étend sur la poitrine de façon plus sobre et en décalage temporel avec la mode nobiliaire. La seconde moitié de la décennie est marquée par la ligne verticale (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Magistrat 1660-1665Magistrat 1665-1670

 Hommes de lettres et de sciences

Sont concernés des professeurs, des précepteurs, des astronomes, des mathématiciens, ou des gens de lettres. Les portraits sont rangés selon un ordre qui permet de faire émerger la suite évolutive de la ligne. Ce classement se fait independemment de l'ordre chronologique des portraits qui ne sont pas datés pour la plupart.

Hommes de Lettres 1660-1665Hommes de Lettres circa 1665Hommes de Lettres 1665-1670

Officiers militaires (France-Pays-Bas espagnols circa 1655-1665)

Si la cravate est l'accessoire emblématique de l'habillement militaire, le rabat continue d'être porté dans l'armée. Sa ligne suit l'évolution de la tendance, mais contrairement aux officiers de la grande aristocratie, il est représenté à plat. Ici aussi, les portraits sont rangés dans un ordre qui suit la chronologie de la tendance (par la ligne de leur rabat, les deux premiers portraits appartiennent à la mode de la deuxième moitié des années 1650).

 Officiers militaires, circa 1655-1665

Hommes d'Église 

Les hommes de Dieu ne portent pas de rabat aussi développé que celui des grands magistrats. Leur taille est beaucoup plus modeste (du moins tels qu'ils sont globalement représentés en portrait, certains arborant un rabat plus mondain que d'autres). A cause de la diversité du paysage clérical catholique, une grande variété de formes coexistent. Celle qui nous intéresse dans cet article est celle affichée par les prélats français. Sous l'influence de la mode, leur rabat suit la tendance à l'allongement sur la potirine et adopte cette particularité de la silhouette en pointe qui caractérise le milieu de la décennie. A la fin des années 1660, son développement se stabilise dans une forme rectangulaire qui est appelée à durer.

Prélats 1660-1669

 

 

Aux Provinces-Unies

 

L'accroissement spectaculaire de la production de portraits qui caractérise l'art hollandais au milieu du siècle permet de suivre la tendance à l'année près et d'observer son acmé autour de l'année 1662 (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Au commencement de la décennie, le rabat a encore une ligne très horizontale (première ligne de portraits ci-dessous), puis, dans le courant des années 1663 à 1665, il se réduit en largeur et adopte une ligne verticale (troisième ligne de portraits ci-dessous). Le tournant s'opère vers 1661-1662 quand le rabat recouvre les épaules et la poitrine à égale distance. Il a alors atteint son acmé.

Le rabat se présente tantôt plat, tantôt en jabot dans une forme ondulée qui forme comme deux tuyaux au milieu de la poitrine. Cet effet en jabot est amplifié par le passage du rabat en ligne verticale. Cet étalement sur la poitrine atteint son apogée vers 1665. Dans la seconde moitié de la décennie, le rabat ne repose plus sur les épaules. Il continue de se réduire, d'abord en largeur, puis en hauteur. A la fin de la décennie, il est presque aussi court que la cravate (cinquième ligne de portraits ci-dessous).

Pays-Bas, 1659-1660

Pays-Bas, 1661-1662

Pays-Bas, 1663-1665

Pays-bas, 1666-1667

Pays-Bas, 1668-1669

Le rabat blanc présente la même évolution : passage d'un format horizontal à un format vertical, passage d'un grand format couvrant une grande partie du buste à un petit format.

Rabat-blanc_1663-1665Rabat-blanc_1665-1669

 

 

Les années 1670

 

Durant les années 1660, le col est progressivement remplacé par la cravate. Le rabat est désormais relégué aux habits de fonction des ministres, magistrats et hommes d'église.

annees_1670

 

Les années 1680

 

Cravate 1680

 

 

Épilogue

 

Abandonné par la mode courante, le rabat devient un attribut professionnel. A la fin du Grand siècle, il continue d'être porté par les hommes de loi, magistrats et avocats. Dans le milieu des grands officiers, il adopte une forme standard qui demeure fixe pendant plusieurs décennies (première ligne de portraits ci-dessous). Sa taille ostentatoire permet de le distinguer de celui plus sobre des prêtres.

Le rabat demeure la pièce centrale du costume des hommes de loi pendant tout le XVIIIe siècle (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Magitrats français

Magistrat 1690-1710Magistrat 18e siècle

 

 

 

 

 

 

Prêtres français

Pretres 18e siècle