10 mars 2008

Le col

 

Le col est la pièce de tissu placée au bord de l'encolure, couvrant ou entourant le cou. Il fait souvent partie intégrante de la chemise.

C'est une pièce de vêtement très ancrée dans la mode de la Renaissance et du Grand Siècle. Le col fait son apparition dans la première moitié du XVIe siècle. Il se présente à l'origine avec des bords froncés, puis dans la seconde moitié du siècle, il s'impose sous la forme d'un col rabattu (ou collet renversé). Devenu à la fin du siècle un véritable phénomène de mode, il ne va pas cesser de changer de taille et de forme : au XVIIe siècle, on le voît successivement s'agrandir, se soulever, s'étaler sur les épaules, se rétrécir et finalement s'allonger (on parle alors de collet monté, de rotonde, de collet à rabat et de rabat). Agrémenté de dentelle, il devient un objet de luxe et de raffinement, obligeant les autorités à publier des édits somptuaires pour en limiter les excès.

Dans le courant des années 1660, le col est progressivement remplacé par la mode de la cravate. Le rabat continue de se porter mais sans vraiment connaître d'évolution. Il se fige et devient un uniforme de certaines catégories socio-professionnelles comme celles des ecclésiastiques et des hommes de robe (officiers de justice, etc.).

 

Le col de 1600 à 1650

Le col de 1650 à 1700

Evolution du col de 1600 à 1670Tableau synoptique de la mode du col à rabat de 1600 à 1670.

Il s'agit d'un tableau de portraits essentiellement français (6/28 sont des portraits d'Europe du Nord).

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 (ensemble d'articles en cours de réécriture. Publication prévue au plus tard au 01/01/2022)

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Au début du XVIe siècle :

Au début du XVIe siècle, la mode masculine est au décolleté. Les hommes portent un décolleté large allant jusqu'à faire apparaître les clavicules.

Decolleté masculin, début du XVIe siecleDecolleté masculin debut du XVIe siecle

Létice Par temps froid, l'encolure du vêtement peut être garnie par une bande de pelleterie (c'est-à-dire en fourrure) qu'on appelle létice (images ci-contre).

 

 

 

 

 

Apparition du colDans les années 1520, la mode du décolleté décline. Il cède la place à un col montant qui cache et protège le cou (à droite) :

 

 

 

 




Les années 1530-1540 :

Charles_Quint_1530

C'est au début des années 1530 qu'on aperçoit sur les portraits les marques de naissance du col rabattu. Un fragment du col montant se renverse sur le devant. Le col rabattu se présente donc à l'origine comme une sorte de col cassé.

On le voit ici sur ces deux portraits de Charles Quint ; c'est encore très discret (image ci-contre) :

 

 

Pontormo_ 1529–1530, Portrait d’un joueur de luth - CopieEn Italie, sur ce portrait d'un luthiste peint par Pontormo vers 1529-1530.

 

 

 

 

 

 

col_en_AngleterreLe rabat du col montant devient légèrement plus important au tournant des années 1540 (à droite). Le col montant devient le col renversé ou le col rabattu.






Les années 1550 :

 

Charles Quint en 1548Dans les années 1550, le col rabattu a la taille que nous lui connaissons aujourd'hui. Il est particulièrement visible, car il se détache du costume sombre et austère qui est propre à ces années (image ci-contre : portrait de Charles Quint assis peint par Titien en 1548, Alte Pinakothek de Munich).

 

 

Le col rabattu est également porté en France. Si l'on en juge sa présence sur les portraits des gentilhommes de la cour d'Henri II, il devient l'un des grandes tendances de cette époque. Sur ses portraits officiels, le roi lui-même ne porte que ce type d'ornement, abandonnant le petit col en fraise qui se voyait encore sur ses portraits de début de règne.

 France, années 1550

Clouet-montmorencyfrançois22Si la forme d'un col rabattu le long du cou, semble prédominer la tendance, il apparaît qu'une nouvelle ligne fasse son entrée à la fin de la décennie :

En effet, plusieurs portraits présentent un rabat plus ou moins relevé. Le col n'apparaît pas rabattu le long du cou, mais suspendu, prenant appui sur le revers du collet ou du pourpoint (image ci-contre, portrait au crayon de François de Montmorency). Cette forme est davantage présente sur les portraits des années 1560, mais quelques exemples de portraits de la décennie précédente (quoique non datés de façon précise), permettent de fixer le départ de cette mode à cette époque (images ci-dessous).

 col_leve

 

Les années 1560  et 1570 :

 

En France

 

Les années 1560 et 1570 sont marquées par la tendance de la fraise, mode triomphante qui met le col blanc sur le banc de touche pendant un long moment. Sur leurs portraits, les gentilhommes arborent désormais la collerette.

Le col blanc ne disparaît pas pour autant. Il apparaît encore sur un certain nombre de portraits et l'on peut constater dans les collections de portraits qu'il habille surtout les " hommes de métier " plutôt que des courtisans.

col_releveEn effet, le col se remarque surtout sur les portraits des hommes de guerre, des hommes de loisdes hommes de Dieu, et des hommes de sciences (ci-contre, portraits du pharmacien Pierre Quthe et du médecin Jacques Daléchamps).

Dans la continuité de la tendance de la décennie précédente, le col est disposé déployé au-dessus du col de l'habit, les bords retombant dans le vide au-dessus des épaules (galerie ci-dessus).

Toutefois, sur la plupart des portraits, en particulier pour les années 1570, le col présente de façon homogène, une ligne assez classique, rabattu le long du cou. Le col rabattu n'est plus une tendance ; il se fige dans une forme standard.

Officiers militaires

(images ci-dessous, portraits de l'amiral de Coligny et du maréchal de Montmorency)

l'amiral de Coligny et le maréchal de Montmorency

Magistrats

(Guy du Faur de Pibrac conseiller d'état, et du chancelier Michel de l'Hospital)

Guy Dufaur de Pibrac et Michel de L'Hospital

Hommes d'Église

(ci-dessous, portraits de l'évêque de Verdun et du cardinal de Lorraine)

l'évêque de Verdun et le cardinal de Lorraine

 

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Les années 1580

 

 

En France

 

La prédominance de la fraise et sa taille extravagante amènent inévitablement la mode à se réorienter vers une esthétique plus sobre. Le col rabattu fait son grand retour sur les portraits des gentilshommes de la cour. Peut-être faut-il y voir dans ce regain, le renouveau spirituel de l'époque (la Contre-Réforme) qui amène les nobles, à la suite du roi Henri III, à présenter un style vestimentaire plus sevère. Il est également possible d'y voir l'influence du style italien dans une cour qui est très éprise de culture italienne (langue, arts du spectacle, etc.).

Henri III, 1580Le premier à donner l'exemple est le roi de France lui-même. Les gravures qui diffusent son image dans les années 1580 le représentent principalement avec un col blanc rabattu. Le premier portrait qui marque ce changement de style date de 1580 (image ci-contre ; portrait de Henri III par Thomas de Leu et Jean Rabel, 1580, BnF). A partir de cette époque, le col rabattu devient l'un des ornements privilégiés des gentilshommes de la cour (sans pour autant que soit abandonnée la fraise, en particulier dans sa forme à la confusion).

Cette appropriation du col rabattu par la cour entraîne automatiquement le départ d'une mode évolutive dont les déclinaisons vont s'enchainer sur une période très longue qui va durer 80 à 90 ans.

Evolution de Henri III entre 1578 et 1586Cette évolution peut s'observer sur les portraits du roi Henri III (image comparative ci-contre). Sur les premiers portraits du roi en col vers 1580, le tombant est étroit et replié sur le cou. Dans les portraits plus tardifs, le rabat est plus large et déployé au-dessus du col.

De sorte qu'il est possible de distinguer à travers l'étude d'un corpus de portraits, plusieurs types de cols. Pour les années 1580, je propose d'en distinguer 5. Mais la présentation que j'en fais est purement catégorielle ; elle ne saurait correspondre à une réalité évidemment plus nuancée. Par ailleurs, les formes présentées demeurent spécifiques aux catégories sociales qui ont les moyens de se faire tirer le portrait. Elles ne prennent pas en compte les formes populaires moins empesées.

Enfin, un point commun semble les distinguer de la génération de cols précédents : l'absence de décoration en passementerie. A partir des années 1580, le col a pour caractéristique d'être d'un blanc uni.

 

galerie_typologiquev3

 

 

Philippe Strozzi- Type n° 1 : le modèle classique

C'est le col rabattu dans sa forme la plus classique. C'est le modèle standard tel qu'il est porté dans les années 1560 et 1570. Désuet, il est peu présent sur les portraits des années 1580 (image ci-contre ; portrait de Philippe Strozzi par Pierre Dumonstier vers 1580, Weissgallery). La tendance de cette époque lui préfère une forme courte et fermée qui produit un effet plus sévère (voir le type n° 3), ou sa version plus moderne, aplatie en pointe sur la poitrine (voir le type n° 4). Il apparaît parfois sur les portraits gravés des hommes illustres de ce temps mais ce sont des modèles de représentation plutôt stéréotypés qui ne sont pas forcément le reflet du réel (galerie d'images ci-dessous représentant Biron et trois chefs ligueurs : Guise, père et fils et Mayenne).

Bien que quasi absent des portraits, ce modèle standard est important pour comprendre les autres formes, la tendance étant toujours déterminée par rapport à ce modèle, soit dans la continuité, soit dans l'opposition.

Col_classique

 

 Henri III de Navarre-  Type n° 2 : le col en dentelle

C'est le même col que le précédent, mais avec de la dentelle en reticella et des bords en dents. En France, c'est un modèle assez rare. Il ne semble pas avoir été une tendance vestimentaire marquante. Dans le fonds des crayons de la Bibliothèque nationale de France, les portraits où il apparaît, ne sont pas plus de 6 ou 7 (1ère galerie de portraits ci-dessous). Sur l'ensemble de la collection, il ne représente vraiment qu'un faible pourcentage. Par ailleurs, les rares portraits qui l'arborent, semblent appartenir à une période très limitée ; ceux qui sont datés, le sont du tout début de la décennie.

Le fait que ce style se trouve beaucoup sur les portraits anglais (voir les portraits anglais plus loin) oriente les recherches vers la mode outre-Manche. Faut-il considérer, cette tendance comme ayant un caractère proprement "anglais" ? C'est une piste, mais il en existe une autre. Dans la gravure française, le rabat en dentelle a la caractéristique d'habiller uniquement les hommes de guerre. L'association de ce modèle avec les représentations en armure semble systématique (2ème galerie de portraits ci-dessous).

C'est d'ailleurs avec ce type de portrait militaire que le roi de Navarre, chef du parti protestant en France (et futur Henri IV), a été représenté (image ci-dessus). Il n'est pas inintéressant de noter que le col en dentelle n'apparaît pas du tout sur les portraits du roi de France, Henri III, homme de bureau et d'intérieur. En revanche, il habille ici, le roi de Navarre l'un des principaux chefs militaires de son temps (sur une peinture qui constitue l'une des rares représentations peintes de ce prince à cette époque).

France, col en dentelle

Militaire

 

 

 Louis de Gonzague, duc de Nevers- Type n° 3 : le col étroit aux pointes rapprochées

C'est le type de col que portent les prêtres et les hommes de lettres (du moins tel qu'il apparaît dans les portraits ; galerie d'images ci-dessous).  Sa petite taille et sa forme étriquée produisent cet air grave et sevère qui caractérise cette catégorie socio-professionnelle.

C'est avec cette forme de col que le duc de Nevers, Louis de Gonzague se fait représenter (image ci-contre ; portrait d'atelier de Bernardino Campi, Dorotheum, vente de juin 2020). Connu en France pour son engagement dans la reconquête catholique, ce prince dévot a laissé le souvenir d'un homme réfléchi et rigoureux, hostile aux superfluités de la cour et des mignons qui l'animent.

France, prêtres et lettrés

Pantalon de la Comedia dell'arteC'est également ce type de rabat que porte Pantalon, le vieillard avare et ridicule de la Comedia dell'arte, sur cette image peinte vers 1580 (image ci-contre en extrait : Scène de la Commedia dell’Arte, circa 1580, Artcurial, 2013).

Alors que sur la partie droite du tableau, le galant jeune homme porte toujours autour cou la fraise. Celle-ci garde en ce début des années 1580, son caractère d'élégance et de modernité vestimentaire. 

 

- Type n° 4 : le col aux pointes orientées vers la poitrine

Henri III, Pousse Cornet ValoirC'est une tendance qui va à contre-courant du type précédent. Les bouts du rabat tombent en pointe sur la poitrine, dans une ligne assez triangulaire, plus ou moins ostentatoire. C'est le modèle dit pelle à tarte, dénomination employée au XXe siècle, notamment pour désigner la tendance des années 1970  (image ci-contre ; portrait d''Henri III, Vente de Pousse Cornet Valoir, Vente de 2020).

C'est la mode vestimentaire la plus couramment représentée dans les collections de portraits (sélection d'images ci-dessous). Qu'il s'agisse de peinture ou de crayon, ce modèle prédomine dans les années 1580. Cette hégémonie iconographique nous laisse supposer qu'il est la principale tendance de cette époque.

France, 1588-1589

Les trois Guise, circa 1590C'est avec cette forme que sont représentés les trois frères Guise sur le tableau conservé aujourd'hui au château royal de Blois (image ci-contre ; Les trois Guise). Au temps de la Ligue catholique, ce type de rabat est en passe de devenir le modèle standard par excellence.

 

 

 

Henri III, musée Narodowe- Type n° 5 : le col déployé aux pointes écartées

A la fin des années 1580, quelques rares portraits présentent des rabats aux pointes écartées, orientées sur le coté, donnant l'effet d'une ligne horizontale. C'est le point de départ d'une mode qui va durer plusieurs décennies.

Cette tendance est abondamment illustrée par l'iconographie du roi Henri III (image ci-contre en extrait : portrait d'après Dumonstier, musée Narodowe). A l'origine, il s'agit d'un rabat dont les tombants sont simplement déployés au-dessus du col, les pointes retombant légèrement recourbées et retroussées.

années 1580

 

 

  En Angleterre

L'utilisation de la dentelle et de motifs de passementerie s'observait déjà sur les fraises anglaises des années 1550 et 1560. Force est de constater que pour les années 1580, ce style reste une caractéristique typiquement anglaise. Là, où les portraits français présentent des rabats amidonnés, unis d'un blanc impeccable, les portraits anglais offrent une diversité de modèles très chargés.

Par ailleurs, le rabat anglais se distingue de la mode française par une largeur plus importante.

cols anglaisanglais_1586_1589

 

 

 

Les années 1590

 

  En France

 

 

panel_de_rabatvdef

Cette série de quatre portraits appartient à la galerie des illustres du château de Beauregard. Elle représente les hommes d'Henri III passés au service d'Henri IV après l'assassinat du roi en 1589 (Biron père, d'O, le maréchal d'Aumont et Biron fils). Chacun d'entre eux porte un type de col différent. Le premier, porté par le vieux Biron, présente la forme la plus classique, pliée et rabattue sur le cou (voir le type n° 1 des années 1580). Le second, porté par François d'O, ancien mignon du roi, présente le rabat en déploiement comme il peut se remarquer sur la plupart des derniers portraits d'Henri III. Enfin, les deux autres présentent le modèle pelle à tarte selon les deux tendances du moment ; l'une - pointes en bas - arrive à son terme (voir le type n° 4), et l'autre - pointes écartées - portée par le jeune Biron, est en cours de développement (voir le type n° 5).

ligue_vdef1Cette diversité des modes se retrouve sur le tableau du musée Carnavalet représentant une procession de la Ligue à Paris vers 1590 (image ci-contre, en extrait). Dans la foule, en arrière plan, sont représentées juxtaposées les deux principales formes pointues du col au début des années 1590, l'une orientée vers la poitrine (le type n° 4), et l'autre, plus moderne, orientée sur les cotés (le type n° 5). Un troisième personnage, en tête de procession, représentant un homme d'Eglise, probablement un prêtre, porte le col fermé aux pointes rapprochées (le type n° 3). 

 

- le col à pointes orientées vers la poitrine (voir le type n° 4 des années 1580)

Dans les années 1590, c'est une mode en fin de parcours, mais qui s'observe encore sur les portraits. Sa particularité est que le rabat est plié à l'arrière du cou mais déployé devant, aplatie sur la poitrine. Elle présente donc une pliure plus ou moins marquée sur le coté. Le rabat est comme "cassé". Cet effet est renforcé avec la rigidité du col selon le degré d'amidonnage de celui-ci.

1590-1595

 

- le col à pointes écartées (voir le type n° 5 des années 1580)

Le rabat aux pointes écartées domine la mode des années 1590. Elle naît de l'écartement des pointes (1ère ligne de portraits ci-dessous).

Au fil des années, elle est marquée par le développement des tombants qui deviennent de plus en plus large. Cette tendance se poursuivra dans les années 1600 où elle atteindra son faîte.

France, circa 1595-1599France, circa 1595-1599

France, circa 1600

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12 novembre 2019

Col et rabat - XVIIe siècle - Partie 1

 

Les années 1600

 

En France

 

Au commencement du Grand siècle, le col rabattu se présente plié à l'arrière du cou, mais déplié à l'avant, les pointes écartées. Cette mode née dans les années 1580 est à l'origine du développement du rabat au XVIIe siècle.

La galerie de portraits présentée ci-dessous illustre ce développement progressif qui caractérise la fin du XVIe siècle. Ce sont des portraits peints à la fin des années 90 ou approximativement vers 1600. A la quatrième image, le col présente les formes empesées caractéristiques de la première décennie du XVIIe siècle. Empesé signifie que le col a été traité à l'empois, une colle à base d'amidon. Ce traitement qui rigidifie le tissu, permet au col de ne pas s'avachir. Empesé, il conserve sa forme. 

Portraits circa 1600

 

La tendance dominante de cette époque est le déploiement en pointe sur les côtés et en conséquence l'extension du rabat au-dessus des épaules. Comme le col reste plié à l'arrière de la tête, il a cette silhouette géométrique particulière, d'aspect très pyramidal.

Galerie_1602Les trois premiers portraits ci-contre à gauche sont datés de 1602. Ceux de la galerie en-dessous sont respectivement datés de 1603 et 1604. Ils montrent l'évolution du col vers la forme d'une pyramide aux arrêtes presque droites.

galerie_1603-04

Plié au-dessus des épaules, le col empesé a une forme à trois dimensions, celle d'un tétraèdre au sommet duquel trône la tête.

circa_1603L'usage de la dentelle s'observe surtout chez les nobles (comme sur le portrait ci-contre à droite, représentant le jeune prince de Condé).

A la fin de la première moitié de la décennie, le col recouvre une bonne partie des épaules, mais sans être posé à plat. Ses bords ne font que les effleurer.

La galerie de portraits ci-contre présente les deux façons de présenter le rabat, soit tombant et relaché, soit monté et raide.

 

Puy d'Amiens de 1603Pour une étude typologique des formes du col, je vous invite à découvrir au musée de Picardie à Amiens, la série de tableaux appelés puys, offrant un ensemble de portraits représentant essentiellement des hommes et des femmes de la bourgeoisie (ci-dessous)

Puy d'Amiens de 1601A travers trois tableaux, respectivement datés de 1601, 1603 et 1605, on saisit les différentes formes du col et leur évolution dans le temps. L'étude de cette iconographie est essentielle pour contrebalancer l'approche évolutionniste qui particularise ma démarche sur ce blog.

 

 ***

Au milieu de la décennie, le col apparaît désormais en apesanteur. Il se soulève des épaules qu'il laisse apparaître. C'est le collet monté, un col empesé monté sur une armature métallique. C'est la principale nouveauté et caractéristique des années 1600 : le col est suspendu.

Galerie 1605-1610En se soulevant, le col poursuit son extension au-dessus des épaules. Il s'ouvre comme les pétales d'une fleur. Par ailleurs, il continue de se déployer en pointe. A la cour, cet aspect pointu lui donne un aspect triangulaire.

Cette silhouette triangulaire est très caractéristique de la tendance des années 1609-1610 environ. On la retrouve sur les derniers portraits du dauphin Louis (images ci-dessous à droite, représentant le dauphin avant sa montée sur le trône en 1610 à l'age de neuf ans)

Galerie 1607-1609Cette disposition en pointe se retrouve sur les gravures de l'entrée ducale d'Henri II à Nancy en 1610 (L'ordre tenu au marcher parmy la ville de Nancy capitale de Lorraine à l'entrée en icelle du serenissime prince Henry II). La gravure représentant la noblesse à cheval, offre toute une série de points de vue du collet monté, selon la position du cavalier (de face, de profil, de trois-quarts) (image ci-dessous).

Entrée ducale de 1610

Dans le cercle robin et intellectuel, moins assujetti aux vanités de la mode, les hommes portent un collet plus sobre (images ci-dessous).

Portraits de robins, 1605-1610Son style est en décalage de quelques années avec celui de la mode curiale, car sa forme ne présente pas cet aspect triangulaire vu précédemment. C'est plutôt celle des cols empesés du début de la décennie, conjugué à la forme aérienne propre aux années 1600.

religieux_c1610Evidemment, pour les plus modestes et les plus réfractaires à la mode, il y a toujours la possibilité de porter un col blanc à petit rabat, comme les prêtres le portent ordinairement (illustrations d'hommes d'Eglise ci-contre) ; ou tout simplement, pour les plus austères, de ne rien porter.  

 

 

 

 

 

En Europe du Nord

 

En Angleterre, le col présente des formes moins empesées qu'en France. Le linge est plus librement disposé. Au début de la décennie, le col est posé à plat sur les épaules, quand celui de la mode française est disposé en tétraèdre.

Dans la seconde moitié de la décennie, sous l'influence de la mode française (?), la tendance devient celui du collet suspendu.

Portraits anglais 1603-1605

Pour portraiturer le roi Jacques Ier d'Angleterre (ci-dessous), deux peintres proposent deux modèles différents (celui des deux images à gauche, et celui des images à droite), mais l'évolution est la même : le rabat devient suspendu, prémices du collet monté.

Portrait de James I

1605

Peter Paul Rubens, 1609Dans les pays du nord de l'Europe, comme aux Pays-Bas, la collet monté ne semble pas prédominant à l'inverse de la France. La mode existe, mais on lui préfère la fraise.

Dans son autoportrait Sous la tonnelle de chèvrefeuille, réalisé en 1609, le peintre Rubens se représente avec son épouse dans un cadre champêtre (extrait ci-contre à gauche). C'est le portrait souvenir de leur mariage. La pose est décontractée, et à l'image de cette atmosphère détendue, le col du peintre retombe librement sur les épaules. Son collet n'est pas monté. 

Portraits Europe du Nord 1605-1610

 

 

 

Les années 1610

 

 

En France

 

Anonyme, French schoolLe collet monté des années 1610 a la forme d'un plateau semi-circulaire légèrement convexe.

Le col est toujours suspendu mais il n'est plus plié à l'arrière de la tête. Il s'aplatit, se tend et adopte le contour d'un demi-cercle. Cette évolution lui fait perdre l'aspect pointu et triangulaire qu'il avait dans la tendance précédente.

Ce développement s'effectue de façon progressive, car dans les premières années de la décennie, le col garde encore sa forme de corolle évasée.

Daniel Dumonstier, Portraits d'hommes, 1610-1612 Le portrait de Guillaume de l'Aubéspine (ci-contre à droite) dessiné en 1612 par Daniel Dumonstier, présente  un col ballant, dont les bords retombent légèrement inclinés vers le bas.

Le col tend à s'aplatir mais durant toute la période de la régence de Marie de Médicis (1610 à 1614), sa forme reste encore légèrement convexe (images ci-dessous).

Collet monté vers 1615-1620

 

 

 

 

 

Le passage du collet à une forme rigide et plate se fait dans le courant de la décennie. Les trois portraits du roi Louis XIII (ci-dessous) permettent de saisir l'évolution de la tendance : le collet monté présente d'abord un col évasé, de forme convexe (vers 1610), puis, se présente comme un plateau rigide (vers 1615-1616), et enfin, ce plateau paraît s'affaisser légèrement en formant deux sortes d'ailes (vers 1618-1620 ?).

Louis XIII années 1610

 Gentilhomme français vers 1615-1620

Le  collet monté sous forme de plateau rigide est la deuxième tendance à retenir pour les années 1610. Est-ce cette forme semi-circulaire qui explique qu'on lui ait donné le nom de rotonde ? (portrait ci-contre)

On peut penser que cette tendance finit par s'imposer dans la deuxième moitié de la décennie. En témoignent les deux portraits ci-dessous à droite, qui sont datés de l'année 1618.

Collet monté plat 1610-1618

Le déploiement du col rabattu se remarque également chez les robins, du moins ceux qui fréquentent la cour et qui se font portraiturer. Les hommes de loi portent un col au rabat large, faiblement plié et déployé amplement.

Le col chez les robins

 

 

En Angleterre

 

En Angleterre, la rotonde s'impose également dans les portraits des années 1615-1620 (troisième ligne de portraits ci-dessous). Au début de la décennie, la collet monté reste plié à l'arrière de la tête ou présente une forme simplement convexe (première ligne de portraits ci-dessous). Les portraits du roi Jacques Ier montre ce passage d'une ligne convexe à une forme plus raide (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Portraits anglais circa 1610-1612

Le roi Jacques Ier

Angleterre 1615-1618

Collet anglais 1613Le collet monté peut prendre des dispositions luxuriantes très osées. Sur les deux portraits anglais ci-contre, la rotonde est bordée de dents en dentelle en forme de languette de grande taille et pointue.

 

 

 

 

Aux Provinces-Unies

 

Aux Pays-Bas, l'on retrouve les mêmes tendances, même si la fraise prédomine encore largement. Les illustrations présentées ci-dessous appartiennent à une série de portraits d'officiers réalisés par Van Ravesteyn et conservés au Mauritshuis à la Haye. Ils répondent à une commande du prince d'Orange, ce qui explique leur homogénéité (cadragre, décor, posture et habit). Les portraits ont principalement été peints vers 1611-1612. Ils donnent un état des différents variantes de cols existant à un instant T. Je n'en présente que quatre mais le Mauritshuis en conserve plus d'une vingtaine (voir sur Wikimedia). Si la forme dominante est celle du collet monté, de nombreuses différences apparaissent au niveau de l'ornementation de la dentelle,  du degré de pliage, et de la taille du rabat. Cette présentation permet de montrer que l'étude du vêtement ne saurait se réduire à suivre l'évolution de la tendance. La forme de la veture répond à d'autres critères : ici, c'est l'officier le plus jeune qui porte le col le plus grand, tandis que le plus âgé porte le col le plus sobre...
Portraits d'officiers hollandais circa 1611-1612

 

 

 

 

 

 

Les années 1620

 

 

1 - Le grand col en plateau

 

Le collet monté dans sa forme de plateau connaît son apogée dans les années vingt.

Dans le milieu curial, c'est une mode exubérante qui présente des plateaux qui font la largeur des épaules. Sa taille et la richesse de sa dentelle témoignent du degré de noblesse de son porteur et de son rang à la cour. Les quatre portraits ci-dessous sont des seigneurs de la haute noblesse française (Guise, Montmorency, Nevers, Soissons). Cette tendance se rencontre également en Angleterre et les cours d'Europe, mais on peut se demander si cette exubérance n'est pas propre à la France. Sur les portraits étrangers, les rotondes sont moins présentes et moins ostentatoires, y compris en Angleterre où la fraise à la confusion prédomine largement.

Portraits de princes français années 1620

 Le duc de BuckinghamCes deux portraits du duc de Buckingham réalisés à une date peu éloignée montrent deux styles différents de porter le collet monté. Le premier est un portrait d'apparat qui présente un grand plateau riche en dentelle ; c'est le collet monté que portent les riches seigneurs de la cour à l'occasion des cérémonies officielles. Le second portrait présente un collet plus sobre par sa taille et sa dentelle ; c'est le collet monté porté au quotidien.

Hommes d'EgliseLa rotonde n'est pas réservée à la noblesse d'épée. C'est une mode également portée par les gens de robe, hommes de loi ou d'Eglise. Le style est évidemment plus sobre, généralement sans dentelle (ci-contre portrait d'un évêque, du cardinal de Guise et du cardinal de Richelieu).

Cette mode du collet monté se porte encore à la fin de la décennie. On le trouve encore représenté sur les gravures de « mode » éditées vers 1628-1629 (Couple d'elegants habillés à la mode de France par Jean Picart, 1628 et La noblesse française à l'église par Abraham Bosse, 1629).

L'essentiel de son évolution réside dans son abattement. Les deux ailes latérales s'affaissent (illustrations ci-dessous).

 col tombant

 

 

 

 

 

 

2 - Le petit rabat empesé

 

Pendant que s'achève la mode du collet monté en plateau, une nouvelle tendance fait son apparition : le petit rabat empesé.

Clese_rabutin_Bussy-RabutinA première vue, c'est une mode qui ne présente rien d'original ; probablement lassés des extravagances de la rotonde, les gentilshommes de la cour reviennent à un type de col beaucoup plus sobre, mais également à la connotation plus militaire.

Cette forme est une réminescence du collet porté vers 1600. Sa forme paraît moins pyramidale, car l'amplitude de l'angle de pliage est quasi identique à l'avant et à l'arrière du col (portrait ci-contre d'un gentilhomme français habillé en tenue militaire vers 1625).

Il s'agit d'un rabat empesé, c'est le traitement du tissu à l'empois qui permet à la pièce de retomber de façon raide au-dessus des épaules. Le rabat n'épouse pas la forme du cou, mais survole les clavicules.

Sir Thomas Meautys en 1626Cette tendance trouve peut-être son origine en Europe du Nord. C'est le type de rabat que l'on rencontre souvent sur les portraits des chefs militaires aux Pays-Bas ou en Allemagne (galerie de portraits ci-dessous). Le vêtement est plus commode à porter sur le champs de bataille.

L'Europe du Nord a également connu la rotonde (dans des dimensions raisonnables) mais dans le courant des années 1620, les bords du rabat s'affaissent. La galerie de portraits ci-dessous l'illustre : le premier portrait représente Ernst von Mansfeld, commandant illustre de la guerre de Trente ans, peint pendant son séjour à Londres en 1624. Les autres portraits sont datables de la seconde moitié de la décennie.

Chefs militaires d'Europe du Nord Années 1620

Col

A fin de la décennie, ce petit col en dentelle se transforme. Il s'agrandit, au point que les dents qui le bordent touchent les épaules. Il garde son effet aérien, car il n'épouse par la forme du pourpoint qu'il ne fait qu'éffleurer. Il reste un collet empesé.

Peu à peu, il s'étale, donnant naissance au grand col rabattu. En un temps très rapide, il va devenir ce grand rabat de dentelle si caractéristique du costume masculin de l'époque dit Louis XIII.

La transition s'effectue dans les années 1628-1630. Le rabat prend d'abord une silhouette carrée (1629)

La noblesse à l'église - 1629

 

 

 

 

 

 

Les portraits anglais présentent toujours un col au tissu relâché, faiblement ou pas empesé (ci-dessous).

Angleterre 1628-1630

 

 

 

 Les années 1630

 

 

En France

 

Exemple de rabat (1632)

Le grand col de dentelle est emblématique du règne de Louis XIII. Il n'existe pourtant que dans la troisième et dernière partie de son règne (1630-1643), celle des années les plus glorieuses. Hasard des dates, son usage colle parfaitement avec les limites de la décennie. De 1630 à 1640, le col rabattu s'étale sur toute la longueur les épaules et n'en bougera pas.

Le grand rabat de dentelle ne reste pourtant pas une mode figée. Pendant ses dix années de règne, il présente différentes tendances, qui se distinguent par les formes et le nombre des dents qui le bordent, ou bien par les formes et la disposition des motifs de dentelle.

France, circa 1630-1635

France, circa 1635-1639

France, circa 1630-1639

 

 

 

 Aux Provinces-Unies

 

La mode des années 1630 est marquée par la prédominance du rabat. Bien qu'aux Pays-Bas, la fraise à la confusion ait connu un grand engouement, elle finit par s'effacer au profil du grand tombant de dentelle.

Aux Pays-Bas, cette évolution peut être constatée sur les portraits de groupe des édiles. Les deux tableaux présentés ci-dessous en constituent un exemple ; ils ont été peints à trois années d'intervalle. Sur le tableau de 1633, seuls 2 hommes sur 7 portent un rabat (et, un seul seulement porte le grand rabat en dentelle). Sur le tableau de 1636, c'est l'inverse, seuls 3 hommes sur 15 portent la fraise. La juxtaposition des deux images permettrait ainsi de situer aproximativement au milieu des années 1630, le mouvement de bascule où la mode du rabat supplante celle de la fraise. Il reste à vérifier si cette illustration peut être généralisé et si elle s'applique aussi bien en dehors du milieu politique. 

 1633-1636_Pays-Bas

La comparaison des deux tableaux permet également de relever les deux principales tendances formelles de cette époque : la première est l'extension du rabat au-dessus des épaules et la seconde est le retrait de la dentelle qui est releguée aux bords et dents du rabat.

Tendance 1 : Extension et... rétraction

L'extension se constate dès le commencement de la décennie. Elle est progressive et atteint son apothéose au milieu de la décennie. Entre 1635 et 1637, le rabat est si large qu'il dépasse des épaules et s'affaisse sur le partie supérieure des bras (4e ligne de portraits ci-dessous). A partir de 1637 environ, la tendance s'inverse ; le rabat connaît un reflux progressif. Dans les trois dernières années de la décennie, il se réduit en largeur mais sans pour autant revenir à la taille qui était celle de l'année 1630 (5e ligne de portraits).

Provinces-Unies_1630-1632Provinces-Unies_1632-1634Provinces-Unies_circa_1635Provinces-Unies_1636-1637Provinces-Unies_1637-1639

Tendance 2 : Épanouissement et retrait de la dentelle sur le tombant

Si l'extension du rabat, puis sa retraction, constituent la principale caractéristique de la tendance des années 1630, le deuxième effet de mode visible concerne l'utilisation de la dentelle. Après une période d'excès où la dentelle recouvre les trois quarts de sa surface, la tendance revient à un style plus sobre. Dans la seconde moitié de la décennie, la dentelle est releguée aux rebords du rabat (4e et 5e lignes de portraits ci-dessus). Aux années luxuriantes, succède une ornementation relativement plus mesurée où les tombants du rabat se présentent sans dentelle.
1630-1640 Cette disposition apparaît plus rarement sur les peintures du début de la décennie ; ce qui signifie pas qu'elle n'était pas moins portée. Là, il convient de distinguer la mode du monde et la mode plus commune : il en est un exemple avec le portrait de cet officier militaire (premier portrait ci-contre, daté de 1631).

En revanche, les portraits de la seconde moitié des années 1630 présentent presque exclusivement cet effet. Les rebords en dentelle sont soit larges comme sur les portraits vus ci-dessus, soit plus discrets avec des petites dents comme ci-dessous :

Provinces-Unies_1635-1639

En parallèle, le rabat blanc sans rebords et sans dentelle se porte durant toute la décennie. Provinces-Unies_rabat_blanc

 

 

Les années 1640

 

 En France

 

Au début des années 40, la taille du rabat se raccourcit, laissant les épaules à découvert. Le grand col de dentelle tombe en désuétude. Au fil des années, il rétrécit au point de revenir à la taille d'un simple petit col blanc.

Le rabat vers 1640-1644Les quatre portraits ci-contre (Louis XIII, Lesdiguières, Cinq-Mars, et Tréville) donnent une idée de la transition qui s'opère dans les dernières années du règne de Louis XIII, entre 1640 et 1644. Peu à peu, la longueur du rabat se rétrécit.

Cossiers, JanL'une des caractéristiques du rabat de cette époque est la forme lobée des dents qui le bordent. La tendance des bords pointus cède définitivement la place à une style plus doux. Le portrait d'un luthier par le peintre flamand Jean Cossiers (ci-contre) présente un col sans dentelle, dont les bords présentent un aspect presque ondulé. Cet effet se retrouve sur le portrait du duc de Beaufort (ci-dessous).

 

Beaufort Orleans2Dans les premières années de règne du jeune Louis XIV, le rétrécissement du rabat peut se mesurer au nombre de dents qui forment le rebord du col ; le rabat a d'abord trois dents de chaque côté du cou (portrait du duc de Beaufort ci-contre à gauche), puis, dans la deuxième moitié de la décennie, il n'en a plus que deux (portrait de Gaston d'Orléans ci-contre à droite). La juxtaposition des deux portraits permet de saisir cette évolution.

Louis XIV entre 1643 et 1648

L'on retrouve ces évolutions sur les portraits du roi Louis XIV.

 

 

 

 

 

Aux Provinces-Unies

 

1640-1642En 1640, la ligne du rabat présente deux axes de déplacement. Le premier concerne le retrait des épaules et le second, son allongement sur la poitrine : le rabat se réduit en longueur en même temps, qu'il s'avance en largeur. Cette combinaison lui donne une ligne carrée qu'il va conserver pendant toute la première moitié de la décennie.

Cet effet est très marqué sur les portraits peints vers 1640-1642 (galerie de portraits ci-contre).

Parallèlement, le rabat continue son rétrécissement amorcé vers 1636-1638. Il se réduit progressivement d'un à deux centimètre par an environ. Les premières lignes de portraits ci-dessous illustrent cette évolution. Dans la seconde moitié de la décennie, le rabat se réduit à quelques centimètres de largeur.

Au sein de cette tendance, le rabat se présente soit de façon empesée et raide (comme sur nombre de portraits de Frédéric-Henri prince d'Orange), soit de façon souple et relachée (comme la grande majorité des portraits ci-dessous).

 Provinces-Unies, 1640-1645 ligne 1Provinces-Unies, 1642-1643 ligne 2Provinces-Unies, 1644-1647 ligne 3Provinces-Unies, circa 1648, ligne 4Provinces-Unies, 1648-1649

 

 En Angleterre

 

 Dans l'Europe du nord des années 40, le retour au petit col blanc coïncide parfaitement avec l'implantation politique du puritanisme. Dans l'Angleterre protestante de Cromwell, l'austérité est de mise.

Nobles anglais

 

 

 

Nobles anglais et hollandais

 

 

 

 

 

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Col et rabat - XVIIe siècle - Partie 2

Les années 1650

 

En France

 

La mode du col étroit atteint son apogée au milieu du siècle. Face au souvenir des grands rabats de dentelle, elle s'impose pendant plusieurs années entre 1648 et 1652 environ (illustration ci-dessous de portraits peints vers 1650).

Rabat-1650v3

Il était logique qu'une fois atteint son faîte, la tendance bascula dans l'effet inverse. Dans le courant des années 1650, elle passe d'une dynamique de rétraction, à un mouvement d'extension. Le rabat s'étend de nouveau vers les épaules. Quand le basculement s'opère vers 1652-1653, vingt ans se sont écoulés depuis le naissance du grand rabat. Ici encore, il s'agit d'une réminescence cyclique.

Le rabat refait donc son apparition mais celui des années cinquante possède au moins deux caractéristiques qui permettent de le distinguer de celui des années trente : le rabat ne présente plus de dents pointues ou de bords lobés (la ligne de portraits ci-dessous illustre la dernière génération de col à présenter un bord plus ou moins ondulé) ; par ailleurs, le développement du rabat se fait autant sur la poitrine que sur les épaules. Contrairement au rabat des années 1630, celui des années 1650 présente une silhouette qui n'est pas ou peu horizontale mais plutôt carrée.

 

Les trois galeries de portraits ci-dessous illustrent l'extention progressive du rabat dans les années 1650. Vers 1652-1655, les bords du rabat reposent à plat sur les clavicules (première ligne de portraits). Dans les années 1655-1658, sa taille double de volume (deuxième ligne de portraits). Dans les dernières années de la décennie, vers 1658-1660, il finit par s'étaler sur toute la longueur des épaules et à taille égale, sur le haut de la poitrine (troisième ligne de portraits).

France, 1650-1655

 

France_1655-1658France, 1657-1660

Ce mouvement d'extension se vérifie dans le col de linge blanc que portent les hommes de robe et de science (galeries de portraits ci-dessous).

rabat_blanc_1650-1655dfdf

rabat_blanc_1655-1659

 

 

 Aux Provinces-Unies

 

Le mouvement d'extension du rabat se distingue aux Pays-Bas par une ligne encore très horizontale. Le rabat s'étend moins sur la poitrine que vers les épaules. 

Au début de la décennie, le col se présente étroit et rabattu contre le cou (première ligne de portraits ci-dessous). A partir des années 1653-1654, il commence à s'étaler sur les épaules, doublant les dimensions de sa surface (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Au milieu des années 1650, il continue de s'étendre horizontalement, tout en avançant sur la poitrine lui conférant une ligne bien particulière qui le distingue du rabat des années 1640 (troisième ligne de portraits ci-dessous). De 1655 à 1659, il s'étend à raison de un à deux centimètres par an (quatrième et cinquième ligne de portraits ci-dessous), dans une forme qui atteint son apogée autour de 1660.

Pays-Bas circa 1650

 

 

Pays-Bas, circa 1653-1654

Pays-Bas, circa 1655Pays-Bas, circa 1656-1657

 

Pays-Bas, circa 1658-1659

 

 

Les années 1660

 

 En France

 

Les années soixante constituent l'apogée du rabat du point de vue de la taille et son point d'orgue en tant que tendance. Comme pour les années 1650, l'évolution de la forme est rapide, et présente chaque année un aspect différent. Son évolution se tient à deux caratéristiques : son passage à une forme verticale et dans la seconde moitié de la décennie, son rétrécissement en taille.

Nobles

France, circa 1661-1664

France, circa 1660-1665

 

 

 

France, circa 1665

 

France, circa 1664-1667

 

Magistrats et officiers de justice

Le rabat s'étend sur la poitrine de façon plus sobre et en décalage temporel avec la mode nobiliaire. La seconde moitié de la décennie est marquée par la ligne verticale (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Magistrat 1660-1665Magistrat 1665-1670

 Hommes de lettres et de sciences

Sont concernés des professeurs, des précepteurs, des astronomes, des mathématiciens, ou des gens de lettres. Les portraits sont rangés selon un ordre qui permet de faire émerger la suite évolutive de la ligne. Ce classement se fait independemment de l'ordre chronologique des portraits qui ne sont pas datés pour la plupart.

Hommes de Lettres 1660-1665Hommes de Lettres circa 1665Hommes de Lettres 1665-1670

Officiers militaires (France-Pays-Bas espagnols circa 1655-1665)

Si la cravate est l'accessoire emblématique de l'habillement militaire, le rabat continue d'être porté dans l'armée. Sa ligne suit l'évolution de la tendance, mais contrairement aux officiers de la grande aristocratie, il est représenté à plat. Ici aussi, les portraits sont rangés dans un ordre qui suit la chronologie de la tendance (par la ligne de leur rabat, les deux premiers portraits appartiennent à la mode de la deuxième moitié des années 1650).

 Officiers militaires, circa 1655-1665

Hommes d'Église 

Les hommes de Dieu ne portent pas de rabat aussi développé que celui des grands magistrats. Leur taille est beaucoup plus modeste (du moins tels qu'ils sont globalement représentés en portrait, certains arborant un rabat plus mondain que d'autres). A cause de la diversité du paysage clérical catholique, une grande variété de formes coexistent. Celle qui nous intéresse dans cet article est celle affichée par les prélats français. Sous l'influence de la mode, leur rabat suit la tendance à l'allongement sur la potirine et adopte cette particularité de la silhouette en pointe qui caractérise le milieu de la décennie. A la fin des années 1660, son développement se stabilise dans une forme rectangulaire qui est appelée à durer.

Prélats 1660-1669

 

 

Aux Provinces-Unies

 

L'accroissement spectaculaire de la production de portraits qui caractérise l'art hollandais au milieu du siècle permet de suivre la tendance à l'année près et d'observer son acmé autour de l'année 1662 (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Au commencement de la décennie, le rabat a encore une ligne très horizontale (première ligne de portraits ci-dessous), puis, dans le courant des années 1663 à 1665, il se réduit en largeur et adopte une ligne verticale (troisième ligne de portraits ci-dessous). Le tournant s'opère vers 1661-1662 quand le rabat recouvre les épaules et la poitrine à égale distance. Il a alors atteint son acmé.

Le rabat se présente tantôt plat, tantôt en jabot dans une forme ondulée qui forme comme deux tuyaux au milieu de la poitrine. Cet effet en jabot est amplifié par le passage du rabat en ligne verticale. Cet étalement sur la poitrine atteint son apogée vers 1665. Dans la seconde moitié de la décennie, le rabat ne repose plus sur les épaules. Il continue de se réduire, d'abord en largeur, puis en hauteur. A la fin de la décennie, il est presque aussi court que la cravate (cinquième ligne de portraits ci-dessous).

Pays-Bas, 1659-1660

Pays-Bas, 1661-1662

Pays-Bas, 1663-1665

Pays-bas, 1666-1667

Pays-Bas, 1668-1669

Le rabat blanc présente la même évolution : passage d'un format horizontal à un format vertical, passage d'un grand format couvrant une grande partie du buste à un petit format.

Rabat-blanc_1663-1665Rabat-blanc_1665-1669

 

 

Les années 1670

 

Durant les années 1660, le col est progressivement remplacé par la cravate. Le rabat est désormais relégué aux habits de fonction des ministres, magistrats et hommes d'église.

annees_1670

 

Les années 1680

 

Cravate 1680

 

 

Épilogue

 

Abandonné par la mode courante, le rabat devient un attribut professionnel. A la fin du Grand siècle, il continue d'être porté par les hommes de loi, magistrats et avocats. Dans le milieu des grands officiers, il adopte une forme standard qui demeure fixe pendant plusieurs décennies (première ligne de portraits ci-dessous). Sa taille ostentatoire permet de le distinguer de celui plus sobre des prêtres.

Le rabat demeure la pièce centrale du costume des hommes de loi pendant tout le XVIIIe siècle (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Magitrats français

Magistrat 1690-1710Magistrat 18e siècle

 

 

 

 

 

 

Prêtres français

Pretres 18e siècle

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