30 août 2009

La coiffure des dames de 1500 à 1550

Coiffure des dames de 1500 à 1550

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07 septembre 2009

Le roi danse ... mais sans rhingrave


Benoit Magimel dans le roi danseBenoit Magimel est Louis XIVSi Le roi danse (2000) est un film de qualité au regard des costumes, on ne manquera pas de regretter leur anachronisme.

Alors que le film commence dès les années 1650, le roi et sa cour sont déjà habillés selon la mode des années 1670. Les hommes ne portent ni rhingrave, ni grand col, ni rubans, ni canons. A la place, ils sont habillés par des culottes et de longs justaucorps. Le roi danse ne représente pas la cour du jeune Louis XIV. C'est pourtant l'histoire de cette cour-là que le film raconte en partie.

La prise de pouvoir par Louis XIV de RosseliniEst-ce le choix du réalisateur Gérard Corbiau de ne pas rendre son film et ses acteurs trop ridicules ? La question se pose quand on regarde le film plutôt désuet de Robert Rosselini, La  prise de pouvoir par Louis XIV (1966). Les hommes sont habillés à la mode du début du règne du roi soleil. Les haut-de-chausses sont cachés par un rhingrave, sorte de jupe agrémentée de petits rubans. Les manches s'arrête au coude et le justaucorps s'arrête au nombril laissant apparaître la chemise (image ci-contre).

Est-ce une mode trop ridicule à notre société contemporaine ?

La scène du mariage dans MolièreLe film d'Arianne Mnouchkine Molière répond à la question avec force de manière négative. Le film date de 1978 et raconte de manière synthétique la vie de Jean-Baptiste Poquelin (le personnage est interprété par Philippe Caubère que l'on connaît généralement davantage que comme le papa de Marcel Pagnol dans La gloire de mon père)

La réalisatrice a cherché à retrouver l'ambiance de l'époque et grâce au costume, ce pari est pleinement réussi (images ci-contre et ci-dessous).

 

Louis XIV dans MolièrePhilippe Caubère est MolièreLe film redonne vie à la mode de l'époque avec une fidélité beaucoup plus respectueuse que Le roi danse. Et le résultat est puissant.

Molière n'a jamais été aussi bien dépeint. La société et l'atmosphère de l'époque n'ont jamais été aussi bien reconstituées.

J'encourage vivement le visionnage de ce film qui sans aucun doute fera date dans la représentation cinématographique du Grand Siècle. 

 

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09 septembre 2009

Les années 1580

Henri IIILa grande fraise godronnée continue de se porter durant toute la décennie 1580. Après les excès de dentelle des années 1570, la fraise se présente bien mieux sans passement dans un ton uni immaculé.

Il faut noter que face à la mode du col rabattu, elle se porte surtout par les gentilshommes français pour les grandes occasions.

Fraises du début des années 1580

Fraise en Angleterre 1580-1586

Aplatissement des godronsDans le courant des années 1580, les godrons de la fraise s'aplatissent. Ils passent d'une forme verticale à une forme horizontale

Fraise des années 1580 à godrons aplatis

La fraise à confusionA l'approche des années 1590, la fraise apparaît plus fréquemment sous la forme d'une fraise à la confusion.

Il s'agit d'une fraise librement froncée, présentant un enchevêtrement de plis au lieu d'un alignement de tuyaux bien réguliers.

La fraise à confusion à la fin des années 1580

Fraises de Hollande en 1588

Les hommes de robe et de lettres portent une fraise bien évidemment plus modeste en largeur :

Hommes de robe et de lettres dans les années 1580

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21 septembre 2009

Les années 1570

1570Les années 1570 constituent en France la phase la plus aboutie de l'épanouissement de la fraise. Elle poursuit son développement en hauteur dans la première moitié de la décennie et s'étale ensuite progressivement en largeur, faisant reposer la tête sur un bloc de plis amidonnés. Elle devient plus que jamais un élément ostentatoire de la mode que chacun individualise par l'ajout de dentelle et de godrons échancrés tantôt dentelés et évasés.

De 1570 à 1575 :

Fraise de 1570 à 1572

Fraise de 1572 à 1575

Dans la seconde moitié de la décennie, c'est en largeur que la fraise s'étend, jusqu'à sa maturité en 1578.

De 1575 à 1578 :

Fraise de 1575 à 1576

Fraise de 1576 à 1578

Fraise de 1576 à 1577

Vers 1578 :

Fraise de 1577 à 1578

On remarque la même évolution à l'étranger, notamment en Angleterre. Ici, de 1576 à 1579 :

Fraise en Angleterre de 1576 à 1579

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08 décembre 2009

La coiffure en raquette


Au XVIe siècle, dans la haute aristocratie française - et par imitation chez les dames de moins haute condition - la mode est marquée par la coiffure en raquette.  Coiffés avec la raie au milieu, les cheveux sont relevés sur les tempes formant un coeur que maintient un arcelet. Cette mode qui succède au passe-filon apparaît sur les portraits des femmes de la cour dès la fin du règne de François Ier, mais connaît son épanouissement dans le courant des années 1570. Elle était également appelée coiffure en ratepenade (ce qui signifie chauve-souris). Pendant les guerres de religion, elle était vigoureusement condamnée par les ministres protestants (ce qui n'empêcha pas les grandes dames de la religion de l'adopter).

Dans les années 1550 :

Années 1550

Vers 1565-1570 :

La coiffure française vers 1565-1570

En 1573 :

La coiffure française en 1573

En 1575 :

 

La coiffure française en 1575

En 1578 :

 

Vers 1578

Vers 1580 :

Années 1580

Vers 1590 :

Vers 1590 et alentour

Dans les années 1590 :

 

La coiffure des années 1590

De 1597 à 1599 :

La coiffure de 1597 à 1599

De 1600 à 1605 :

La coiffure de 1600 à 1605

Sous le règne d'Henri IV, la coiffure en raquette cède la place à la coiffure en mitre (chapeau lithurgique des prélats dont elle évoque la forme). On parle également pour cette époque de coiffure à la jacobine

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21 février 2010

Bourgeoisie : le chaperon à bavolet

 


Chaperon à bavoletAu XVIe siècle, pendant que les femmes de la haute aristocratie édifiaient leurs cheveux en raquette, les dames du rang inférieur portaient plus communément le chaperon à bavolet. Il s'agissait d'un escoffion surmonté d'un grand pan de toile se relevant au-dessus du visage et descendant dans le dos.

C'est la coiffe par excellence des femmes de la bourgeoisie. Il affirme à la personne qui la porte une position sociale qui la distingue du populaire. Et contrairement aux femmes nobles plus enclines à dévoiler leur cou et leurs cheveux, le chaperon à bavolet procure aux citadines qui le portent cet effet rangé propre au genre de vie bourgeois.

 

 

La nourrice de Louis XIII portant un chaperon à bavoletLa mode du chaperon à bavolet existe dès le début du XVIe siècle. On le voit porté par des dames nobles dans les tapisseries du règne de Louis XII. Cette mode serait venue d'Italie au moment des expéditions françaises (Camille Piton parle d'ailleurs de coiffe à l'italienne, mais il convient d'être vigilant avec le vocabulaire).

 

Le chaperon à bavolet à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle (où l'on voit qu'il peut se porter avec une coiffure en raquette) : 

Le chaperon à bavolet dans la seconde moitié du XVIe siècle

Le chaperon à bavolet entre les deux siècles

 

Portraits de dames de la bourgeoisie, années 1570 (ci-dessous)

Bourgeoises, années 1570

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14 mars 2010

Marguerite à nouveau "nue" dans Henri 4 (2009)


Armelle Deutsch et Julien Boisselier dans Henri IV (2009)Le 11 mars dernier, France 3 a diffusé en première partie de soirée le film Henri 4 de Jo Baier, un film allemand de production européenne qui raconte l'épopée fabuleuse de ce grand roi. En dépit de son gros budget et de la présence de bons acteurs, le film est une grossièreté innommable digne d'une production grolandaise. Sa malhonnêteté fait insulte au public et on s'étonne qu'en 2010, on laisse encore passer pour historique ce qui relève d'une vision ordurière et abrutissante. Mais le contenu historique n'est pas le propos de ce blog.

Aujourd'hui, je propose de reconstituer le costume que Marguerite de Valois portait vers 1580, quand elle vivait à la cour de Nérac au coté de son époux. Nous partirons d'une photographie du film qui représente Marguerite de Valois (jouée par Armelle Deutsch) et Henri III de Navarre (joué par Julien Boisselier). La reine y porte une robe et une coiffure renaissance à la mode des années 2000. L'ensemble conjugué à la grâce naturelle d'Armelle Deutsch est très esthétique. Mais pour l'époque, la reine Marguerite est comme représentée "nue", dépouillée de ses accessoires de mode dont elle était l'égérie.

épaulettescollerettesSi on considère que nous sommes en 1580, il faudrait lui rajouter : 

-  des épaulettes,

- une petite gorgerette pour cacher les épaules des regards impudiques des courtisans,

- une collerette en éventail,

- des manches ballonnées,

- quelques bijoux supplémentaires, car Marguerite est une reine ; je rappelle que nous sommes au XVIe siècle dans une société divisée en rang et en dignité et où les susceptibilité sociales provoquent autant de troubles que les différences religieuses. Le port des bijoux est réglementé par des lois ; à chaque titre de noblesse correspond un quota limité de diamants. Sur la photographie, la reine est davantage habillée comme une bourgeoise. 

Le costume de Marguerite reconstitué7- une coiffure en raquette (et pourquoi pas une perruque blonde comme elle en portait)

Ce qui donne :

 

 

 

Pour comparer avec les portraits de Marguerite de Valois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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07 juillet 2010

L'attifet


Anne d'Este duchesse de Guise et de Nemours vers 1570Le terme attifet désigne pour le XVIe siècle la coiffe formant un arc de chaque côté du front.

C'est une mode adoptée par les dames de la noblesse à l'époque des guerres de religion durant cette période d'inclination ascensionnelle qu'ont eue les dames pour la coiffure en raquette. L'attifet peut d'ailleurs servir de support à celle-ci :

Catherine de Bourbon vers 1580-1590Attifet et coiffure en raquette sont deux éléments qui découlent de cette tendance qui consiste durant les années 1570 à former un coeur au-dessus du visage. On les retrouve sur les portraits des dames de la cour de France dès la fin du règne de Charles IX, époque marquée par un renouvellement d'une mode qui atteindra son apothéose à la cour d'Henri III, comme si les temps douloureux qui suivirent le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) n'avaient en rien freiné la culture des apparences ; bien au contraire. Une réaction culturelle aux rigueurs du puritanisme protestant ?

L'attifet peut se porter avec un chaperon et tend d'ailleurs à se confondre avec lui. On le voit en illustration sur le portrait de la deuxième dame représentée ci-dessous. Le chaperon apparaît au-dessus de l'attifet en formant une pointe sur le front :

L'attifet vers 1575 :

Dames avec attifet vers 1575

Dames avec attifet vers 1595Comme l'attifet est lié à la coiffure en raquette, il évolue en même temps qu'elle. Au cours des années, il s'agrandit et s'élève vers le haut.

L'attifet vers 1595-1600 :

L'attifet est souvent associé au deuil ou au veuvage pourtant rien ne permet ici de l'affirmer. Bien au contraire. Sur les deux portraits placés ci-dessus, sont représentées deux jeunes femmes qui viennent d'être mariées ou sont sur le point d'être mariées ; Louise duchesse de Montmorency et Catherine de Bourbon, soeur d'Henri IV.

Elisabeth IeerL'attifet semble être davantage un caprice de la mode qu'un accessoire de convenance porté pour marquer un temps d'austérité

A l'étranger, on retrouve le même type d'accessoire porté comme ici par Elisabeth d'Angleterre (ci-contre) qui est connue pour être restée coquette en dépit de son âge avancé.

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10 septembre 2010

Le chaperon


Le chaperon est une coiffe très répandue au XVIe siècle. Autant porté par les femmes de l'aristocratie que par celles de la bourgeoisie, il est omniprésent dans le paysage de la Renaissance française. Il est le concurrent le plus redoutable du chapeau.

Evolution du chaperon d'après des sculpturesIl est né de cette vogue qu'on appelle«templettes», qui était portée depuis la fin du XVe siècle et qui consistait en une sorte de coiffe descendant de chaque côté du visage, jusqu'au bas des joues (1ere figure de droite).

A l'origine constitué principalement d'un bandeau, le chaperon a connu durant tout le XVIe siècle de profondes transformations. Il a notamment beaucoup évolué en épousant les formes successives de la coiffure en raquette.

Dans le courant du règne de François Ier, le bandeau semble se dédoubler. Le chaperon présente alors deux bandeaux superposés l'un sur l'autre (2e figure de droite).

Sous le règne d'Henri II, le chaperon tend ensuite à devenir un bonnet, devenant cette fameuse coiffe que les portraits endeuillés de la reine Catherine de Médicis ont rendu célèbre (3e figure de droite). A cette époque, le chaperon n'était pourtant pas encore systématiquement associé au veuvage.

Le chaperon connaît ensuite une deuxième phase de transformation quand la mode de la coiffure en raquette fit relever les cheveux en hauteur (années 1570 et 1580). Il tend alors à se confondre avec l'attifet.

1556L'évolution de la mode du chaperon présentée ici, est essentiellement réalisée à partir d'images provenant des dessins de la cour de France ; de fait, elle comporte des aléas puisque certains d'entre eux sont à peine esquissés. Par ailleurs, il est bon de savoir que je les ai retouchés en gommant la silhouette de ces dames et en laissant la voilette de derrière dans une découpe qui ne signifie rien puisque celle-ci est sensée pendre droite derrière le dos (image de droite). La voilette a d'ailleurs tendance à disparaître à partir du règne d'Henri III.

Les années 1520 

Chaperon des années 1520

Les années 1530

Chaperon des années 1530 

Les années 1540

Chaperon des années 1540

Les années 1550

Chaperon des années 1550

Les années 1560

Chaperon des années 1560

Les années 1570

Chaperon des années 1570

Les années 1580

Chaperon des années 1580

Les années 1590

Chaperon des années 1590

Les années 1600

Chaperon des années 1600

Les années 1610

Chaperon des années 1610

Les années 1620

Les années 1620

Au XVIIe siècle, le chaperon-attifet donne naissance au sommet de la coiffure à un petit appendice que d'aucuns appellent un béguin de veuve.

 

Devant cet enchaînement continue et fluide de portraits, je tiens à rappeler la complexité des pratiques vestimentaires. Selon le rang de la personne (princesse, moyenne ou petite noblesse, riche ou petite bourgeoisie..), selon le statut (de veuve, de jeune mariée, de matrone..), et selon le style de vie (veuve joyeuse, veuve austère, dévote, femme du monde, vieille femme portant des coiffes démodées...), le chaperon présentait pour chaque époque des aspects variés.

Elisabeth Duval à la fin du XVIe siècleSous le règne d'Henri IV, le chaperon à la mode présente la particularité d'avoir sur le front un découpage en pointe. Cette tendance est née de la forme des voiles portées par les veuves et qui depuis les années 1570, s'était beaucoup accentuée (voir l'évolution des voiles dans les portraits de la reine Catherine).

A l'aube du Grand Siècle, on la voit essentiellement portée par les bourgeoises, par les vieilles femmes et les veuves.

Bourgeoise des années 1610La voilette qui pendait en appendice derrière le chaperon semble disparaître définitivement, quant à elle, au début du règne de Louis XIII, sous l'apparition de nouvelles formes (images de droite et ci-dessous) :

Coiffes de veuve du premier quart du XVIIe siècle :

Premier quart du XVIIe siècle

Marie de Médicis revêtue de sa tenue de deuil (1610) :

Marie de médicis

 

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14 novembre 2010

Deuil des fraises


Affiche du film La Princesse de MontpensierL'année 2010 est marquée par la sortie dans les salles de cinéma de l'adaptation cinématographique de La princesse de Montpensier, une nouvelle du XVIIe siècle écrite par Madame de La Fayette. Le film se déroule pendant les guerres de religion au sein de la haute société aristocratique. Il met en scène les tourments sentimentaux d'une jeune femme soumise par les convenances de son époque et de son rang. Pour faire ressortir cette dualité, Bertrand Tavernier s'est efforcé d'ancrer son film dans le cadre moral de la société du XVIe siècle. Il y a de sa part un effort considérable de reconstitution historique qui se ressent à chaque instant dans le film (même si le cinéaste s'en défend). C'est ce qui lui donne toute sa crédibilité et en fait sa réussite.

Inévitablement, la comparaison avec La Reine Margot se présente à notre esprit. Le film de Patrice Chéreau était un film baroque donnant une vision fantaisiste et fantasmée de la cour des Valois.  A la trivialité traditionnelle des films historiques français, Bertrand Tavernier oppose une vision plus réaliste où la violence et la passion des hommes sont dissimulées par l'apparence des convenances.

Marie et ses prétendantsCet effort de crédibilité se ressent complètement dans le choix des costumes. Les protagonistes sont habillés dans des vêtements qui renvoient bien aux années 1560, époque où se déroule l'histoire. Les hommes portent de superbes hauts-de-chausses (indispensables pour cette époque où ils atteignent leur volume maximal). Les épaules de la princesse sont recouvertes par de belles gorgerettes et, point important, la beauté et la qualité de ses robes la distinguent des autres femmes de sa maison. Le costume doit en effet être un reflet social et dans le film de Tavernier, il y parvient.

AnjouEvidemment, je ne peux pas m'abstenir de relever ici et là quelques aspects étonnants. La séquence de la cour est plutôt décevante (soulignons l'apparition très caricaturale de la reine Catherine). Tavernier ne s'attarde heureusement pas à filmer les courtisans et il fait bien car on aperçoit une incohérence des costumes. Une collerette à la Médicis y fait d'ailleurs une apparition anachronique mais heureusement brève. On peut également s'étonner du choix de certains chapeaux que portent les protagonistes comme l'espèce de béret que porte le duc d'Anjou ou la toque très contemporaine de la princesse.   

L'aspect le plus regrettable du costume reste l'absence totale des fraises. Même si le film s'en passe très bien, on ne peut manquer de réagir aux propos de Bertrand Tavernier. Ils sont tirés d'un article de l'Express :

"Sur le plan esthétique, il fallait à tout prix éviter le côté reconstitution historique. C'est pourquoi j'ai refusé de me baser sur des peintures. Dans les tableaux, les personnes étaient spécialement habillées pour l'occasion. Le résultat ne reflétait pas la réalité. J'avais adoré pour cela La reine Margot, de Patrice Chéreau, où les héros étaient le plus souvent en chemises et non en tenues d'apparat. Essayer de singer des cérémonies d'époque est comparable à quelqu'un qui voudrait filmer des paysans dans les champs en se basant sur les photos de leur mariage ! C'est pourquoi, ici, personne ne porte de fraises, ces cols soi-disant caractéristiques du XVIe."

la princesse de Clèves (1961)Tavernier a raison de souligner que la fraise n'est pas forcément un accessoire de mode caractéristique du XVIe siècle. Il s'agit effectivement d'une tendance qui ne se développe qu'à partir des années 1550 et qui présente selon les époques une forme variée. En revanche, le cinéaste fait totalement fausse route quand il réduit la fraise à un accessoire de portrait. C'est précisément à l'époque où se déroule le film (fin des années 1560 et début des années 1570) que la fraise devient précisément la grande mode. Dans un milieu aussi cérémonieux que la cour, elle était omniprésente. Elle avait donc sa place dans le film et ce d'autant plus que l'histoire se passe dans un cercle aristocratique sinon princier.

Malheureusement, nous vivons actuellement dans une époque où les cinéastes qui abordent cette époque rejettent la fraise. Pour eux, c'est un colifichet qui coûte cher et qui renvoie une image à la fois kitsch et désuète. On pense notamment aux vieux films guindés des années cinquante comme l'excellent film de Delannoy, La princesse de Clèves, sorti en 1961 (image ci-dessus). Les fraises ont également beaucoup été utilisées pour caricaturer des personnages ridicules (dans les dessins animés par exemple).  De fait, le cinéma rejette aujourd'hui cet accessoire qui était si tendance sous Charles IX. Tavernier n'échappe pas lui-même aux dictats de la mode. Son film reste un reflet de sa propre époque.

le prince fraiséL'autre problème des fraises, c'est que faute de documentation suffisante, on a encore du mal aujourd'hui à saisir l'évolution de son usage. Les arts du spectacle semblent encore beaucoup ignorer la richesse de la diversité de la mode au XVIe siècle. Il existe en effet autant de différences entre les années 1560 et 1580 qu'entre les années 1960 et 1980. Dans la majorité des films et des spectacles où elle est utilisée, la fraise est soit anachronique, soit disgracieuse. Si Tavernier les avait employées dans son film, il est probable qu'elles auraient fait tâche.

image originale du princeEvidemment, puisqu'il s'agit là de mon plaisir, je n'ai pas manqué de retoucher certaines images du film en les mettant à la mode de l'époque. Sur l'image originale (à droite), Grégoire Leprince-Ringuet qui joue le prince de Montpensier portait sous son pourpoint une chemise garnie d'un ruché comme on en portait sous François Ier (costume donc démodé). C'est ce ruché qui se développant avec le temps a donné naissance à la fraise. Le photomontage (ci-dessus à gauche) le représente désormais avec une fraise de la mode de 1570 ; les godrons se présentaient sous une forme arrondie et la fraise sous un aspect haut et étroit.

fraise mal mise à droiteDe la même façon qu'une cravate, une fraise ne se met pas n'importe comment. Il y a des manières pour la porter avec classe. Son intérêt est de mettre le visage en valeur. Elle doit cacher le cou pour que le visage apparaisse entièrement découpé. L'image de gauche présente par exemple une manière désinvolte sinon grotesque de porter la fraise. C'est un détail mais qui fait tout.

 

 

Le prince en colA défaut de fraise, le prince aurait pu également porter un col (image de gauche). Pendant les guerres de religion, le col est également un accessoire de mode très prisé. Sous Henri III, il semble même progressivement remplacer la fraise.

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