09 mars 2013

La cour des Tudor sous Henri VIII


 

Les TudorsDepuis le début de sa diffusion à la télévision en 2008, la série des Tudors a fait l'objet de beaucoup d'éloges. La raison du succès ? un scénario bien ficelé, des mannequins en guise d'acteur, des scènes érotiques très osées et des costumes d'une qualité exceptionnelle.  

Si je n'avais pas encore posté d'article à ce sujet, c'est parce qu'il n'y avait pas grand chose à dire des costumes sur le plan historique. Les producteurs l'ont affirmé eux-mêmes ; les Tudors est une oeuvre de fiction qui relève de l'interprétation ; les costumes procèdent davantage de la création artistique que de la recherche historique.

L'objectif était clair : les Tudors doivent plaire à un public jeune et moderne et pour y parvenir, la série doit donner à la Renaissance un aspect à la fois contemporain, sensuel et glamour. Le message est sans équivoque, les affiches officielles de la série présentent les personnages principaux dans des poses lascives et des tenues légères, très éloignées des principes de représentation de la cour sous Henri VIII (image ci-dessus).

Portrait d'Henri VIIILe public a pu le constater par lui-même ; les acteurs ont été castés pour leur beauté et leur sex-appeal : aucune importance n'a été donnée à la ressemblance physique avec les personnages historiques apparaissant dans la série. Le décalage est énorme entre les portraits du roi Henri VIII, de corpulence importante et le physique svelte et glabre de l'acteur Jonathan Rhys Meyers qui l'incarne (d'ailleurs il est amusant de voir qu'il y a toujours des fans qui ont besoin de se rassurer en se disant que les contemporains du roi disaient qu'Henri VIII était un beau jeune homme dans sa jeunesse ; le témoignage est totalement subjectif et ne correspond pas à ce qu'était le roi à 30 ans, quand il apparaît au premier épisode). 

Pour que la série des Tudors parle au public d'aujourd'hui, les costumes d'époque ont été totalement réinterprétés. De fait, la série donne davantage d'informations sur les tendances du XXIe siècle que sur la mode de la Renaissance. Les marques les plus évidentes de cette transformation sont les coiffures qui n'ont absolument rien du XVIe siècle (image ci-dessous).

Coiffure des années 2000 dans les Tudors

***

 

Dans Les Tudors, la plupart des costumes que porte la reine Anne Boleyn (jouée par Natalie Dormer) sont fantaisistes ; les éléments vestimentaires qui évoquent le passé sont anachroniques,  que ce soit la collerette (qui n'existe pas à son époque), les chapeaux et les mancherons, il n'y a quasiment rien de vraisemblable sur le plan historique (première ligne d'images ci-dessous).

Les autres femmes de la série ne sont pas moins mal loties. Les reines Catherine d'Aragon, Jeanne Seymour et Anne de Clèves ressemblent plus à des princesses de Disney ou à des personnages de science-fiction. L'habillement de Jeanne Seymour est clairement emprunté à Blanche-neige, une manière de présenter la reine comme une oie blanche (deuxième ligne d'images ci-dessous).

Anne Boleyn par Natalie Dormer

Catherine, Jeanne Seymour et Anne de Clèves

Deux soeurs pour un roi (2008)Pour saisir l'importance du décalage entre la réalité historique et le monde imaginé dans Les Tudors, il importe d'établir des comparaisons avec d'autres films. Ils furent très nombreux sur cette époque et cette histoire en particulier. Le dernier en date, est sorti en France en 2008 (la même année que le passage des Tudors à la télé) : il s'agit de Deux soeurs pour un roi (The Other Boleyn Girl).

Même si le style des costumes peut toujours être discuté, ces derniers ont beaucoup plus de vraisemblance historique que dans Les Tudors.

Plusieurs aspects vestimentaires méritent d'être salués. Au niveau de la tête, les femmes apparaissent revêtues de la coiffe en gable, caractéristique de la cour des Tudor. Les deux soeurs Boleyn (jouées par Natalie Portman et Scarlett Johansson) portent l'escoffion à la française qu'elles ont ramené de leur séjour à la cour de France (images ci-dessous). La forme de ces coiffes sont d'une précision très réaliste et beaucoup plus fidèle que les accessoires de diadème inventés dans la série des Tudors.

Au niveau des tenues, les femmes portent de larges revers de manche, qui est l'élement vestimentaire omniprésent et la mode caractéristique de la première moitié du XVIe siècle. On ne l'aperçoit que de manière passagère dans les dernières saisons des Tudors.

Deux soeurs pour un roi

Dames anglaises de la cour des Tudor

 

***

 

Jonathan Rhys MeyersLe caractère fantaisiste de la série des Tudors apparaît également dans le costume masculin. La dimension érotique recherchée par les producteurs ressort à travers l'usage abusif du cuir. Avec son pourpoint noir et ses longues bottes, ou ses pantalons en cuir qui lui moulent les cuisses, Jonathan Rhys Meyers incarne un roi très Rock'n roll (image ci-contre). Pour les lecteurs qui l'ignorent peut-être, le style Rock'n roll est apparu au XXe siècle et n'a rien à voir avec la Renaissance (je le dis sans ironie, parce qu'il y a des personnes qui ne le savent pas forcément). Les Tudors sont à la limite de la fantasy ; l'allusion à des films de science-fiction comme Matrix saute aux yeux dans l'une des images officielles de la saison 3 (image ci-dessous).

Dans la conception des costumes des Tudors, il y a évidemment une inspiration du style Renaissance, mais malheureusement, les éléments vestimentaires inspirés du XVIe siècle, sont anachroniques. L'habillement ne renvoie pas à la mode de la cour d'Henri VIII mais plutôt à celle de la reine Elisabeth Ière. Il y a dans la silhouette générale, un anachronisme de plusieurs décennies. Le roi porte des pourpoints et des hauts-de-chausse apparents et courts (image ci-dessus), alors que sous Henri VIII, les gentilshommes portent surtout la saie, une tunique qui descend jusqu'au genou ; le reste de la silhouette est le plus souvent camouflé par un très gros manteau qu'on appelle la chamarre. Cette dernière apparaît dans la série mais dans des coupes qui ne relèvent pas de la mode de l'époque (plutôt celle des générations suivantes). Quant à la tunique, elle apparaît plus rarement dans les dernières saisons, mais dans des formes et des matières totalement réinventées. Le pourpoint est omniprésent dans la série, alors que c'est plutôt une mode de la seconde moitié du siècle. Sous Henri VIII, le pourpoint est d'abord un vêtement de dessous qui se porte sous un collet ou une tunique.

Costumes masculins des Tudor

Henri VIII par Eric BanaA contrario de la série des Tudors, les costumes masculins du film Deux soeurs pour un roi, illustrent très bien les tendances de l'époque d'Henri VIII : des vêtements amples et lourds, incarnations de la fastuosité et de la magnificence propre à cette période. La mode est à la silhouette large ; les hommes doivent en imposer par leur carrure. Le roi Henri (joué par Eric Bana) apparaît presque toujours avec sa superbe chamarre doublée de fourrure et étoffée de volumineux mancherons (ligne d'images ci-dessous). Ce sont ces énormes mancherons qui manquent à la série des Tudors.

On ne peut manquer aussi d'apprécier la présence constante des couvre-chefs sur la tête des personnages. Alors que dans Les Tudors, la plupart des hommes apparaissent nu tête, dans Deux soeurs pour un roi, le roi ne quitte guère son chapeau, accessoire indispensable pour tout monarque qui « se produit » en public (un peu comme le sac à main de la reine d'Angleterre aujourd'hui) : le chapeau contribue à renforcer la majesté du souverain.

Henri VIII par Eric bana

Portraits d'Henri VIII

 

***

 

Pour terminer, je laisse ci-dessous un montage représentant les deux acteurs principaux de la série des Tudors dans des costumes d'époque (et une corpulence plus importante pour Jonathan). Je vous laisse apprécier - ou pas - ce que l'usage d'un costume réaliste aurait pu donner...

Jonathan et Natalie en costume Henri VIII

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19 mai 2013

Bibliographie


Livres sur le costumeToute personne qui s'est intéressée à la mode de l'Ancien régime, en particulier au XVIe et au XVIIe siècle a pu se rendre compte combien il était difficile de trouver un livre qui donne des informations précises sur l'évolution du costume et une typologie exhaustive des différents vêtements et accessoires portés dans les sociétés d'autrefois. La recherche était vaine, car ce livre n'existe pas.

Il faut l'avouer d'emblée, dans le domaine du costume, notre connaissance est encore limitée. La faute en revient à la dispersion des sources iconographiques (mais Internet y remédie) et aux lacunes des sources textuelles qui, pourtant, ne manquent pas. De fait, les ouvrages sur le costume sont très souvent hypothétiques, équivoques, imprécis, voire erronés ; c'était principalement le cas des ouvrages de vulgarisation.

La bibliographie raisonnée que je propose dans cet article se rapporte essentiellement aux ouvrages les plus récents. Ne sont mentionnés que les ouvrages que je connais (mais j'entends bien à ce que la bibliographie soit la plus complète possible) et ceux qui se rapportent à l'Ancien régime, et principalement les XVIe et XVIIe siècles.

Après la présentation commentée des principaux ouvrages de vulgarisation, je mentionne les principales publications issues des travaux de chercheurs. Elles sont essentielles puisque ce sont elles qui assurent le renouvellement des connaissances qui se font sur le costume (et le vêtement) sous l'Ancien régime ; monographies, actes de colloques, articles de périodiques ; le lecteur y trouvera des informations parfois très précises (typologie, dimension sociale, évolution, etc.).

Comme les Anglo-saxons ont une certaine avancée dans l'étude du costume, je mentionne également quelques ouvrages en anglais. Je tiens enfin à préciser qu'on peut encore trouver des informations intéressantes, notamment sur le plan iconographique, dans les ouvrages d'art et les catalogues raisonnés des oeuvres d'artistes (dessinateurs, peintres, etc.).

 

Dictionnaires

 

  • Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos joursLELOIR Maurice, Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos jours, Paris, Gründ, 2012

    On peut présenter l'auteur de cet ouvrage, Maurice Leloir (1953-1940), comme celui qui fait figure de père pour l'Histoire du costume. En son temps, il était considéré comme l'un des principaux experts en la matière et son dictionnaire publié quelques années après sa mort, en 1951, a longtemps servi de référence ; depuis sa parution, l'ouvrage a été réédité à trois reprises. Le seul regret qu'on peut avoir est que l'auteur ne prend pas la peine de définir systématiquement les mots ; les définitions sont en effet souvent imprécises. Elles sont révélatrices des lacunes terminologiques qui posent régulièrement problème en histoire du costume (je pense au XVIe et XVIIe siècle principalement) ; le dictionnaire de Maurice Leloir mériterait d'être largement réactualisé.


  • Le vêtement de A à ZGEORGE Sophie, GUERIN Caroline et DUCHEMIN Léopold, Le vêtement de A à Z, encyclopédie thématique de la mode et du textile, éd. Falbalas, 2011

  • GEORGE Sophie, CLAUDE Armelle et GONNET Isabelle, Les accessoires de A à Z, éd. Falbalas, 2008
  • GEORGE Sophie, RABILLER Eric et GONNET Isabelle, Les accessoires de A à Z, volume 2, éd. Falbalas, 2008Les accessoires de A à Z 2Les accessoires de A à Z 1

    Ce sont des dictionnaires qui se rapportent principalement à l'époque contemporaine (XXe et XXIe siècle), mais comme les définitions sont de très grande qualité, elles peuvent aider à trouver le mot juste pour décrire les formes vestimentaires de l'Ancien régime. Elles constituent un complément très utile au dictionnaire de Maurice Leloir. C'est un petit manuel pratique que je recommande beaucoup !

     

  • Encyclopedie du couvre-chefBOLOMIER Eliane, DUMONTHIER Jean, GAUDIN Jean Pierre et MOREL Pierre, Encyclopédie du couvre-chef, Lyon, Samedi Midi Editions, 2008

    C'est un ouvrage qui tente de recenser et de présenter tous les couvre-chefs existant ou ayant existé, en France, en Europe et partout dans le monde. On y trouve de tout.

 

 

 

 Principaux ouvrages de vulgarisation
et livres de type encyclopédique

 

Ce sont des livres qui traitent pour la plupart du costume dans sa globalité, c'est-à-dire depuis les origines jusqu'à nos jours. Ils sont présentés ci-dessous par ordre décroissant de publication.

 

  • Modes du XVIIe sous Louis XIVGEORGE Sophie et PUMON Renée, Modes du XVIIe siècle, sous Louis XIV, éd. Falbalas, coll. « Empreintes de mode », 2012

  • BENILAN Annabel, GEORGE Sophie et KURKDJIAN Sophie, Mode du XVIe siècle, sous Catherine de Médicis, éd. Falbalas, coll. « Empreintes de mode », 2010

    A traverModes du XVIe siècle, sous Catherine de Médiciss la collection dite « Empreintes de mode », les éditions Falbalas ont le projet de publier un ouvrage instructif sur chaque grande période de l'histoire du costume (ce qui manquait jusqu'à présent). Les règnes de Catherine de Médicis et de Louis XIV ont déjà fait l'objet d'une parution ; d'autres sont prévues sur la mode sous François Ier et sous Louis XIII. La collection a la particularité de replacer le costume dans son contexte historique et d'être illustrée par des dessins en couleur.

 

  • Le costume médiéval de 1320 à 1480VENIEL Florent, Le costume médiéval de 1320 à 1480, la coquetterie par la mode vestimentaire XIVe et XVe siècles, Bayeux, Heimdal, 2008

Bien qu'il n'entre pas dans la cadre chronologique de ce blog, je recommande la lecture de ce livre dont le contenu en fait un ouvrage de vulgarisation à part : l'illustration est abondante et éclaire intelligemment le texte. L'exposé a le mérite d'être précis, clair et surtout - ce qui est rare - d'être très bien sourcé.



  • Histoire du costume en OccidentBOUCHER François, Histoire du costume en Occident de l'Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, 2008.

    Par sa masse et ses innombrables illustrations, cet ouvrage de référence a la dimension d'une encyclopédie. Son succès l'a amené à être réédité plusieurs fois (un lexique a été ajouté dans la dernière édition). Personnellement, je suis assez critique sur l'utilisation des images. Les illustrations ont le défaut d'être très dispersées et de ne pas constituer un échantillon représentatif des différentes périodes de l'Histoire. Faute de cohérence avec le texte, les images n'aident pas le lecteur à comprendre l'évolution de la mode ; on peut même dire qu'elles le perdent.
     

 

  • Le costume français, 2007RUPPERT Jacques, DELPIERRE Madeleine, DAVRAY-PIEKOLEK Renée, GORGUET-BALLESTEROS, Le costume français, Flammarion, 2007

    Dans le domaine du costume historique, c'est un manuel qui fait partie des classiques. Le livre a des origines assez anciennes puisqu'il a d'abord été publié sous forme de fascicules en 1931. Depuis, il a été plusieurs fois remanié : réédition de 1990 (toujours sous forme de fascicules), de 1996 et de 2007 (ci-dessous à droite, les couvertures des anciennes éditions). Le costume français, 1996Le costume, Louis XIV-Louis XVLe costume, Renaissance-Louis XIII
    Malgré le fait qu'il couvre toute l'histoire du costume, des origines à
    nos jours, il reste très pratique pour saisir les modes du XVIe et XVIIe siècles. Sa dimension synthétique en fait une excellente base de connaissance sur le costume.

      

     

  • Histoire illustrée du costumeVIGOUREUX-LORIDON Jean-Noël, Histoire illustrée du costume, introduction visuelle, Samedi Midi Editions, 2006

C'est un livre qui se définit comme une introduction à un grand projet de publication de type encyclopédique ; pour le moment seule l'introduction est parue, mais l'auteur a prévu de publier une suite en plusieurs volumes (on l'attend avec impatience). Le contenu se présente essentiellement sous forme de dessin ; chaque époque est présentée par un personnage accompagné de notes nommant et expliquant les éléments du costume dont il est habillé.

 

  • Sculptures de l'éphémère 1340-1670AUBRY Viviane, Costumes, Tome II, Sculptures de l'éphémère, 1340-1670, éd. Desclée de Brouwer, coll. « Rempart », 1998

C'est un livre dont les limites chronologiques se calquent très bien avec celui de mon blog. L'ouvrage est servi par des illustrations très simples mais efficaces.

 

 

 

  Monographies et actes de colloques

 

  • DURANTOU Alix, Grandes cornes et hauts atours, Le hennin et la mode au Moyen Age, Paris, Ecole du Louvre, 2019
  • PARESYS Isabelle et COQUERY Natacha (éditeurs), Se vêtir à la cour en Europe (1400-1815), Villeneuve d'Ascq : Institut de recherches historiques du Septentrion et Centre de recherche du château de Versailles, 2011

  • BOLOGNE Jean-Claude, Histoire de la coquetterie masculine, Paris, Perrin, 2011
  • LE GALL Jean-Marie, Barbes et moustaches XVe-XVIIIe siècles, Paris, Payot, 2011
  • THÉPAUT-CABASSET Corinne, L'Esprit des modes au Grand Siècle, Paris, Éditions du CTHS, 2010
  • ARIZZOLI Pierre et GORGUET-BALLESTEROS Pascale (dir), Fastes de cour et cérémonies royales, Le costumes de cour en Europe (1650-1800), cat. d'expo. (Versailles, 31 mars-28 juin 2009), Paris, Réunion des musées nationaux éditions, 2009
  • PARESYS Isabelle (dir.), Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Age à nos jours, Presses universitaires du Septentrion, 2008
  • VIALLON Marie, Paraître et se vêtir au XVIe siècle, actes du XIIIe colloque du Puy-en-Velay, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 2006
  • BLANC Odile, Parades et parures, l'invention du corps de mode à la fin du Moyen Age, Gallimard, 1997
  • DELPIERRE Madeleine, Se vêtir au XVIIIe siècle, Paris, Société Nouvelle Adam Biro, 1996
  • PIPONNIER Françoise, Se vêtir au Moyen Age, Paris, Société Nouvelle Adam Biro, 1995
  • ROCHE Daniel, La culture des apparences, une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 1990
  • CEARD Jean, FONTAINE Marie-Madeleine et MARGOLIN Jean-Claude, Le Corps à la Renaissance, actes du XXXe colloque de Tours (1987), Paris, Aux amateurs de Livres, 1990


Grands CornesSe vêtir à la cour en EuropeHistoire de la coquetterie masculineBarbes et moustaches XVe-XVIIIe sièclesFastes de cour et cérémonies royales, Le costumes de cour en Europe (1650-1800)Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Age à nos joursParaître et se vêtir au XVIe siècle, actes du XIIIe colloque du Puy-en-VelayParades et parures, l'invention du corps de mode à la fin du Moyen ageSe vêtir au XVIIIe siècle

 

 


Se vêtir au moyen ageLa culture des apparences, une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècles)Esprit des modes au Grand SiècleCorps à la renaissance

 

 

 Périodiques et articles de revue

  • Revue de l'art : Costume de cour au XVIe siècle, Paris, Ophrys, n°174/2011-4
  • PARESYS Isabelle, « Le noir est mis, les puys d’Amiens, ou le paraître vestimentaire des élites urbaines à la Renaissance », in Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, n° 56-3, 2009/03, p. 66 à 91
  • DHAILLY Aude, « L'habillement dans le Morbihan au XVIe siècle à partir d'inventaires après décès », in Bulletin de la Société d'Archéologie et de Histoire du Pays de Lorient,  bd 37, 2008/09, p. 65-74
  • BAULANT Micheline, « Jalons pour une histoire du costume commun », in Histoire & mesure, XVI - 1/2|2001 (en ligne, ici)
  • BARTHES ROLAND, « Histoire et sociologie du Vêtement, quelques observations méthodologiques », in Annales, Économies, Sociétés, Civilisations, 1957, vol. 12, n°3, pp. 430-441

 

 Ouvrages en anglais

 

  • TIRAMANI Jenny et NORTH Susan, Seventeenth-century women's dress patterns, V & A Publishing, 2011
  • ARNOLD Janet, Patterns of fashion, The cut and construction of linen shirts, smocks, neckwear, headwear and accessories for men and women c. 1540-1660, London, Macmillan, 2008
  • NORRIS Herbert, Tudor costume and fashion, Courier dover publications, 1997 (1ère édition 1938)
  • ARNOLD Janet, Patterns of fashion, The cut and construction of clothes for men and women c. 1560-1620, London, Macmillan, 1985
  • SICHEL Marion, Costume reference, 2, Tudors and Elizabethans, London, Batsford, 1977

 

  • Seventeenth-century women's dress patternsCut and construction of clothes for men and womenPatterns of fashionTudor costume and fashion
          •  

 

 

 

 


 

Article mis à jour le 07/08/2019

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12 juin 2013

Le couvre-chef à la Renaissance


C'est un exercice périlleux que de vouloir présenter une typologie générale du couvre-chef à la Renaissance. Dans l'état de nos connaissances, la terminologie reste encore parfois confuse. Par ailleurs, la dimension sociale des différents types de couvre-chefs et leur fonction restent encore à étudier. On aimerait connaître pour chacun d'entre eux leur degré de tendance, et savoir déterminer leur fonctionnalité, qu'elle soit sociale ou professionnelle.

De fait, la présentation que je fais du couvre-chef dans cet article ne donne que les grandes lignes générales. Le lecteur n'aura du couvre-chef qu'un aperçu schématique. L'article ne permettra pas de saisir toute la diversité des modes européennes à une date précise. La présentation en détail des différentes tendances sera faite ultérieurement.

Par souci de carté, la présentation est découpée selon les trois grandes périodes qui sectionnent traditionnellement la Renaissance française.

I)   1480-1500

II)  1500-1550

III) 1550-1600

IV) Autres types de couvre-chefs

 

I

La Prémière Renaissance

1480-1500

 

Le bonnet (ou la barrette)

Le bonnet désigne les coiffes souples sans bord. Dans la seconde moitié du XVe siècle, il se porte dressé en hauteur, avec une armature qui permet de le maintenir droit. A la fin du siècle, le bonnet revient à des proportions plus simples, toutefois l'armature demeure. Celle-ci apparaît à travers le tissu sous forme de quatre légers plis (notez toutefois que ces plis n'apparaissent pas, ou peu, sur les portraits italiens). Cette armature qui donne une forme au bonnet, devient une mode et sera à l'origine du bonnet carré au XVIe siècle (voir partie IV).

L'autre aspect de la mode est celui du bonnet rebrassé1 (deuxième ligne de portraits ci-dessous). C'est un bonnet dont les bords sont en partie retournés. C'est ce qui donne naissance à la toque.

Le bonnet de 1460 à 1490

Le bonnet rebrassé

 

Le chapeau de feutre

Le chapeau de feutre est un chapeau dont la matière fibreuse et la forme sont façonnés au moyen d'une technique de compression. Le chapeau de feutre peut être doublé par une autre matière (fourrure, velours, etc.). Il peut être décoré par des bouquets de plumes, des aigrettes, des bijoux d'orfèvrerie ou des enseignes. Il existe une grande diversité de formes dont voici, ci-dessous, les principales. Ces couvre-chefs se portent encore au XVIe siècle.

Les chapeaux de feutre

   

 

II
La Haute Renaissance

1500-1550

 

La toque

 

La toque désigne un bonnet avec des bords relevés. Elle apparaît à la fin du XVe siècle (notamment sous le nom de bonnets rebrassés). La toque est l'accessoire phare de la Renaissance. Au commencement du XVIe siècle, elle présente un aspect déjà structuré, c'est-à-dire qu'une armature placée à l'intérieure de la coiffe lui confère une forme régulière.

Evolution de la toqueJusque dans les années 1580, l'aspect de la toque va connaître une évolution continue.

Au début du XVIe siècle, la calotte gonfle et se dote de quatre pointes. Cette tendance donne naissance à des couvre-chefs très volumineux. L'accent se porte alors sur les bords du bonnet. Une pièce de bordure retroussée est rajoutée frontalement au-dessus du visage.

Dans les années 1520, la mode est aux bords larges. Les bords du bonnet sont développés au point de cacher complètement la calotte. Cela explique que cette dernière s'efface.

Dans les années 1530, la calotte s'affaisse et devient plate ; c'est la mode de la toque à fond plat. Les bords de la toque se font plus modestes et dans les années 1540, c'est l'ensemble du couvre-chef qui se fait plus petit. La mode des bords retroussés décline. Ces derniers deviennent étroits et sont affaissés.

Si l'évolution des formes générales de la toque permet de connaître la mode à une époque donnée, elle ne rend pas compte de ses variations typologiques au temps présent. De fait, pour chaque décennie, on peut observer trois façons différentes d'organiser la toque : on trouve la toque avec l'ajout d'un revers sur la partie frontale, la toque sans revers frontal, et la toque avec le rebord frontal tailladé.

C'est donc par souci de clarté que j'ai illustré ci-dessous l'évolution de la mode, par répartition en trois ensembles parallèles :

 

1- Le bonnet à bord relevé

Le bonnet à bord relevé

2 - Le bonnet à bords relevés (le même que le précédent mais avec un bord supplémentaire placé devant la calotte)

Le bonnet à bords relevés

3 - Le bonnet à bords relevés et tailladés (le même que le précédent mais avec les revers découpés en entailles)

Le bonnet à bords tailladés

 

 

 III
La Renaissance tardive

1550-1600

 

La toque

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la toque prend l'aspect d'un bonnet à petit bord, froncé et bouffant. Il se détermine peu à peu comme un vêtement de la cour et à la fin du siècle, il finit par se figer comme accessoire de cérémonie.

La toque de 1550 à 1600

 

Le chapeau de feutre

Le chapeau de feutre présente des formes nouvelles qui ne sont pas sans rappeler certains couvre-chefs de notre époque comme le canotier, le chapeau melon, ou encore le haut-de-forme. Il peut également être en cuir. Le chapeau qui domine la fin du XVIe siècle est le chapeau à haute calotte et à large bord. On parle parfois de chapeau albanais.

Les chapeaux de feutre

 

 

IV
Autres types de couvre-chefs

 

Dans cette partie sont regroupés les couvre-chefs qui sont communs à toutes les périodes de la Renaissance, qui sont sortis des circuits de la mode aristocratique et mondaine, ou qui en sont toujours restés à l'écart (chapeaux liés plus spécifiquement à des catégories socio-professionnelles).

 

La barrette

La barrette est un bonnet doté d'une armature. Au XVe siècle, c'est une mode de cour, mais au XVIe siècle, elle est reléguée comme accessoire d'uniforme des hommes de robe : universitaires, docteurs, hommes de loi et hommes de Dieu, prêtres, cardinaux, etc. (les images présentées ci-dessous sont des portraits de cardinaux, ce qui explique la couleur pourpre de leur barrette). La forme de la barrette ne se fige pas. Vers 1500, le bonnet est déjà structuré par une armature. Comme la toque, la barrette prend du volume et se dote de trois ou quatre pointes. C'est la mode du bonnet carré.

La barette

 

Le calot

Le calot est un bonnet qu'on peut nouer sous le menton par une lanière. Il est souvent porté en-dessous d'un chapeau.

Le calot

 

Le chaperon

Le chaperon est la coiffe emblématique des XIVe et XVe siècles. Bien que totalement abandonné par la mode de la Renaissance, il subsiste encore au XVIe siècle, ça et là, comme vêtement de cérémonie (comme l'uniforme de l'ordre de la toison d'or), ou vêtement caractéristique d'une appartenance socio-professionnelle.

Le chaperon

Le chapeau de paille

Le chapeau de paille est un incontournable depuis l'Antiquité. La largeur de ses bords n'est pas sans rappeler les pétases portés par les Grecs antiques. A la Renaissance, il continue d'être porté dans les campagnes ; il apparaît souvent dans les images représentant les scènes de vie paysanne (l'image ci-dessous présente un chapeau de paille porté sur un calot).

Le chapeau de paille


Notes

1. VENIEL Florent, Le costume médiéval de 1320 à 1480, la coquetterie par la mode vestimentaire XIVe et XVe siècles, Bayeux, Heimdal, 2008, p. 134-137.

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18 février 2014

Pogonologie aux XVIe et XVIIe siècles


A la Renaissance, la barbe et la moustache sont des aspects incontournables de la mode masculine. Après une fin de moyen age très glabre, la barbe revient en force dans les cours européennes. Le changement s'opère dans les dernières années de la décennie 1510. Il touche d'abord la noblesse qui pour se distinguer des gens du peuple mal rasés, porte une belle barbe pleine et fournie. Puis au fur et à mesure des décennies, par des processus d'imitation sociale, la mode gagne le clergé et les hommes de loi qui l'avaient d'abord rejetée et condamnée.

Les formes qui se déclinent pendant le XVIe siècle sont diverses (carrée, ronde, en pointe, épaisse, taillée, rase, etc.). Au début du XVIIe siècle, la barbe se porte sous l'aspect d'un bouc et d'une barbiche puis elle finit par disparaître durant la première moitié du Grand Siècle. La moustache lui survit jusque dans les années 1670.

Cet article a pour but d'en faire une petite présentation schématique. N'est donné ici qu'un cadre global de la mode pilaire des gentilshommes, celle que suivent les courtisans et jeunes élégants de la cour de France.

Barbes et moustaches XVe-XVIIIe sièclesCet article servira d'introduction à d'autres publications. Je reviendrai pour présenter en détail les modalités de transformation de la barbe et tenter d'évoquer la diversité des pratiques. Pour toute référence sur le sujet, je signale l'excellente étude de Jean Marie Le Gall, intitulée Barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècle, publiée chez Payot en 2011. Le lecteur y trouvera une cascade d'exemples, sur la manière dont était ressentie la barbe à cette époque, sur son rôle social, sa condamnation par les religieux, son caractère subversif, son aspect politique, etc.

Evolution de la barbe et de la moustache aux XVIe et XVIIe siècles

 

 

Les années 1530 : la barbe carrée

 années 1530 : la barbe carrée

Les années 1540 : la barbe à deux pointes

années 1540 : la longue barbe à deux pointes

 Les années 1550 : la barbe ronde

années 1550 : de la barbe ronde à la barbe taillée

Les années 1560 : de la moustache tombante à la grande moustache relevée, de la barbe taillée à la barbe rase

années 1560 : la barbe taillée et la grandee moustache

 Les années 1570 : du bouc à la mouche

années 1570 : grande moustache relevée / du petit bouc au toupet au menton

 Les années 1580 : de la barbichette au grand bouc

années 1580 : de la barbichette au grand bouc

 Les années 1590 : du long bouc pendant à la grosse barbe touffue

années 1590 : le grand bouc pendant à la grosse et longue barbe

Les années 1600 : la barbe ronde (et la moustache toujours relevée)

années 1600 : la barbe ronde

Les années 1610 : du petit au grand bouc pointu

années 1610 : la petite barbe pointue

 Les années 1620 : le grand bouc pointu en forme de dard

années 1620 : le long bouc pointu

Les années 1630 : la barbiche à la royale (et la moustache toujours relevée)

années 1630 : la barbiche à la royale

 

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12 juin 2014

XVIIe siècle (trousses)


Les trousses continuent de se porter au XVIIe siècle, bien qu'elles soient fortement concurencées par la culotte bouffante. Tendance d'une mode curiale, elles finissent par se figer comme vêtement de cérémonie et, à partir des années 1620, à tomber en désuétude. Une importante distinction peut être faite entre la mode espagnole qui règne en Europe et la mode française.

 

Les années 1600

 

En France

 

Henri IV, années 1600Dans le prolongement de la décennie précédente, les chausses continuent de s'agrandir. Elles suivent la mode espagnole en s'allongeant vers le bas, dépassant le milieu de la cuisse.

Sur le portrait ci-contre, le roi Henri IV porte une sorte de boulevard (chausse faite d'un seul tenant). Conformément à l'évolution de la tendance, sa forme est désormais plus haute que large.

L'évolution des trousses montre clairement que la mode à la cour d'Henri IV prend le contrepied des modes en vogue sous Henri III. De cette opposition des tendances, certains historiens en ont conclu hâtivement qu'il sagissait pour les contemporains d'Henri IV de réagir contre le style de vie du dernier Valois et de sa cour et d'affirmer que celle d'Henri IV était moins décadente que celle de son prédécesseur. C'est quand même rester prisonnier des clichés un peu facilement, et sous-estimer les logiques propres à la mode.


 

Gravures françaises 1602-1610

 

 

En Angleterre 

L'évolution des formes est perceptible sur la suite chronologique de portraits présentée ci-dessous : les trousses passent d'un format horizontal à un format vertical.

Portraits anglais, 1600-1606

 

 En Espagne

Au début du XVIIe siècle, l'empire espagnol reste une puissance de valeur sûre ; l'âge d'or se poursuit, en particulier dans les arts. L'influence de la mode espagnole sur l'Europe en est l'illustration. La forme très verticale des trousses s'y constate de façon précoce.

Portraits espagnols vers 1600-1605

 

 En Italie

La tendance à l'allongement des chausses est portée à son paroxysme en Italie, pays alors dominé par les Espagnols ; les trousses descendent quasiment aux genoux.

Portraits italiens, années 1603-1609

 

 

 

Les années 1610

 

En France

 

Les années 1610 sont dominées par le port de la grande culotte bouffante. Les trousses se portent toujours, mais sur le plan iconographique, elles apparaissent moins fréquemment que la culotte. L'image qui représente ci-dessous le jeune roi Louis XIII l'illustre bien. De tous les personnages qui composent sa suite, il est le seul à porter des trousses ; les cavaliers qui le suivent, portent tous, la culotte bouffante.

Déjà fortement marquées socialement, les trousses prennent une valeur de plus en plus cérémoniale. A l'origine mondaines et nobles, elles se limiteraient progressivement à une utilisation protocolaire ; sur le plan de la mode courante, c'est le parcours classique de beaucoup de vêtements en fin de "vie".

Pour un autre aperçu "statistique", voir la série de gravures de Merian, intitulée L'ordre tenu au marcher parmy la ville de Nancy capitale de Lorraine à l'entrée en icelle du serenissime prince Henry II : nobles, bourgeois, gens de justice (liens vers Gallica).

 

Louis XIII et sa cour

 

Sur la forme, les trousses reviennent à une silhouette trapézoïdale. C'est un retour en arrière. Après l'extension vers le bas des années 1600, les trousses repassent à une forme horizontale qui rappellent les trousses portées 15 ans plus tôt (voire même 40 ans plus tôt). C'est symptomatique des effets cycliques de la mode : les trousses des années 1610 sont une réminescence des années 1590, elles-mêmes réminescences des années 1570.

français années 1610

 

Le jeune roi Louis XIII porte sur les portraits ci-dessous des trousses constituées de larges bandes espacées, présentant une doublure bouffante, comme en portent traditionnellement les gardes suisses. Dans le cas présent, il s'agit semble t-il d'une fausse doublure à crevés, sous laquelle se trouve une autre doublure qui est vraie cette fois-ci. Système illusionniste qui montre l'ingéniosité des modistes de la cour pour moderniser les modèles anciens.

haut_de_chausse_Louis_XIII

 

Le Mariage de Louis XIII, Roi de France et de Navarre, et d'Anne d'Autriche de Jean Chalette (1581-1644), commandée par les Capitouls de 1614-1615En revanche, sur le portrait de son mariage (image ci-contre), Louis XIII porte des trousses plus traditionnelles. Leur forme allongée rappelle celle de la décennie précédente. Les chausses sont plus hautes que larges et les cuisses sont en grande partie recouvertes.

L'image est une oeuvre de Jean Chalette. Elle a été commandée par les dignitaires de la ville de Toulouse, pour commémorer les noces du roi avec l'infante Anne d'Autriche en 1615. L'illustration témoigne du passage progressif de ce type de haut-de-chausses à une utilisation solennelle, cérémoniale, ou protocolaire. Elle témoigne aussi peut-être du maintien de l'influence espagnole en matière de mode.

 

 

 

 

 

 

En Angleterre

 La mode revient également à des tailles plus courtes et des formes plus trapézoïdales.

Trousses anglaises années 1610

 

 En Europe du sud

Sur les portraits d'Espagne et d'Italie, la mode des chausses à la ligne verticale perdure.

Trousses espagnoles et italiennes années 1610

 

 

 

Les années 1620


En France

 

Dans les années 1620, les trousses se portent toujours. Les gravures de Crispin de Passe (images ci-dessous) en sont de très belles illustrations ; les gentilshommes de Louis XIII y sont représentés avec des chausses  bouffantes ou à bandes, dans des tailles qui ne dépassent pas le milieu de la cuisse. Ces gravures montrent que dans les années 1620, les trousses ne sont pas encore tout à fait passées de mode et qu'elles connaissent peut-etre à cette époque un dernier regain (par opposition aux grandes culottes bouffantes devenues par trop populaires dans les années 1610 ?).

Cour de Louis XIII vers 1620-1625

 

Par opposition à la mode espagnole, les trousses françaises gardent leur forme horizontale. L'arrête inférieure est plus arrondie et la doublure davantage rembourée ; ces dispositions donnent à la chausse une silhouette plus courbe et plus convexe (image ci-dessous).

Chausses du maréchal d'Albret vers 1620

 

Henri IV par RubensLorsque dans les années 1620, le peintre Rubens représente le roi Henri IV dans sa série de tableaux sur la vie de Marie de Médicis (image ci-contre), il fait porter à l'ancien roi des trousses dont la forme « habillée » relève plus du costume solennel que de la mode courante : la silhouette de ses chausses est carrée, le fond est plat, et comme dans les années 1600, sur le plan de la taille, le milieu des cuisses est dépassé.

Rubens n'est pas un historien ; il ne cherche pas à reconstituer la mode d'une époque (la scène représente sous une forme allégorique la transmission du pouvoir à Marie de Médicis en 1610) ; les chausses que le peintre fait porter à Henri IV sont celles que les gentilshommes français devaient porter comme "costume de cérémonie" dans les années 1620. Leur forme est plus « classique », plus « traditionnelle » (plus « espagnole » !?) que les chausses présentées ci-dessus et dont les formes sont plus arrondies.

 

 

 En Europe

 

Emmanuel Philibert de Savoie en 1624Dans les pays habsbourgeois ou sous influence habsbourgeoise, la mode semble s'être figée sur la forme. Les trousses ont encore cet aspect vertical, plat et angulaire (image ci-contre).

Cette fixation des formes montre que les trousses sont aussi bien qu'en France en passe de devenir un costume d'apparat ou de cérémonie. Peut-être, était-ce déjà le cas depuis longtemps ?!

Europe années 1620v2

 

 

 

Epilogue

 

Dans les années trente, leChausses et trousses en 1629s trousses se portent toujours mais apparaissent moins dans l'iconographie.

La gravure d'Abraham Bosse intitulée Le Jardin de la noblesse françoise dans lequel se peut ceuillir leurs manières de vettements présente les deux façons de porter le haut-de-chausses en 1629 ; on y retrouve la, culotte longue (personnage de gauche) et les trousses accompagnées des canons (personnage de droite).

Dans le second quart du XVIIe siècle, les trousses se figent et deviennent un uniforme ou un vêtement de protocole.

C'est le cas des pages. La trousse devient la livrée des domestiques et va le rester pendant tout le XVIIe siècle.  On la voît sur les illustrations des années 1630 (première image de gauche ci-dessous) comme celles des années 1690 (dernière image à droite).

Valets années 1630Valets années 1660

Valets années 1660

 1692_Largillere_James Francis Edward Stuart, Prince of Wales2 - Copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les portraits d'apparat des rois en costume de sacre (ci-dessous Louis XIII et Louis XIV).

Louis XIII et Louis XIV

 

Henri_d'Orléans_Duc_de_LonguevilleLes trousses continuent également à être portées dans les grandes cérémonies officielles. Elles font partie de la tenue d'apparat des chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit.

Les trousses apparaissent sur l'image (ci-contre à gauche) dissimulées sous les épais manteaux de l'ordre.

Aussi voit-on Louis XIV et les membres de l'ordre du Saint Esprit les porter encore dans les années 1660, au cours d'une cérémonie (ci-dessous).

Louis XIV 1660

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Article de 2013 modifié en 2014.

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18 octobre 2014

Portraits de personnalités barbues


L'évolution de la mode de la barbe se saisit bien lorsque sont juxtaposés les portraits d'une personne réalisés à différents moments de sa vie. C'est ce que je propose de faire dans cet article. Dans la mesure du possible, j'ai tenté de donner un exemple pour chaque décennie.

 

Années 1510 /1520

François Ier, roi de France. A son avènement en 1515, le roi François, âgé de vingt ans est un jeune prince imberbe. Quelques années plus tard, la mode de la barbe se répand dans les cours italiennes, puis gagne la cour de France. Sur son portrait de Chantilly peint à la fin des années 1510, le jeune roi arbore une legère petite barbe. Il faut pourtant attendre 1521 environ, pour que le roi porte vraisemblablement définitivement la barbe1. Dix ans plus tard, sur le portraits de Jean et François Clouet, le roi la porte fournie. 

francoisv3

 

Années 1530 /1540

Jean de Taix, seigneur de Taix. Dans les années 1530, ce jeune noble de la cour de France porte une barbe carrée. Dix ans plus tard, devenu colonel général de l'infanterie française, il porte la barbe à deux pointes (les cheveux sont coupés courts également).

Jean seigneur de Thiais

 

Années 1540 /1550

Antoine de Bourbon, roi de Navarre (père du futur roi Henri IV). Le jeune prince, qui est portraituré à l'occasion de son mariage avec Jeanne d'Albret, porte une longue barbe à deux pointes. Dix ans plus tard, devenu à la mort de son beau-père, roi de Navarre, il porte une barbe taillée et ronde.

Antoine de Bourbon

 

Années 1580 /1600

Henri IV, roi de France. L'image d'Henri IV avec sa barbe ronde nous est familière. Pourtant, le roi ne l'a pas toujours portée. Ses premiers portraits le représentent à vingt ans, imberbe. Puis, plus tard, les images qui le montrent à trente ans, le présente avec un petit bouc pointu. A quarante ans, devenu roi de France, sa barbe s'est allongée et agrandie, suivant en cela la vogue des longues barbiches. Dix ans plus tard, sa barbe est taillée en rond.

Henri

 

Années 1600 /1620

Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde (ancien mignon d'Henri III). Sous le règne d'Henri IV, ce grand courtisan de la cour de France porte, à trente ans passés, la barbe ronde caractéristique de cette époque. Vingt ans plus tard, la mode a changé ; il porte le bouc en forme de dard.

Duc de Bellegrade

 

Années 1620 /1630

Armand du Plessis, cardinal de Richelieu. A son entrée au conseil du roi (1624), le jeune cardinal porte le long bouc pointu en forme de dard caractéristique de cette époque. Dix ans plus tard, le dard s'est raccourci. Ce n'est plus qu'une barbiche pointue jointe sur le dessus par une mouche. L'ensemble est parfois appelé barbiche royale. La moustache est relevée en pointe sur les extrémités.

le cardinal de richelieu

 

Années 1630 /1650

Pierre Séguier, chancelier de France. La succession des portraits de ce grand magistrat illustre assez bien la disparition progressive de la barbe au milieu du XVIIe siècle. Au moment de sa nomination comme chancelier par le roi Louis XIII (1635), Pierre Séguier porte encore le bouc pointu. Dix ans plus tard, sa barbe s'est réduite à une ligne verticale de poils qui part de la lèvre inférieure jusqu'au centre du menton. Dix ans plus tard, il ne porte plus qu'une mouche, sorte de petite touffe de poils placée sous la lèvre inférieure.

Seguier

 

Années 1660 /1700

Louis XIV, roi de France. Le roi porte dans les années 1670 une moustache en croc qui disparait dans les années 1690. Au XVIIIe siècle, l'aristocrate est complètement rasé. 

Louis XIV

 

 

Je termine cet article par une publicité pour une marque de rasoirs qui a l'originalité de donner un aperçu des différentes formes de barbe et de moustache des années 1900 à aujourd'hui. On peut imaginer que ce qui a été fait dans cette vidéo pourrait très bien être reproduit pour les XVIe et XVIIe siècles.

100 Years of Hair

 

 


 

Notes

1. Jean Marie Le Gall, Barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècle, publiée chez Payot en 2011, p. 30.

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15 mars 2019

Culotte - XVIe siècle

Le haut-de-chausses

de type « culotte longue »

 

La culotte est un terme spécifique au XVIIIe siècle. Elle désigne à partir du règne de Louis XIV, un haut-de-chausses plutôt long, couvrant les cuisses jusqu'au-dessous du genou. Le modèle existait déjà à la Renaissance, mais n'était pas mentionné comme « culotte ».

Le mot lui-même était employé au XVIe siècle, mais ses occurences semblent assez peu nombreuses et surtout, il semble ne pas avoir la même signification 1. A la fin du siècle, il est employé dans la continuité du mot culot, ce haut-de-chausses très court qui s'arrête au niveau du fessier, le « cul » (en vogue sous Henri III). Cette origine étymologique explique que le terme « culotte » est encore employé au XVIIe siècle comme synonyme de trousse, c'est-à-dire comme chausse courte découpée en bande 2. Le terme a donc été utilisé à différentes époques pour désigner des coupes assez différentes les unes des autres.

Dans les années 1680, on parle encore de « culotte longue » 3, montrant qu'il y avait encore à cette date le besoin de préciser la dimension de la culotte pour la distinguer d'une autre, nécessairement plus courte : la trousse.

 

Culotte longue et culotte courte

En posant cette distinction, je propose de considérer deux grandes catégories schématiques de hauts-de-chausses (image ci-dessus). La première se décrit comme une forme souple, plus ou moins déstructurée, tantôt bouffante, tantôt serrée, couvrant la cuisse jusqu'au-dessous du genou. La seconde présente une forme structurée, composite et découpée en bandes, qui s'arrête plus ou moins à mi-cuisse.

EvidemmeCulotte vs troussesnt, il existe bien d'autres formes de chausses qui ne rentrent pas dans cette répartition binaire et réductrice ; plusieurs type de hauts-de-chausses coexistent simultanément et évoluent de façon corrélée. Les frontières sont parfois si tenues que les formes semblent parfois se rejoindre. La culotte présente notamment des similarités avec le « pantalon » et la chausse à la marinière (sorte de pantalon court plus ou moins flottant).

Mais dans cet article, il ne sera traité que de la culotte allongée aux genoux. La présence des guillemets permettra de rappeler que l'utilisation du mot « culotte » reste problématique pour le XVIe siècle et le début du XVIIe.

Le haut-de-chausses est l'appellation générique employé à cette époque, mais selon les coutumes locales, les formes et les style adoptés, il existait différentes locutions pour les désigner. Certaines d'entre elles sont aujourd'hui perdues, d'autres sont sujettes à caution. Elles désignent parfois la culotte par ses particularités (culotte à gros plis), ou par des analogies (culotte en gigot, en bourse, ou en tuyaux d'orgue). Ce sont aussi des noms qui rappellent l'origine géographique même si dans ce dernier cas en particulier, il est important de relativiser ces appellations qui sont parfois attribuées par l'opinion publique sans justification. Pour la culotte longue, on entend ainsi parler de chausse à la vénitienne.

 

1 - Délimitations chronologiques

 

Si l'enjeu de  cet article est de présenter les différentes tendances de la « culotte longue  », sa présentation est limitée à la période 1560 - 1660. Ce choix s’est imposé par l’enchaînement cohérent des formes qui se succèdent pendant ce laps de temps et par la disponibilité des sources iconographiques.

Beham, un lansquenet, vers 1530-40Des formes de chausses longues existaient déjà dans la première moitié du XVIe siècle. Les représentations des lansquenets suisses ou allemands en sont les illustrations les plus familières (image ci-contre : gravure de Sebald Beham, c. 1540) : ce sont des hauts-de-chausses composites, structurés en plusieurs parties multicolores, et découpés en bandes et à crevés multiples. Le panel de modèles existants est particulièrement riche, mais ce sont des formes très différentes de celles de la seconde moitié du siècle.

Veronèse, Villa Barbaro, 1562La culotte longue qui nous intéresse dans cet article présente une silhouette beaucoup plus simple. Ce qui la caractérise est sa forme indivise et non découpée, telle qu'elle se présente encore au XVIIIe siècle, soit bouffante, soit serrée autour de la cuisse.

C'est dans les années 1560, à Venise qu'il faut en rechercher les premières illustrations. L'une d'elles, représentant un chasseur, a été peinte en 1562 par Paul Véronèse à la Villa Barbaro (en Vénétie) (image ci-contre). A partir de là, s'enchaîne une longue histoire de la « culotte » qui trouve son aboutisssement au XIXe siècle.

La culotte en rhingrave (1669)Comme date terminus, le choix s'est porté sur les années 1650 qui constituent la période de transition pendant laquelle la culotte prend la forme d’une jupe, appelée à s’imposer dans les années 1660 sous le nom de rhingrave (image ci-contre : François Verwilt, Portret van een jongen, 1669, Rijksmuseum).

Le changement de forme est radical et ceci explique mon choix d'arrêter la présentation à cette date marquante. La mode de la rhingrave est suffisamment longue de plusieurs années pour justifier cette césure. Lorsque la culotte longue réapparait dans les circuits de la mode curiale, dans les années 1670 et 1680, c’est dans une nouvelle époque qu’elle s’inscrit.

 

2 - Considérations sociales

 

Les deux articles que je publie sont ainsi dédiés à la culotte longue des guerres de religion. Ils en parcourent les principales formes qui ont prévalues pendant un siècle. Là encore, je ne cherche pas à brosser le tableau de toute la société, mais à faire émerger les tendances d’un style prédominant, qui est généralement celui de la mode aristocratique et en particulier celui de la mode curiale. 

Georges de la Tour, Old manOn ne peut toutefois exclure d'ignorer les autres corps sociaux, car la culotte longue est un vêtement populaire, porté par le « commun ».  Du point de vue de l'histoire sociale, la culotte longue apparaît comme le vêtement alternatif aux trousses qui est son concurrent, plus noble et plus « habillé ».

Au XVIIe siècle, l'usage de la « culotte » est partagée par toutes les couches de la société. Elle apparaît souvent dans les portraits ou peintures de genre qui mettent en scène des gens du peuple (image ci-contre :  Georges de la Tour, Old man, c. 1618-19, Fine Arts Museums of San Francisco).

On la retrouve aussi beaucoup sur les gravures représentant des scènes de guerre. Au XVIe siècle, les militaires portent la culotte longue et bien que, soldats, ils ne sont pas exempts de la vanité à la porter selon la mode du temps, même s'il existe toujours un décalage de style entre la mode raffinée de la cour et celle de l'armée.

A cause de cet emploi populaire, les images de culotte longue se retrouve beaucoup moins sur les portraits nobiliaires jusqu'à ce que la tendance s'inverse dans le premier quart du XVIIe siècle. On assiste dans les années 1600-1620 à un inversement de la hiérarchie opposant culotte et trousse. Dans les années 1630, les nobles portent la culotte longue, alors que la trousse est reléguée comme vêtement de protocole à un usage domestique.

 

3 - Typologies des formes

 

Cette appropriation de la culotte longue par la noblesse explique qu'on assiste à une évolution continue de ses formes, au fur et à mesure de son intégration à la mode aristocratique.

Deux formes de culottes prédominent successivement durant cette longue période : la chausse à la gigotte, pour le XVIe siècle et son opposé, la chausse en bourse pour le XVIIe siècle. La mode fonctionne par trangression des styles et par opposition des formes. A la chausse serrée et moulante, s'oppose également la chausse bouffante en tuyau d'orgue, ou à gros plis. Et à la chausse soigneusement boutonnée et maintenue par une jarretière, s'oppose la chausse ouverte aux genoux qui donnera naissance à la rhingrave. Toutes ces locutions appartiennent à la même famille. Elles désignent des formes de « culotte longue » dont elles ne sont que des sous-catégories. 

 typologie_culottev10

 

 

Les années 1560

 

Veronèse, Villa Barbaro, 1562Les années 1560 constituent la période où la culotte longue apparaît sous une forme pluôt ample et souple. C'est la ligne qui habille le chasseur peint en 1562 par Paul Véronèse à la Villa Barbaro (en Vénétie).

Le vêtement paraît facile à enfiler, et aisé à porter au quotidien. C'est la raison pour laquelle, il est employé dans les activités sportives comme la chasse.

Chausse 1546-50L'origine de cette forme est peut-être à rechercher dans les vêtements longs que les marins portent dans une longueur variant entre le mi-mollet et les chevilles :  la chausse à la marinière (ou à la marine). C'est le pantacourt d'aujourd'hui. Au XVIe siècle, sa forme est pluôt flottante, avec plus ou moins d'amplitude. Dès lors, la cité de Venise, qui a fait sa fortune dans le commerce maritime offrait un milieu privilégié pour le développement de ce type de mode.

Titien, Tarquinius and Lucretia, 1571Cette forme de chausse se retrouve dans Tarquin et Lucrecia, oeuvre peinte par Titien en 1571 (image ci-contre à droite). Tout comme le chasseur de Véronèse, il s'agit d'une peinture vénitienne. L'iconographie conforterait ainsi l'origine de cette mode et l'usage du terme « chausse à la vénitienne ».

La peinture représente la scène d'intimidation qui précède le viol de Lucrèce. Dans la violence de ses mouvements, Tarquin a défait ses propres vêtements ; son bas-de-chausse s'est détaché et détendu, sa « culotte » remonte en plis sur la cuisse.

 

Chausses à la gigotteDans les années 1560, la « culotte » suit la tendance au ballonnement qui domine la mode des trousses à cette époque.

On appelle chausse à la gigotte, un haut-de-chausses ballonné à la hauteur des cuisses, se resserrant au-dessus du genoux, moulant le bas des cuisses. Elle doit son nom à sa forme de gigot (image ci-contre).

C'est à ce type de chausse que certains ouvrages donnent le nom de culotte vénitienne. Le chasseur de Veronèse en présentait les signes avant-coureurs, ample autour des cuisses et ajustée aux genoux.

Chausses à la gigotte, extrait d'archives des ad31L'image ci-contre rappelle le contexte fratricide de cette époque. Dans cette période troublée des guerres de religion, le haut-de-chausses est aussi un vêtement fonctionnel, employé pour transporter toutes sortes d'objets interdits: tracts politiques, livres religieux et armes (image ci-contre : extraite du registre des arrêts du parlement de Toulouse de 1571-1572, archives départementales de Haute-Garonne)

 

 

 

 

Les années 1570

 

Chausses bouffantes vers 1570-75Au commencement des années 1570, le haut-de-chausses ballonné a atteint son point culminant.  

C'est ce qu'illustrent les trois peintures ci-contre qui représentent des hommes de guerre de trois pays différents. Les hauts-de-chausses qu'ils portent ont une forme ronde qui les fait rattacher à la famille des trousses.

Il ne s'agit pas d'une culotte longue, puisque le vêtement s'arrête aux deux-tiers de la cuisse et qu'il retombe de façon bouffante au-dessus du genou.

The Book of Faulconry, 1575Dans les années 1570, la culotte longue reste dominée par la forme en gigot, bien que celle-ci connaisse un déclin progressif. Cette forme ballonnée apparaît très bien sur les gravures d'illustration d'un livre anglais de fauconnerie édité en 1575 (image ci-contre, The Book of Falconry or Hawking by George Turberville, 1575).

Le haut-de-chausses à la gigotte prédomine encore la mode commune des années 1570, mais tend à s'amenuiser et à perdre de sa rotondité.

Die Sieger der Seeschlacht von Lepanto, 1571Sur le tableau de commémoration de la bataille de Lépante peint vers 1575 et conservé au Kunsthistorisches museum (image ci-contre), la « culotte » du personnage central a encore des allures de chausses à la gigotte, ample à la taille et ajustée au bas de la cuisse.

A noter que l'on reste dans le domaine de la représentation d'hommes de guerre, ici à un plus haut niveau social que les trois portraits précédents et que des trois hommes, un seul porte la trousse, c'est le prince (Don Juan d'Autriche), confortant la dimension aristocratique de la trousse.

Chausses anglaises vers 1575-1580Les trois portraits anglais présentés ci-contre appartiennent à la seconde moitié des années 70. Ils montrent l'évolution de la  « culotte » vers une ligne plus avachie.

Ils représentent un prince, le jeune Jacques Stuart (à gauche), et deux roturiers ; Martin Frobisher un marin britannique connu pour ses explorations outre-atlantique (au centre), et un géant peint pour sa taille extraordinaire (à droite).

Le portrait de Jacques Stuart témoigne que la « culotte » peut être portée par un prince. Il s'agit toutefois du portrait d'un enfant, et l'on retrouve dans d'autres portraits princiers, cette dérogation qu'ont les enfants d'être répresentés dans un vêtement plus commun que la trousse. Le jeune prince reste habillé avec beaucoup de noblesse ; il porte un vêtement plus riche et mieux agencé que les deux autres (le bonnet de cour est porté derrière la tête, le collet est boutonné jusqu'à la ceinture, contrairement aux deux autres qui laissent entrevoir le pourpoint).

 

 

Les années 1580

 

Aux Pays-Bas

 

La tendance majeure des années 80 est l'ajustement de la chausse à la forme de la cuisse. La « culotte » devient plus étroite au point de ressembler à la « culotte » moderne du XVIIIe siècle.

Cette évolution est illustrée par cette série de gravures ci-dessous ; le personnage de gauche reste habillé à l'ancienne mode ; sa culotte est encore large et flottante. En revanche, les trois autres personnages, habillés à la mode des années 1580 (fraises larges, panseron du pourpoint en pointe, et manches amples) portent une « culotte » ajustée.

 

Officiers des Provinces-Unies, années 1580

The Company of Captain Rosecrans, 1588La compagnie du capitaine Dirck Jacobsz Rosecrans est un portrait de groupe peint par Cornelis Ketel en 1588. Il représente des officiers de la garde civile d'Amsterdam, tous issus de la bonne bourgeoisie hollandaise. L'oeuvre est conservée au Rijksmuseum. Elle inaugure un art du portrait consistant à représenter des groupes d'officiers, en pied.

Tous portent une chausse couvrant les cuisses jusqu'au genou. La « culotte », est fermée sur le coté par deux boutons situés au niveau des genoux. Sa forme est légèrement flottante. Aucun de ces hommes ne portent la trousse.

 

 

En France

 

Scènes de bal à la cour des ValoisA la cour de France, la mode est au petit culot, un haut-de-chausses si court qu'il est porté sur les hanches. Il est accompagné de canons, sorte de chausses longues et étroites qui moulent les cuisses.

La mode d'associer les deux vêtements date des années 70 et se confirme dans les années 80 avec l'atrophie du vêtement ; la trousse se porte de plus en plus en courte, et la chausse allongée de plus en plus ajustée.

Dans la scène de bal de la cour des Valois (images ci-contre), les gentilhommes portent des canons assortis au pourpoint, les chausses sont en effet tailladées d'une multitude de petits crevés parallèles, alignés en rangs superposés.

Portraits de princes de France et de LorraineCet assortiment du costume n'est pas propre à cette époque. Mais les documents d'archives permettent d'établir que sous Henri III, les pièces d'habit étaient commandés en ensemble (pourpoint et chausses) 4. En témoignent les deux portraits en pied de deux princes français ci-contre (portraits présumés des petits-fils de Catherine de Médicis : Charles de Valois, et Henri marquis de Pont-à-Mousson).

Les canons moulants à culot se distinguent de la chausse vénitienne allongée (aux genoux). Celle-ci peut se porter sans culot, alors que les canons moulants sont indissociables du culot avec lequel ils sont cousus.

La lutte pour la culotteOn le voît sur les scènes allégoriques représentant le thème de la lutte pour la culotte (image ci-contre). La scène représente des femmes de différentes conditions sociales se disputant le vêtement, chacune voulant se l'accaparer 5.

L'objet convoitée est une culotte avec des crevés alignés, telle que la portent les gentilshommes d'Henri III dans les scènes de bal vues précédemment. Dans la partie supérieure du vêtement tiraillé, on distingue la présence du culot, avec ses bandes parallèles verticales.

Chaque partie du vêtement est vigoureusement maintenue. Deux des dames tiennent respectivement un canon, une autre tient le culot, et une quatrième s'est emparée de la braguette à forme phallique.

Les belles Figures et Drolleries de la ligueA la fin de la décennie, la « culotte » est ajustée à la forme des cuisses.

C'est le type de haut-de-chausses que l'on retrouve sur les nombreuses images populaires représentant les évènements de la Sainte Union (ou Ligue catholique) qui troublèrent la vie politique française à la fin de la décennie. Sur la gravure ci-contre représentant l'assassinat du cardinal de Guise, les gardes sont représentés avec une « culotte » serrée.

 

 

 

 

 

 

Les années 1590

 

Les années 1590 sont caractérisées par la mode du haut-de-chausses ouvert au niveau du genou.

Chausse déboutonnéeA l'origine, il s'agit d'une chausse simplement déboutonnée au bas de la jambe. Une patte de boutonnage située sur le coté permettait en effet de fixer la culotte au niveau du genou (image ci-contre).

Il est possible que cette mode soit née d'une recherche volontaire de négligence. Tout comme la mode du jeans taille basse, ou du jeans troué, la mode de la culotte desserrée procèderait d'une provocation vestimentaire destinée à créer une distinction sociale, et la naissance d'un nouveau style.

Le philosophe Montaigne évoquait déjà la conduite vestimentaire provocatrice et transgressive de la jeunesse. Par un bas de chausse mal tendu ou le port du manteau en écharpe, l'effet de négligence était déjà recherché 6

La mode est probablement apparue dans les années 1580. Son évolution dans les années 1590 consiste en une ouverture de plus en plus ample et une coupe droite, au point que les canons de la chausse finissent par former des tuyaux.

A la fin de la décennie, la chausse se présente comme un pantalon court dans une forme proche des bermudas actuels.

La tendance est partagée par toute l'aristocratie européenne (images ci-dessous).

Chausses ouvertes, années 1590

 

Cette tendance est illustrée dans de nombreuses gravures issues des Pays-Bas. Elle habille les explorateurs outre-atlantique de Theodore de Bry, les figures allégoriques d'Hendrik Goltzius et les mascarades de Jacob De Gheyn (images ci-dessous)

Chausses ouvertes aux genoux, Goltzuis

 

La gravure ci-dessous montre les deux façons de porter le haut-de-chausses dans les années 1590. A droite, l'homme porte des canons moulant les cuisses et par-dessus des trousses. A gauche, l'homme porte cette chausse tuyautée et ouverte qui a la forme d'un bermuda.

Théodore de Bry 1598, Tortues géantes sur l’île Maurice

 


Notes et références

1. Edmond Huguet, Dictionnaire de la langue française du 16e siècle. Il est fait mention d'un hault-de-chausse à la culote pour l'année 1515.

2. Le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière, Le Robert, Paris, 1978. « Espèce de haut-de-chausse court et serré, où l'on attache quelquefois des bas, des canons, des ringraves ». « Signifie aussi des trousses de page qui sont serrées et plissées et qui ne couvrent que le haut des fesses. C'est aussi le haut-de-chausse des chevaliers de l'ordre du saint esprit, et celuy que les gens d'armes portoient autrefois à cheval ».

3. THÉPAUT-CABASSET Corinne, L'Esprit des modes au Grand Siècle, Paris, Éditions du CTHS, 2010, p. 120, 127.

4. Jacqueline BOUCHER, Société et mentalités autour de Henri III, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque littéraire de la Renaissance », 2007.

5. Christiane Klapisch-Zuber, « La lutte pour la culotte, un topos iconographique des rapports conjugaux (xve-xixe siècles) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 34 | 2011, voir en ligne

6. Madeleine Lazard, « Le corps vêtu : signification du costume à la Renaissance », in Le Corps à la Renaissance. Actes du XXXe colloque de Tours, 1987, é, Paris, Amateurs de Livres, 1990, p. 77-94

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27 avril 2019

Culotte - XVIIe siècle

Les années 1600

 

 

Aux Pays-Bas

 

La première décennie du XVIIe siècle est marquée par le retour des formes amples ou ballonnées. Elle constitue l'aboutissement d'une période de transition entre deux tendances opposées, l'une étroite et serrée et l'autre volumineuse et étoffée. 

C'est par les Pays-Bas que la présentation commence, car l'épanouissement artistique du siècle d'or néerlandais met à la disposition des historiens d'aujourd'hui un important stock d'images qui permet d'en saisir les différentes évolutions.

Pendant la première décennie du siècle, la mode de la « culotte » est ainsi dominée par trois tendances principales plus ou moins successives :

Pays-Bas 1600-1610

1- la « culotte » ouverte au genou de type « bermuda » ; c'est la tendance de la décennie précédente. Dans les années 1600, elle est en fin de parcours.

2- la « culotte » fermée et bouffante, qui succède à la tendance précédente par opposition des effets : fermée / ouverte (à l'ouverture du genou) et rembourrée / creuse .

3- la « culotte » ballonnée ; c'est une mode qui procède des tendances précédentes. La chausse prend du volume par ballonnement dans une ampleur qui connaît son apothéose à la toute fin de la décennie.

 ***

L'hiver, 1601- Tendance n° 1

La « culotte » ouverte au genou atteint son apogée dans les premières années du XVIIe siècle.

Elle se présente en coupe droite dans une forme semblable aux bermudas d'aujourd'hui (image ci-contre : L'hiver, 1601, d'après Goltzius). Il ne s'agit pas d'une « culotte courte », car en longueur, elle s'étend au genou qui est plus ou moins recouvert.

Breen, Verspilling in het huwelijkDans les années 1600, elle présente un volume très ample qui tranche avec la ligne serrée des années 1590. Sa forme large et flottante rappelle la mode des baggy shorts portés par les basketeurs américains dans les années 1990 (image ci-contre).

Dans le courant de la décennie, la « culotte » cède à la mode du ballonnement et perd sa coupe droite au profit d'une contenance enflée (galerie d'images ci-dessous). Sous la poussée des nouvelles formes bouffantes comme la chausse en bourse, elle finit par disparaître de l'iconographie à la fin de la décennie.

Variarum Gentium Ornatus, Belges, 1605-10La mode de la chausse ouverte est très présente dans les scènes de genre aux Pays-Bas. Cela laisse supposer que c'est dans les pays d'Europe du Nord que cette tendance s'est developpée.

Dans la série consacrée aux costumes des différentes nations, Variarum Gentium Ornatus gravée vers 1605-1610 par Peter Jode, trois personnages sur dix portent ce type de culotte ; l'un est anglais, et les deux autres représentent les Pays-Bas espagnols (image ci-contre : représentations d'un marchand et d'un noble de nationalité belge). Les Pays-Bas du Nord ne sont pas représentés dans cette série, mais cette mode apparaît dans de nombreuses estampes des maîtres néerlandais, à l'instar de Van Breen et Visscher (images ci-dessous).

La confrontation des images montrent l'évolution de la ligne sur une décennie, marquée sur sa fin par la tendance au ballonnement.

 Pays-Bas, 1600-1610

 

  

  ***

Cour vers 1610- Tendance n° 2

La « culotte » bouffante des années 1600 se présente allongée, couvrant les cuisses jusqu'aux genoux et d'une contenance rembourrée. Son aspect bouffant au genou prend le contrepied de la mode précédente.

Elle est illustrée par les dessins de soldats gravés par Jacques de Gheyn (Provinces-Unies), et les scènes de banquet de Louis de Caullery (Pays-Bas espagnols).

Dans la série Variarum Gentium Ornatus gravée vers 1605-1610 de Peter Jode, elle habille les élégants français, italiens et portuguais. 

  Caullery (attr), An elegant company

 

Soldats, Gheyn

 

 

***

 

Avercamp 1608-1610- Tendance n° 3

Dans le courant de la décennie, la « culotte » adopte une ligne ballonnée qui atteint son apogée au passage des années 1610 (image ci-contre, un patineur, par Hendrick Avercamp, 1610).

Jan Claesz_1602_Albert-SonckCette tendance naît en opposition au style des années 1580 et 1590 qui étaient marquées par une coupe relativement droite et l'ajustement des culottes à la taille des cuisses.

Il s'agit également d'une réaction à la mode des culottes élargies aux genoux, à leur allure flottante et creuse. A la mode des baggy short, succède donc une mode plus arrondie, consistante et étoffée.

La nouvelle tendance apparaît dès le début de la décennie. La ligne se présente alors légèrement courbe ou galbée (image ci-contre, portrait d'Albert Sonck et son fils, par Jan Claesz, 1602).

Circle of Jan Claesz, 1609L'amplitude de la fin de la décennie rappelle la rondeur des chausses à la gigotte portées dans les années 1565-1575. Il s'agit de la résurgence d'une mode vieille de quarante ans (réminescence cyclique des modes qui sautent une génération).  La seule différence est qu'il n'y a pas d'ajustement au bas de la cuisse. Il ne s'agit pas d'un gigot qui moule le genou. Ce dernier reste dissimulé sous plusieurs plis bouffants.

Dans le cas des chausses chausses ouvertes, le ballonnement réduit l'ouverture au niveau du genou et contribue à l'étiolement et à la disparition de ce style (images ci-contre, Jan Claesz, 1609).

A la fin de la décennie, la « culotte » se présente comme un gros ballon rond. Ce ballonnement est particulièrement remarquable sur les portraits et scènes de genre des années 1608 et 1609. 

ballonne-1608-1609_petitformat

 

 

 

 

En France

 

Les tendances observées aux Pays-Bas se retrouvent en France, bien que l'iconographie n'offre pas une production aussi riche ni suffisante pour les présenter avec le détail.

La mode de la chausse ouverte au genou se remarque également en France et s'observe sur des gravures représentant des nobles, mais aussi des princes. Sur les images ci-dessous, elle habille le roi d'Angleterre (portrait de Jacques Ier, ci-dessous à gauche) et le roi de France (sur une gravure représentant le toucher des écrouelles) (ci-dessous à droite).

 Jacques Ier et Henri IV

Thomas de Leu, Le soldat et la mort, 1601La juxtaposition des deux rois montrent deux styles distincts. Jacques Ier porte une chausse à la coupe droite, tandis qu'Henri IV porte une chausse à la forme légèrement galbée

On peut dès lors s'interroger sur l'origine de cette ligne et s'il ne faut pas y voir une tendance à l'origine française. La question se pose car cette forme se retrouve sur d'autres gravures françaises.

On la constate notamment dans une oeuvre de Thomas de Leu, datée de 1600. L'oeuvre intitulée Le jeune homme et la mort représente un gentilhomme (il porte une épée) affrontant l'allégorie de la mort (ou du temps qui passe). Le jeune homme porte une chausse desserrée, à la forme identique de celle d'Henri IV :

La ligne est courbe, la forme presque ballonnée.

Ce qui est intéressant avec cette gravure, est que c'est la reprise d'une oeuvre du néerlandais Crispin de Passe (tirage conservé par le British museum)6. Thomas de Leu, son contemporain français, l'a reprise en adaptant l'habit du jeune homme à la mode française.

De Passe vs Leu, circa 1600En juxtaposant les deux oeuvres, apparaissent deux modes différentes, l'une néerlandaise avec une « culotte » à la coupe droite, et l'une française avec une « culotte » à la ligne courbe.

S'il n'est pas possible de confirmer l'origine française de cette mode, on peut à tout le moins établir cette forme galbée comme le chaînon manquant entre la chausse en tuyau portée autour de 1600 et la « culotte » ballonnée qui s'impose dans des années 1600.

 

L'autre grande nouveauté du XVIIe siècle, est que la « culotte » devient un article d'élégance aristocratique. Les trois portraits en pied présentés ci-dessous en témoignent. La « culotte longue » a désormais sa place sur les portraits d'apparat, montrant son enracinement dans la mode curiale.

Sur le premier tableau à gauche, peint vers 1610 par le flamand François Pourbus, la « culotte » a l'honneur d'habiller le roi Henri IV (bien que cela ne soit pas la première fois). Les deux autres représentent des princes de la maison de Lorraine (le duc de Guise, et son frère le prince de Joinville). Le fait que l'on retrouve, ce vêtement, sans culot, sur des portraits de la haute noblesse française est significatif de la transition qui s'opère au début du XVIIe siècle. L'inversion de l'image sociale de la « culotte » et de la trousse est en cours ; elle durera plusieurs décennies.

Roi et princes de France, circa 1610

Du point de vue du style, cette galerie de portraits inaugure la mode de la chausse à gros plis : le vêtement est bouffant mais n'est pas ou peu ballonné. Il ressemble davantage à un ballon de baudruche dégonflé.

Du coté de la coupe, les trois portraits s'inscrivent dans la continuité de la chausse à la ligne courbe. Celle du prince de Joinville (troisième image à droite) offre le modèle d'une chausse à plis très amples, et bouffante au niveau du genou, anticipant la grande tendance des années 1610 : la chausse en bourse.

 

 

Les années 1610

 

En France

 

La tendance des années 1610 s'inscrit dans la continuité de la décennie précédente avec des « culottes » bouffantes très amples dont le volume rappelle la mode des années 1565-1575. Cette amplitude est caractérisée par l'amplitude des plis qui la composent : c'est la mode de la chausse à gros plis, également appelée chausse à tuyaux d'orgue 5.

Cette mode s'observe autant dans la classe bourgeoise (l'image de gauche ci-dessous représente un marchand parisien) que dans la noblesse. Pour un aperçu "statistique" des typologies du haut-de-chausses et de sa répartition sociale, je recommande la série de gravures de Merian, intitulée L'ordre tenu au marcher parmy la ville de Nancy capitale de Lorraine à l'entrée en icelle du serenissime prince Henry II : nobles, bourgeois, gens de justice (liens vers Gallica).

Bourgeois parisiens, années 1610

La « culotte » de forme ballonnée qui caractérisait les années 1605-1610 cède la place à une « culotte » de forme avachie. La chausse reste à gros plis mais sa forme présente désormais celle d'un ballon de baudruche dégonflé.

Cette mode trouve son apothéose dans les années 1615-1620. La chausse n'est plus bombée ; ses plis retombent verticalement le long des cuisses, présentant un effet bouffant qu'au dessus des genoux. C'est la mode de la chausse en bourse.

Cette tendance procure au gentilhomme une ligne allongée qui rappelle la mode espagnole des trousses à la ligne très verticale. Elle habille le roi Louis XIII sur le portrait ci-dessous à gauche.

Chausses en bourse, France années 1610

 

En Angleterre

La série de portraits présentés ci-dessous présente les trois grandes tendances successives de la décennie.

En 1610, la « culotte » se présente ballonnée en forme de bourse (première ligne de portraits ci-dessous). Puis, dans le courant de la décennie, elle s'affaisse et perd de sa rotondité. Sa forme passe d'une ligne concave à une contenance flasque (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Sa ligne devient presque convexe. L'aspect bouffant au-dessus des genoux maintient la forme en bourse.

Portraits anglais circa 1610

Chausses anglaises, années 1610

A la toute fin de la décennie, la tendance s'inverse de façon radicale, la « culotte » reprend la forme d'un oeuf, mais en sens inverse (ligne de portraits ci-dessous).

James 1618

 

 Aux Provinces-Unies

 

Vinckboons, De buitenpartij, circ 1610Au commencement de  la décennie, l'hypertrophie du haut-de-chausses est à son apogée. Les peintures de genre du siècle d'or hollandais en offrent de nombreuses illustrations.

Pour le début des années 1610, l'amplitude de plis marque les oeuvres de David Vinckboons. Le peintre néerlandais s'est spécialisé dans les scènes de village, mais aussi dans les parties de campagne comme l'illustre l'image ci-contre (extrait d'une garden party). L'image offre le visuel d'une « culotte » particulièrement bouffante. Peinte vers 1610, elle illustre une tendance qui est à son point culminant.

Dans le courant de le décennie, la chausse perd son ballonnement et adopte une ligne verticale. Cette tendance est très bien illustrée par les oeuvres d'un autre peintre néerlandais : Willem Buytewech. Son art met en scène des banquets où se retrouve la silhouette très verticale de la chausse à plis.

L'artiste a aussi laissé beaucoup de dessins et de gravures. Le Rijksmuseum en conserve quelques unes, datées de 1615, représentant des jeunes hommes sensés être originaires de pays différents (illustrations ci-dessous) ; la coupe de la « culotte » reste la même : verticale et allongée.

Buytewech, 1615

Buytewech, Voorname vrijage, 1616-1620, RijksmuseumL'aspect dominant de cette mode est que la chausse à gros plis est tellement bouffante dans sa partie inférieure  qu'elle fait visuellement disparaître le genou ; ce sera l'élement de distinction avec la tendance suivante (dans les années 1620, la chausse laissera le genou bien découvert).

Buytewech est décédé très jeune à l'âge de 32 ans en 1624. Dans les années vingt, sa peinture influencera un autre artiste spécialisé dans les scènes de genre : Dirck Hals, frère du celèbre portraitiste Frans Hals.

 
 

 

Les années 1620

 

En France

 

Louis XIII victorieux, 1620Dans les années vingt, la chausse n'a plus la forme verticale de la tendance précédente mais plutôt la ligne ovale d'un oeuf (images ci-dessous).

Sa forme est toujours bouffante, mais elle ne retombe plus de façon flottante sur les genoux ; elle s'arrête au bas de la cuisse et est resserrée dans sa partie inférieure, laissant voir l'ouverture au-dessus du genou. C'est la grande nouveauté des années 1620, l'orifice par où passent les jambes est visible ; sur le portrait du roi Louis XIII ci-contre, il est fermé par des aiguillettes, sortes de cordons munis d'un embout métallique appelé ferret 7. Ce qui était conventionnel de cacher, devient un ornement de mode.

Le genou est désormais à découvert.

Dans les pages illustrées de L'instruction royale de Pluvinel, gravée par Crispin de Passe, plusieurs types de hauts-de-chausses sont représentés. Les chausses de la tendance du moment, à l'instant décrites, habillent les jeunes hommes représentés sur les images ci-dessous. En revanche, les personnes plus agées portent une chausse allongée plus datée (cachant le genou) et plus sobre (dans la ligne) (exemple avec le marquis de Souvré, précepteur de Louis XIII, représenté à droite sur ce lien vers Gallica). 

Pluvinel, L'instruction du roi, 1620-1625

 

***

Gentilhomme françaisEn France, cette tendance d'une culotte courte de forme ovale n'a pas traversé la décennie. A la fin des années 1620, une autre tendance se manifeste, celle de la chausse allongée sans ballonnement, ni gros plis (images ci-contre).

David Charles, L'Espoir de la FranceAu fur et à mesure de la décennie, le haut-de-chausses perd en effet de sa rotondité. Du point de vue de la ligne, il s'adapte à la forme des cuisses, sans être moulant. La chausse perd ses gros plis, mais reste encore légèrement bouffante. Elle s'allonge à la hauteur des genoux et prend la forme d'une chausse à l'aspect flottant.

La transition n'est pas évident à montrer sur le plan iconographique. Il s'agit d'une réminiscence de la chausse portée dans les années 1600, avec une ligne moins bouffante.

Ce n'est plus une chausse ballonnée (1605-1615), ni une chausse en bourse (années 1610-1620), ni une chausse en tuyaux d'orgue (années 1615-1620).

 

En Suède

Pourpoint et culotte bouffante du roi de Suède vers 1620Les collections royales de Suède comprennent des pièces de vêtement et des tableaux qui illustrent assez bien la forme ronde ou ovale de la « culotte » bouffante des années vingt. Sur les portraits des hommes de guerre présents dans ces collections (images ci-dessous), ce ballonnement des formes est très marqué. Les genoux sont à découvert, à contrepied de la mode des années 1610.

La mode suédoise ne suit pourtant pas de logiques différentes des tendances européennes. Comme en France, on observe que dans le courant de la décennie, la « culotte » bouffante s'affaisse et s'avachit.

 

Portrais de militaires suédois 1623-1624

 

En Angleterre

Les portraits anglais montrent la même forme ovale et légèrement ballonnée.

Par ailleurs, comme sur le portrait de Louis XIII, vu précédemment, l'ouverture du bas de la chausse est visible, laissant à découvert la rangée d'aiguillettes qui la ferme. La forme raccourcie de la chausse produit ainsi le développement d'une nouvelle tendance : l'ornementation du bas de la « culotte » par l'agencement esthétique des cordons de fermeture. Cette utilisation harmonieuse des cordons est promise à un avenir durable.

Chausses anglaises, années 1620

 

 

 

Les années 1630

 

En France

Dans les années trente, la tendance est à une forme allongée au-dessous du genou et à une coupe de plus en plus ajustée. A la fin de la décennie, la « culotte » se présente comme un pantacourt à la coupe presque droite. Sa forme ne doit pas être confondue avec le patalon 8.

La galerie d'images ci-dessous sont des portraits de princes français (ou lorrains), peints par Ferdinand Elle et Antoine van Dyck entre 1630 et 1635. La période présente encore des chausses au tissu flottant, mais de forme allongée. Le premier portrait peint en 1631 présente encore une chausse fermée aux genoux. En revanche, les portraits suivants présentent plutôt une chausse ouverte autour du mollet.

Portraits francais, 1630-1635

 

 

En Angleterre

La chausse à gros plis passe d'une ligne ample (première ligne de portraits ci-dessous) à une forme allongée. Comme nos pantalons modernes, elle adopte une coupe droite (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Portraits anglais, 1631-1635

 Portraits anglais, 1635-1636

 

 

Aux Provinces-Unies

Portraits hollandais, 1635-1640

 1639 Bartholomeus van der Helst, détailL'illustration ci-contre est une oeuvre de Bartholomeus Van der Helst conservée au Rijksmuseum, intitulée Schutters van wijk VIII in Amsterdam onder leiding van kapitein Roelof Bicker, et datée de 1639. On aperçoit qu'au bas de la chausse du personnage de droite, le vêtement est déboutonné.

Il s'agit d'une réminiscence de la mode des années 1590. Ouvert au niveau du genou, la chausse ressemble à un pantacourt.

La mode est à la culotte serrée, pourtant dans cette image, apparaît les prémices de la tendance des années quarante : des canons de chausse de plus en plus amples.

Ci-dessous les illustrations des aiguillettes.

 1639 Bartholomeus van der Helst,_aiguillette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les années 1640

 

En France

Dans les années quarante, la culotte est ouverte aux genoux dans une tendance qui rappelle celle des années 1590. C'est le retour de la chausse en tuyau, mais avec une amplitude large. Cette tendance va se poursuivre dans les années soixante et donner naissance à la rhingrave.

Louis XIV, 1643-1649

 

  Aux Provinces-Unies

Cette mode se retouve sur le tableau peint en 1648 par Van der Helst dans le Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster.

1648, Helst, The celebration of the peace of Münster

 

Les années 1650

 

Dès le début de la décennie, les canons sont si larges que le haut-de-chausses a des allures de jupe culotte à la coupe droite. La culotte en rhingrave est née.

1650-1654

 

Epilogue

 

Michael Korybut WiśniowieckiDans les années 1660, la culotte en rhingrave est si ample qu'elle apparaît sous la forme d'une jupe sans entrejambe (image ci-contre : Portrait de Michael Korybut Wisniowiecki, circa 1670).

Dans les années 1670, l'artiste néerlandais Romeyn de Hooghe édite une série de figures de mode représentatives de la société (images ci-dessous). La jupe apparaît sans entrejambe sur différents personnages masculins ; sa longueur la fait descendre jusqu'à mi-mollet. En revanche, le riche seigneur qui suit la mode de la cour, est déjà passé à un autre style (quatrième figure à droite) : il porte la culotte en rhingrave sous un justaucorps long et large qui la dissimule ; la rhingrave est elle-même plus courte, et désormais elle est posée sur des chausses bouffantes.

 

Figures à la Mode

 

Leclerc_Sébastien_Louis_XIV_s'entretient_avec_Colbert_GallicaAbandonnée par la mode, la culotte en rhingrave est reléguée à un usage commun. Dans les années 1680, elle continue d'être utilisée par les catégories moins assujetties aux caprices de la mode.

A la cour de France, la rhingrave continue ainsi d'être porté par Colbert le principal ministre. Les images qui le représentent avec le roi Louis XIV, l'habillent toujours en jupe. Son habit austère et ringard est un marqueur d'identité sociale qui le rappelle constamment à ses origines modestes (et, sans le vouloir, a entretenu l'image de bourgeois que lui a taillée l'historiographie). Dans cette gravure de Sébastien Leclerc (image ci-contre), apparaîssent ainsi deux façons de s'habiller, l'une d'épée, l'autre de bureau.

 

 


 

Notes et références

5. L'expression se trouve dans Le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière à l'entrée chausse : « ce sont des chausses qui sont si amples, que les plis qu'elles font naturellement, imitent les tuyaux d'orgues ».

6. Le thème est très ancien ; voir l'article consacré à ce sujet sur un blog dédié à l'estampe.

7. LELOIR Maurice, Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos jours, Paris, Gründ, 2012, p. 3 et 154.

8. Au XVIIe siècle, le pantalon désigne un vêtement long (jusqu'aux chevilles) et collant. Il est à tort employé pour désigner la mode sous Louis XIII (comme dans BOUCHER François, Hist.... et dans RUPPERT Jacques,  Le cost... ).

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16 juillet 2019

XVIIe siècle - Partie 2

Les années 1650

 

 

En France

 

La mode du col étroit atteint son apogée au milieu du siècle. Face au souvenir des grands rabats de dentelle, elle s'impose pendant plusieurs années entre 1648 et 1652 environ (illustration ci-dessous de portraits peints vers 1650).

Il était logique qu'une fois atteint son faîte, la tendance bascula dans l'effet inverse. Dans le courant des années 1650, elle passe d'une dynamique de rétraction, à un mouvement d'extension. Le rabat s'étend de nouveau vers les épaules. Quand le baculement s'opère vers 1652-1653, vingt ans se sont écoulés depuis le naissance du grand rabat. Ici encore, il s'agit d'une réminescence cyclique.

Le rabat refait donc son apparition mais celui des années cinquante possède au moins deux caractéristiques qui permettent de le distinguer de celui des années trente : le rabat ne présente plus de dents pointues ou de bords lobés (la ligne de portraits ci-dessous illustre la dernière génération de col à présenter un bord plus ou moins ondulé) ; par ailleurs, le développement du rabat se fait autant sur la poitrine que sur les épaules. Contrairement au rabat des années 1630, celui des années 1650 présente une silhouette qui n'est pas ou peu horizontale mais plutôt carrée.

France, circa 1650

 

Les trois galeries de portraits ci-dessous illustrent l'extention progressive du rabat dans les années 1650. Vers 1652-1655, les bords du rabat reposent à plat sur les clavicules (première ligne de portraits). Dans les années 1655-1658, sa taille double de volume (deuxième ligne de portraits). Dans les dernières années de la décennie, vers 1658-1660, il finit par s'étaler sur toute la longueur des épaules et à taille égale, sur le haut de la poitrine (troisième ligne de portraits).

France, 1650-1655France_1655-1658

 

France, 1657-1660

Ce mouvement d'extension se vérifie dans le col de linge blanc que portent les hommes de robe et de science (galeries de portraits ci-dessous).

rabat_blanc_1650-1655rabat_blanc_1655-1659

 

 

 Aux Pays-Bas

 

Le mouvement d'extension du rabat se distingue aux Pays-Bas par une ligne encore très horizontale. Le rabat s'étend moins sur la poitrine que vers les épaules. 

Au début de la décennie, le col se présente étroit et rabattu contre le cou (première ligne de portraits ci-dessous). A partir des années 1652-1653, il s'ouvre par écartement des pointes et dans les années 1653-1654, il commence à s'étaler sur les épaules, doublant les dimensions de sa surface (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Au milieu des années 1650, il continue de s'étendre horizontalement, tout en avançant sur la poitrine lui conférant une ligne bien particulière qui le distingue du rabat des années 1640 (troisième ligne de portraits ci-dessous). De 1655 à 1659, il s'étend à raison de un à deux centimètres par an (quatrième et cinquième ligne de portraits ci-dessous), dans une forme qui atteint son apogée autour de 1660.

Pays-Bas 1651-1653

 

 

Pays-Bas, circa 1653-1654

Pays-Bas, circa 1655Pays-Bas, circa 1656-1657

 

Pays-Bas, circa 1658-1659

 

 

Les années 1660

 

 En France

 

Rabat français années 1660

Rabat français années 1660

 

 

Aux Pays-Bas

 

L'extension du rabat atteint son apogée autour de l'année 1662 (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Dans le courant des années 1663 à 1665, il se réduit en largeur et adopte une ligne verticale qui le distingue de la tendance des années cinquante ; au commencement de la décennie, le rabat avait encore une ligne très horizontale (première ligne de portraits ci-dessous). Le tournant s'opère vers 1661-1662 quand le rabat recouvre les épaules et la poitrine à égale distance.

Le rabat se présente tantôt plat, tantôt en jabot dans une forme ondulée qui forme comme deux tuyaux au milieu de la poitrine. Cet effet en jabot est amplifié par le passage du rabat en ligne verticale. Cet étalement sur la poitrine atteint son apogée vers 1665. Dans la seconde moitié de la décennie, le rabat ne repose plus sur les épaules. Il continue de se réduire notamment en hauteur, et reprend des dimensions plus modestes. A la fin de la décennie, il est presque aussi court que la cravate (cinquième ligne de portraits ci-dessous).

Pays-Bas, 1659-1660

Pays-Bas, 1661-1662

Pays-Bas, 1663-1665

Pays-bas, 1666-1667

Pays-Bas, 1668-1669

 

 

Les années 1670

 

Durant les années 1660, le col est progressivement remplacé par une cravate. Le rabat est désormais réservé aux officiers et aux hommes d'église et en devient même l'uniforme.

annees_1670

 

Les années 1680

 

Cravate 1680

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