04 février 2013

Les années 1580

 

 

En France

 

homme à la cour d'Henri III vers 1582

lodierHenri III vers 1582

Ce type de haut-de-chausses très court continue de se porter durant toute la décennie 1580. Il s'efface sous l'allongement du pourpoint qui déborde en pointe vers le bas (la panse).

La proéminente braguette est remplacée par une sorte de coquille qui finit elle-même par disparaître.

Il se porte par-dessus soit d'une culotte, soit des canons. A la cour de France, la culotte est tailladée d'une multitude de petits crevés parallèles (réminiscence des années 1530 ; voir le portrait de Charles Quint plus haut).

Détails des lodiersLe haut-de-chaussesTrousses fin des années 1580 peut être bouffant (tendance de la fin des années 1580 ?) :

Trousses des années 1580

 

 

 

 

 

 

 

Marchand parisienColporteur vers 1590La mode est également adoptée par le peuple. Exemple sur les estampes ci-contre représentant des marchands : 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Angleterre

On retrouve la même mode (ci-dessous) :

Anglais années 1580

 

 

Les années 1590

 

 En France

 

La principale évolution des années 1590 réside dans l'agrandissement des trousses. La mode revient à des tailles qui rappellent les tendances des années 1570-1575 (renouvellement cyclique de la mode).

 

Evolution du costume dans les années 1590 en France

 

Les trousses prennent une forme rectangulaire (par opposition à la forme ronde des années 1560, devenue complètement désuette).

Henri IV vers 1600

Henri IV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les trousses apparaissent souvent sous une forme souple et bouffante.

Hommes années 1590

 

Portraits d'Henri de Guise (portrait posthume des années 1590 ?) et portrait d'Henri IV vers 1600

Le premier porte des trousses en tissu souple et bouffant ; le second est habillé de façon plus solennelle et porte des trousses formées de plusieurs bandes resserrées.

Henri de Guise assassiné en 1588 (portrait posthume ?) et Henri IV vers 1600

 

 

En Angleterre

 La mode anglaise n'étant pas très différente de la mode française, l'observation des portraits anglais s'avère très utile pour saisir les différentes facettes du haut-de-chausses français. Comme en France, les trousses ont tendance à se présenter sous une forme bouffante, mais ce que revèle particulièrement bien le portrait anglais, c'est qu'elles se portent souvent par-dessus des canons (sortes de bas qui recouvrent les cuisses). C'est une constante sur les portraits anglais, mais c'est une mode que l'on le retrouve également en France.

The Browne Brothers - 1598, Isaac OliverPortrait d'un garçon - 1596, Robert Peake

La suite de portraits présentée ci-dessous montrent l'agrandissement des chausses au fil des années et comme en France, elles gardent une forme rectangulaire.

Portraits anglais des années 1590

 

Robert Radcliffe - 1593Il existe également un type de haut-de-chausses particulier, couvrant d'un seul tenant le haut des cuisses, y compris au niveau de l'enfourchure. Ce serait ce qu'on appelle le boulevard (ou boulevart), autrement dit la pièce qui fait tout le tour du bassin sans interruption.

Le boulevard trouve peut-être son origine dans l'habillement militaire. On le voit sur les portraits représentants des jouteurs (image ci-contre) et il est mentionné pour cette fonction au XVe siècle.

Sa taille et sa forme suivent la mode des années 1590 : allongement sur les cuisses et mise en forme rectangulaire(exemple d'évolution avec les deux portraits ci-dessous).

Boulevard années 1590

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Europe espagnole

Ce sont dans les pays sous influence espagnole que se perçoit le mieux l'allongement de la forme des trousses. Cette tendance va se développer partout en Europe dans les années 1600, preuve semble t-il du maintien de l'influence de l'Espagne sur la mode.

Portraits espagnols 1590-1599

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09 mars 2013

La cour des Tudor sous Henri VIII


 

Les TudorsDepuis le début de sa diffusion à la télévision en 2008, la série des Tudors a fait l'objet de beaucoup d'éloges. La raison du succès ? un scénario bien ficelé, des mannequins en guise d'acteur, des scènes érotiques très osées et des costumes d'une qualité exceptionnelle.  

Si je n'avais pas encore posté d'article à ce sujet, c'est parce qu'il n'y avait pas grand chose à dire des costumes sur le plan historique. Les producteurs l'ont affirmé eux-mêmes ; les Tudors est une oeuvre de fiction qui relève de l'interprétation ; les costumes procèdent davantage de la création artistique que de la recherche historique.

L'objectif était clair : les Tudors doivent plaire à un public jeune et moderne et pour y parvenir, la série doit donner à la Renaissance un aspect à la fois contemporain, sensuel et glamour. Le message est sans équivoque, les affiches officielles de la série présentent les personnages principaux dans des poses lascives et des tenues légères, très éloignées des principes de représentation de la cour sous Henri VIII (image ci-dessus).

Portrait d'Henri VIIILe public a pu le constater par lui-même ; les acteurs ont été castés pour leur beauté et leur sex-appeal : aucune importance n'a été donnée à la ressemblance physique avec les personnages historiques apparaissant dans la série. Le décalage est énorme entre les portraits du roi Henri VIII, de corpulence importante et le physique svelte et glabre de l'acteur Jonathan Rhys Meyers qui l'incarne (d'ailleurs il est amusant de voir qu'il y a toujours des fans qui ont besoin de se rassurer en se disant que les contemporains du roi disaient qu'Henri VIII était un beau jeune homme dans sa jeunesse ; le témoignage est totalement subjectif et ne correspond pas à ce qu'était le roi à 30 ans, quand il apparaît au premier épisode). 

Pour que la série des Tudors parle au public d'aujourd'hui, les costumes d'époque ont été totalement réinterprétés. De fait, la série donne davantage d'informations sur les tendances du XXIe siècle que sur la mode de la Renaissance. Les marques les plus évidentes de cette transformation sont les coiffures qui n'ont absolument rien du XVIe siècle (image ci-dessous).

Coiffure des années 2000 dans les Tudors

***

 

Dans Les Tudors, la plupart des costumes que porte la reine Anne Boleyn (jouée par Natalie Dormer) sont fantaisistes ; les éléments vestimentaires qui évoquent le passé sont anachroniques,  que ce soit la collerette (qui n'existe pas à son époque), les chapeaux et les mancherons, il n'y a quasiment rien de vraisemblable sur le plan historique (première ligne d'images ci-dessous).

Les autres femmes de la série ne sont pas moins mal loties. Les reines Catherine d'Aragon, Jeanne Seymour et Anne de Clèves ressemblent plus à des princesses de Disney ou à des personnages de science-fiction. L'habillement de Jeanne Seymour est clairement emprunté à Blanche-neige, une manière de présenter la reine comme une oie blanche (deuxième ligne d'images ci-dessous).

Anne Boleyn par Natalie Dormer

Catherine, Jeanne Seymour et Anne de Clèves

Deux soeurs pour un roi (2008)Pour saisir l'importance du décalage entre la réalité historique et le monde imaginé dans Les Tudors, il importe d'établir des comparaisons avec d'autres films. Ils furent très nombreux sur cette époque et cette histoire en particulier. Le dernier en date, est sorti en France en 2008 (la même année que le passage des Tudors à la télé) : il s'agit de Deux soeurs pour un roi (The Other Boleyn Girl).

Même si le style des costumes peut toujours être discuté, ces derniers ont beaucoup plus de vraisemblance historique que dans Les Tudors.

Plusieurs aspects vestimentaires méritent d'être salués. Au niveau de la tête, les femmes apparaissent revêtues de la coiffe en gable, caractéristique de la cour des Tudor. Les deux soeurs Boleyn (jouées par Natalie Portman et Scarlett Johansson) portent l'escoffion à la française qu'elles ont ramené de leur séjour à la cour de France (images ci-dessous). La forme de ces coiffes sont d'une précision très réaliste et beaucoup plus fidèle que les accessoires de diadème inventés dans la série des Tudors.

Au niveau des tenues, les femmes portent de larges revers de manche, qui est l'élement vestimentaire omniprésent et la mode caractéristique de la première moitié du XVIe siècle. On ne l'aperçoit que de manière passagère dans les dernières saisons des Tudors.

Deux soeurs pour un roi

Dames anglaises de la cour des Tudor

 

***

 

Jonathan Rhys MeyersLe caractère fantaisiste de la série des Tudors apparaît également dans le costume masculin. La dimension érotique recherchée par les producteurs ressort à travers l'usage abusif du cuir. Avec son pourpoint noir et ses longues bottes, ou ses pantalons en cuir qui lui moulent les cuisses, Jonathan Rhys Meyers incarne un roi très Rock'n roll (image ci-contre). Pour les lecteurs qui l'ignorent peut-être, le style Rock'n roll est apparu au XXe siècle et n'a rien à voir avec la Renaissance (je le dis sans ironie, parce qu'il y a des personnes qui ne le savent pas forcément). Les Tudors sont à la limite de la fantasy ; l'allusion à des films de science-fiction comme Matrix saute aux yeux dans l'une des images officielles de la saison 3 (image ci-dessous).

Dans la conception des costumes des Tudors, il y a évidemment une inspiration du style Renaissance, mais malheureusement, les éléments vestimentaires inspirés du XVIe siècle, sont anachroniques. L'habillement ne renvoie pas à la mode de la cour d'Henri VIII mais plutôt à celle de la reine Elisabeth Ière. Il y a dans la silhouette générale, un anachronisme de plusieurs décennies. Le roi porte des pourpoints et des hauts-de-chausse apparents et courts (image ci-dessus), alors que sous Henri VIII, les gentilshommes portent surtout la saie, une tunique qui descend jusqu'au genou ; le reste de la silhouette est le plus souvent camouflé par un très gros manteau qu'on appelle la chamarre. Cette dernière apparaît dans la série mais dans des coupes qui ne relèvent pas de la mode de l'époque (plutôt celle des générations suivantes). Quant à la tunique, elle apparaît plus rarement dans les dernières saisons, mais dans des formes et des matières totalement réinventées. Le pourpoint est omniprésent dans la série, alors que c'est plutôt une mode de la seconde moitié du siècle. Sous Henri VIII, le pourpoint est d'abord un vêtement de dessous qui se porte sous un collet ou une tunique.

Costumes masculins des Tudor

Henri VIII par Eric BanaA contrario de la série des Tudors, les costumes masculins du film Deux soeurs pour un roi, illustrent très bien les tendances de l'époque d'Henri VIII : des vêtements amples et lourds, incarnations de la fastuosité et de la magnificence propre à cette période. La mode est à la silhouette large ; les hommes doivent en imposer par leur carrure. Le roi Henri (joué par Eric Bana) apparaît presque toujours avec sa superbe chamarre doublée de fourrure et étoffée de volumineux mancherons (ligne d'images ci-dessous). Ce sont ces énormes mancherons qui manquent à la série des Tudors.

On ne peut manquer aussi d'apprécier la présence constante des couvre-chefs sur la tête des personnages. Alors que dans Les Tudors, la plupart des hommes apparaissent nu tête, dans Deux soeurs pour un roi, le roi ne quitte guère son chapeau, accessoire indispensable pour tout monarque qui « se produit » en public (un peu comme le sac à main de la reine d'Angleterre aujourd'hui) : le chapeau contribue à renforcer la majesté du souverain.

Henri VIII par Eric bana

Portraits d'Henri VIII

 

***

 

Pour terminer, je laisse ci-dessous un montage représentant les deux acteurs principaux de la série des Tudors dans des costumes d'époque (et une corpulence plus importante pour Jonathan). Je vous laisse apprécier - ou pas - ce que l'usage d'un costume réaliste aurait pu donner...

Jonathan et Natalie en costume Henri VIII

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19 mai 2013

Bibliographie


Livres sur le costumeToute personne qui s'est intéressée à la mode de l'Ancien régime, en particulier au XVIe et au XVIIe siècle a pu se rendre compte combien il était difficile de trouver un livre qui donne des informations précises sur l'évolution du costume et une typologie exhaustive des différents vêtements et accessoires portés dans les sociétés d'autrefois. La recherche était vaine, car ce livre n'existe pas.

Il faut l'avouer d'emblée, dans le domaine du costume, notre connaissance est encore limitée. La faute en revient à la dispersion des sources iconographiques (mais Internet y remédie) et aux lacunes des sources textuelles qui, pourtant, ne manquent pas. De fait, les ouvrages sur le costume sont très souvent hypothétiques, équivoques, imprécis, voire erronés ; c'était principalement le cas des ouvrages de vulgarisation.

La bibliographie raisonnée que je propose dans cet article se rapporte essentiellement aux ouvrages les plus récents. Ne sont mentionnés que les ouvrages que je connais (mais j'entends bien à ce que la bibliographie soit la plus complète possible) et ceux qui se rapportent à l'Ancien régime, et principalement les XVIe et XVIIe siècles.

Après la présentation commentée des principaux ouvrages de vulgarisation, je mentionne les principales publications issues des travaux de chercheurs. Elles sont essentielles puisque ce sont elles qui assurent le renouvellement des connaissances qui se font sur le costume (et le vêtement) sous l'Ancien régime ; monographies, actes de colloques, articles de périodiques ; le lecteur y trouvera des informations parfois très précises (typologie, dimension sociale, évolution, etc.).

Comme les Anglo-saxons ont une certaine avancée dans l'étude du costume, je mentionne également quelques ouvrages en anglais. Je tiens enfin à préciser qu'on peut encore trouver des informations intéressantes, notamment sur le plan iconographique, dans les ouvrages d'art et les catalogues raisonnés des oeuvres d'artistes (dessinateurs, peintres, etc.).

 

Dictionnaires

 

  • Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos joursLELOIR Maurice, Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos jours, Paris, Gründ, 2012

    On peut présenter l'auteur de cet ouvrage, Maurice Leloir (1953-1940), comme celui qui fait figure de père pour l'Histoire du costume. En son temps, il était considéré comme l'un des principaux experts en la matière et son dictionnaire publié quelques années après sa mort, en 1951, a longtemps servi de référence ; depuis sa parution, l'ouvrage a été réédité à trois reprises. Le seul regret qu'on peut avoir est que l'auteur ne prend pas la peine de définir systématiquement les mots ; les définitions sont en effet souvent imprécises. Elles sont révélatrices des lacunes terminologiques qui posent régulièrement problème en histoire du costume (je pense au XVIe et XVIIe siècle principalement) ; le dictionnaire de Maurice Leloir mériterait d'être largement réactualisé.


  • Le vêtement de A à ZGEORGE Sophie, GUERIN Caroline et DUCHEMIN Léopold, Le vêtement de A à Z, encyclopédie thématique de la mode et du textile, éd. Falbalas, 2011

  • GEORGE Sophie, CLAUDE Armelle et GONNET Isabelle, Les accessoires de A à Z, éd. Falbalas, 2008
  • GEORGE Sophie, RABILLER Eric et GONNET Isabelle, Les accessoires de A à Z, volume 2, éd. Falbalas, 2008Les accessoires de A à Z 2Les accessoires de A à Z 1

    Ce sont des dictionnaires qui se rapportent principalement à l'époque contemporaine (XXe et XXIe siècle), mais comme les définitions sont de très grande qualité, elles peuvent aider à trouver le mot juste pour décrire les formes vestimentaires de l'Ancien régime. Elles constituent un complément très utile au dictionnaire de Maurice Leloir. C'est un petit manuel pratique que je recommande beaucoup !

     

  • Encyclopedie du couvre-chefBOLOMIER Eliane, DUMONTHIER Jean, GAUDIN Jean Pierre et MOREL Pierre, Encyclopédie du couvre-chef, Lyon, Samedi Midi Editions, 2008

    C'est un ouvrage qui tente de recenser et de présenter tous les couvre-chefs existant ou ayant existé, en France, en Europe et partout dans le monde. On y trouve de tout.

 

 

 

 Principaux ouvrages de vulgarisation
et livres de type encyclopédique

 

Ce sont des livres qui traitent pour la plupart du costume dans sa globalité, c'est-à-dire depuis les origines jusqu'à nos jours. Ils sont présentés ci-dessous par ordre décroissant de publication.

 

  • Modes du XVIIe sous Louis XIVGEORGE Sophie et PUMON Renée, Modes du XVIIe siècle, sous Louis XIV, éd. Falbalas, coll. « Empreintes de mode », 2012

  • BENILAN Annabel, GEORGE Sophie et KURKDJIAN Sophie, Mode du XVIe siècle, sous Catherine de Médicis, éd. Falbalas, coll. « Empreintes de mode », 2010

    A traverModes du XVIe siècle, sous Catherine de Médiciss la collection dite « Empreintes de mode », les éditions Falbalas ont le projet de publier un ouvrage instructif sur chaque grande période de l'histoire du costume (ce qui manquait jusqu'à présent). Les règnes de Catherine de Médicis et de Louis XIV ont déjà fait l'objet d'une parution ; d'autres sont prévues sur la mode sous François Ier et sous Louis XIII. La collection a la particularité de replacer le costume dans son contexte historique et d'être illustrée par des dessins en couleur.

 

  • Le costume médiéval de 1320 à 1480VENIEL Florent, Le costume médiéval de 1320 à 1480, la coquetterie par la mode vestimentaire XIVe et XVe siècles, Bayeux, Heimdal, 2008

Bien qu'il n'entre pas dans la cadre chronologique de ce blog, je recommande la lecture de ce livre dont le contenu en fait un ouvrage de vulgarisation à part : l'illustration est abondante et éclaire intelligemment le texte. L'exposé a le mérite d'être précis, clair et surtout - ce qui est rare - d'être très bien sourcé.



  • Histoire du costume en OccidentBOUCHER François, Histoire du costume en Occident de l'Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, 2008.

    Par sa masse et ses innombrables illustrations, cet ouvrage de référence a la dimension d'une encyclopédie. Son succès l'a amené à être réédité plusieurs fois (un lexique a été ajouté dans la dernière édition). Personnellement, je suis assez critique sur l'utilisation des images. Les illustrations ont le défaut d'être très dispersées et de ne pas constituer un échantillon représentatif des différentes périodes de l'Histoire. Faute de cohérence avec le texte, les images n'aident pas le lecteur à comprendre l'évolution de la mode ; on peut même dire qu'elles le perdent.
     

 

  • Le costume français, 2007RUPPERT Jacques, DELPIERRE Madeleine, DAVRAY-PIEKOLEK Renée, GORGUET-BALLESTEROS, Le costume français, Flammarion, 2007

    Dans le domaine du costume historique, c'est un manuel qui fait partie des classiques. Le livre a des origines assez anciennes puisqu'il a d'abord été publié sous forme de fascicules en 1931. Depuis, il a été plusieurs fois remanié : réédition de 1990 (toujours sous forme de fascicules), de 1996 et de 2007 (ci-dessous à droite, les couvertures des anciennes éditions). Le costume français, 1996Le costume, Louis XIV-Louis XVLe costume, Renaissance-Louis XIII
    Malgré le fait qu'il couvre toute l'histoire du costume, des origines à
    nos jours, il reste très pratique pour saisir les modes du XVIe et XVIIe siècles. Sa dimension synthétique en fait une excellente base de connaissance sur le costume.

      

     

  • Histoire illustrée du costumeVIGOUREUX-LORIDON Jean-Noël, Histoire illustrée du costume, introduction visuelle, Samedi Midi Editions, 2006

C'est un livre qui se définit comme une introduction à un grand projet de publication de type encyclopédique ; pour le moment seule l'introduction est parue, mais l'auteur a prévu de publier une suite en plusieurs volumes (on l'attend avec impatience). Le contenu se présente essentiellement sous forme de dessin ; chaque époque est présentée par un personnage accompagné de notes nommant et expliquant les éléments du costume dont il est habillé.

 

  • Sculptures de l'éphémère 1340-1670AUBRY Viviane, Costumes, Tome II, Sculptures de l'éphémère, 1340-1670, éd. Desclée de Brouwer, coll. « Rempart », 1998

C'est un livre dont les limites chronologiques se calquent très bien avec celui de mon blog. L'ouvrage est servi par des illustrations très simples mais efficaces.

 

 

 

  Monographies et actes de colloques

 

  • PARESYS Isabelle et COQUERY Natacha (éditeurs), Se vêtir à la cour en Europe (1400-1815), Villeneuve d'Ascq : Institut de recherches historiques du Septentrion et Centre de recherche du château de Versailles, 2011

  • BOLOGNE Jean-Claude, Histoire de la coquetterie masculine, Paris, Perrin, 2011
  • LE GALL Jean-Marie, Barbes et moustaches XVe-XVIIIe siècles, Paris, Payot, 2011
  • ARIZZOLI Pierre et GORGUET-BALLESTEROS Pascale (dir), Fastes de cour et cérémonies royales, Le costumes de cour en Europe (1650-1800), cat. d'expo. (Versailles, 31 mars-28 juin 2009), Paris, Réunion des musées nationaux éditions, 2009
  • PARESYS Isabelle (dir.), Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Age à nos jours, Presses universitaires du Septentrion, 2008
  • VIALLON Marie, Paraître et se vêtir au XVIe siècle, actes du XIIIe colloque du Puy-en-Velay, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 2006
  • BLANC Odile, Parades et parures, l'invention du corps de mode à la fin du Moyen Age, Gallimard, 1997
  • DELPIERRE Madeleine, Se vêtir au XVIIIe siècle, Paris, Société Nouvelle Adam Biro, 1996
  • PIPONNIER Françoise, Se vêtir au Moyen Age, Paris, Société Nouvelle Adam Biro, 1995
  • ROCHE Daniel, La culture des apparences, une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, Fayard, 1990
  • CEARD Jean, FONTAINE Marie-Madeleine et MARGOLIN Jean-Claude, Le Corps à la Renaissance, actes du XXXe colloque de Tours (1987), Paris, Aux amateurs de Livres, 1990

 

Se vêtir à la cour en Europe

Histoire de la coquetterie masculine

Barbes et moustaches XVe-XVIIIe siècles

Fastes de cour et cérémonies royales, Le costumes de cour en Europe (1650-1800)Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Age à nos joursParaître et se vêtir au XVIe siècle, actes du XIIIe colloque du Puy-en-Velay

Parades et parures, l'invention du corps de mode à la fin du Moyen ageSe vêtir au XVIIIe siècle

 

 

 

 

Se vêtir au moyen age

 

La culture des apparences, une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècles)

 

 

 

 

 

 

 Périodiques et articles de revue

 

  • Revue de l'art : Costume de cour au XVIe siècle, Paris, Ophrys, n°174/2011-4
  • PARESYS Isabelle, « Le noir est mis, les puys d’Amiens, ou le paraître vestimentaire des élites urbaines à la Renaissance », in Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, n° 56-3, 2009/03, p. 66 à 91
  • DHAILLY Aude, « L'habillement dans le Morbihan au XVIe siècle à partir d'inventaires après décès », in Bulletin de la Société d'Archéologie et de Histoire du Pays de Lorient,  bd 37, 2008/09, p. 65-74
  • BAULANT Micheline, « Jalons pour une histoire du costume commun », in Histoire & mesure, XVI - 1/2|2001 (en ligne, ici)
  • BARTHES ROLAND, « Histoire et sociologie du Vêtement, quelques observations méthodologiques », in Annales, Économies, Sociétés, Civilisations, 1957, vol. 12, n°3, pp. 430-441

 

 Ouvrages en anglais

 

  • TIRAMANI Jenny et NORTH Susan, Seventeenth-century women's dress patterns, V & A Publishing, 2011

  • ARNOLD Janet, Patterns of fashion, The cut and construction of linen shirts, smocks, neckwear, headwear and accessories for men and women c. 1540-1660, London, Macmillan, 2008
  • NORRIS Herbert, Tudor costume and fashion, Courier dover publications, 1997 (1ère édition 1938)
  • ARNOLD Janet, Patterns of fashion, The cut and construction of clothes for men and women c. 1560-1620, London, Macmillan, 1985
  • SICHEL Marion, Costume reference, 2, Tudors and Elizabethans, London, Batsford, 1977

     

    Seventeenth-century women's dress patternsCut and construction of clothes for men and womenPatterns of fashionTudor costume and fashion

     

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12 juin 2013

Le couvre-chef à la Renaissance


C'est un exercice périlleux que de vouloir présenter une typologie générale du couvre-chef à la Renaissance. Dans l'état de nos connaissances, la terminologie reste encore parfois confuse. Par ailleurs, la dimension sociale des différents types de couvre-chefs et leur fonction restent encore à étudier. On aimerait connaître pour chacun d'entre eux leur degré de tendance, et savoir déterminer leur fonctionnalité, qu'elle soit sociale ou professionnelle.

De fait, la présentation que je fais du couvre-chef dans cet article ne donne que les grandes lignes générales. Le lecteur n'aura du couvre-chef qu'un aperçu synthétique et schématique. L'article ne permettra pas de saisir toute la diversité des modes européennes à une date précise. La présentation en détail des différentes tendances sera faite ultérieurement.

Par souci de carté, la présentation est découpée selon les trois grandes périodes qui sectionnent traditionnellement la Renaissance française.

I)   1480-1500

II)  1500-1550

III) 1500-1600

IV) Autres types de couvre-chefs

 

I

La Pré-Renaissance

1480-1500

 

Le bonnet (ou la barrette)

Le bonnet désigne les coiffes souples sans bord. Dans la seconde moitié du XVe siècle, il se porte dressé en hauteur, avec une armature qui permet de le maintenir droit. A la fin du siècle, le bonnet revient à des proportions plus simples, toutefois l'armature demeure. Celle-ci apparaît à travers le tissu sous forme de quatre légers plis (notez toutefois que ces plis n'apparaissent pas, ou peu, sur les portraits italiens). Cette armature qui donne une forme au bonnet, devient une mode et sera à l'origine du bonnet carré au XVIe siècle (voir partie IV).

L'autre aspect de la mode est celui du bonnet rebrassé1 (deuxième ligne de portraits ci-dessous). C'est un bonnet dont les bords sont en partie retournés. C'est ce qui donne naissance à la toque.

Le bonnet de 1460 à 1490

Le bonnet rebrassé

 

Le chapeau de feutre

Le chapeau de feutre est un chapeau dont la matière fibreuse et la forme sont façonnés au moyen d'une technique qui utilise la pression. Le chapeau de feutre peut être doublé par une autre matière (fourrure, velours, etc.). Il peut être décoré par des bouquets de plumes, des aigrettes, des bijoux d'orfèvrerie ou des enseignes. Il existe une grande diversité de formes dont voici, ci-dessous, les principales. Ces couvre-chefs se portent encore au XVIe siècle.

Les chapeaux de feutre

   

 

II
La Première Renaissance

1500-1550

 

La toque

La toque désigne un bonnet avec des bords relevés. Elle apparaît à la fin du XVe siècle (notamment sous le nom de bonnets rebrassés). La toque est l'accessoire phare de la Renaissance. Au commencement du XVIe siècle, elle présente un aspect déjà structuré, c'est-à-dire qu'une armature située à l'intérieure de la coiffe lui donne une forme régulière.

Cette forme va connaître une évolution constante. Jusqu'aux années 1520, elle s'accroît en volume, la calotte gonfle et se dote de quatre pointes. A partir des années 1520, la calotte s'affaisse pour devenir complètement plate ; c'est la mode de la toque à fond plat. Dans les années 1530, la mode des bords relevés décline au point que dans les années 1540, les bords deviennent étroits et paraissent affaissés (deuxième ligne d'images ci-dessous).

C'est par souci de clarté que j'ai procédé à une répartition des modes en trois ensembles parallèles:

 

1- Le bonnet à bord relevé

Le bonnet à bord relevé

2 - Le bonnet à bords relevés (le même que le précédent mais avec un bord supplémentaire placé devant la calotte)

Le bonnet à bords relevés

3 - Le bonnet à bords relevés et tailladés (le même que le précédent mais avec les revers découpés en entailles)

Le bonnet à bords tailladés

 

 

 III
La Haute Renaissance

1550-1600

 

La toque

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la toque prend l'aspect d'un bonnet à petit bord, froncé et bouffant. Il se détermine peu à peu comme un vêtement de la cour et à la fin du siècle, il finit par se figer comme accessoire de cérémonie.

La toque de 1550 à 1600

 

Le chapeau de feutre

Le chapeau de feutre présente des formes nouvelles qui ne sont pas sans rappeler certains couvre-chefs de notre époque comme le canotier, le chapeau melon, ou encore le haut-de-forme. Il peut également être en cuir. Le chapeau qui domine la fin du XVIe siècle est le chapeau à haute calotte et à large bord. On parle parfois de chapeau albanais.

Les chapeaux de feutre

 

 

IV
Autres types de couvre-chefs

 

Dans cette partie sont regroupés les couvre-chefs qui sont communs à toutes les périodes de la Renaissance, qui sont sortis des circuits de la mode aristocratique et mondaine, ou qui en sont toujours restés à l'écart (chapeaux liés plus spécifiquement à des catégories socio-professionnelles).

 

La barrette

La barrette est un bonnet doté d'une armature. Au XVe siècle, c'est une mode de cour, mais au XVIe siècle, elle est reléguée comme accessoire d'uniforme des hommes de robe : universitaires, docteurs, hommes de loi et hommes de Dieu, prêtres, cardinaux, etc. (les images présentées ci-dessous sont des portraits de cardinaux, ce qui explique la couleur pourpre de leur barrette). La forme de la barrette ne se fige pas. Vers 1500, le bonnet est déjà structuré par une armature. Comme la toque, la barrette prend du volume et se dote de trois ou quatre pointes. C'est la mode du bonnet carré.

La barette

 

Le calot

Le calot est un bonnet qu'on peut nouer sous le menton par une lanière. Il est souvent porté en-dessous d'un chapeau.

Le calot

 

Le chaperon

Le chaperon est la coiffe emblématique des XIVe et XVe siècles. Bien que totalement abandonné par la mode, il subsiste encore à la Renaissance, ça et là, comme vêtement de cérémonie (comme dans l'uniforme de l'ordre de la toison d'or), ou comme vêtement professionnel.

Le chaperon

Le chapeau de paille

Le chapeau de paille est un incontournable depuis l'Antiquité. La largeur de ses bords n'est pas sans rappeler les pétases portés par les Grecs antiques. A la Renaissance, il continue d'être porté dans les campagnes ; il apparaît souvent dans les images représentant les scènes de vie paysanne (l'image ci-dessous présente un chapeau de paille porté sur un calot).

Le chapeau de paille


Notes

1. VENIEL Florent, Le costume médiéval de 1320 à 1480, la coquetterie par la mode vestimentaire XIVe et XVe siècles, Bayeux, Heimdal, 2008, p. 134-137.

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18 février 2014

Pilosité faciale aux XVIe et XVIIe siècles


A la Renaissance, la barbe et la moustache sont des aspects incontournables de la mode masculine. Après une fin de moyen age très glabre, la barbe revient en force dans les cours européennes. Le changement s'opère dans les dernières années de la décennie 1510. Il touche d'abord la noblesse qui pour se distinguer des gens du peuple mal rasés, porte une belle barbe pleine et fournie. Puis au fur et à mesure des décennies, par des processus d'imitation sociale, la mode gagne le clergé et les hommes de loi qui l'avaient d'abord rejetée et condamnée.

Les formes qui se déclinent pendant le XVIe siècle sont diverses (carrée, ronde, en pointe, épaisse, taillée, rase, etc.). Au début du XVIIe siècle, la barbe se porte sous l'aspect d'un bouc et d'une barbiche puis elle finit par disparaître durant la première moitié du Grand Siècle. La moustache lui survit jusque dans les années 1670.

Cet article a pour but d'en faire une petite présentation schématique. N'est donné ici qu'un cadre global de la mode pilaire des gentilshommes, celle que suivent les courtisans et jeunes élégants de la cour de France.

Cet article servira d'introduction à d'autres publications. Je reviendrai pour présenter en détail les modalités de transformation de la barbe et tenter d'évoquer la diversité des pratiques. Pour toute référence sur le sujet, je signale l'excellente étude de Jean Marie Le Gall, intitulée Barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècle, publiée chez Payot en 2011. Le lecteur y trouvera une cascade d'exemples, sur la manière dont était ressentie la barbe à cette époque, sur son rôle social, sa condamnation par les religieux, son caractère subversif, son aspect politique, etc.

 

Evolution de la barbe et de la moustache aux XVIe et XVIIe siècles

 

 

Les années 1530 : la barbe carrée

 années 1530 : la barbe carrée

Les années 1540 : la barbe à deux pointes

années 1540 : la longue barbe à deux pointes

 Les années 1550 : la barbe ronde

années 1550 : de la barbe ronde à la barbe taillée

Les années 1560 : de la moustache tombante à la grande moustache relevée, de la barbe taillée à la barbe rase

années 1560 : la barbe taillée et la grandee moustache

 Les années 1570 : du bouc à la mouche

années 1570 : grande moustache relevée / du petit bouc au toupet au menton

 Les années 1580 : de la barbichette au grand bouc

années 1580 : de la barbichette au grand bouc

 Les années 1590 : du long bouc pendant à la grosse barbe touffue

années 1590 : le grand bouc pendant à la grosse et longue barbe

Les années 1600 : la barbe ronde (et la moustache toujours relevée)

années 1600 : la barbe ronde

Les années 1610 : du petit au grand bouc pointu

années 1610 : la petite barbe pointue

 Les années 1620 : le grand bouc pointu en forme de dard

années 1620 : le long bouc pointu

Les années 1630 : la barbiche à la royale (et la moustache toujours relevée)

années 1630 : la barbiche à la royale

 

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12 juin 2014

XVIIe siècle (trousses)


Les trousses continuent de se porter au XVIIe siècle, bien qu'elles soient sévèrement concurencées par la culotte bouffante. Costume de cour, les trousses finissent par se fixer comme vêtement de cérémonie et, à partir des années 1620, à tomber en désuétude. Une importante distinction peut être faite entre la mode espagnole qui règne en Europe et la mode française.

 

Les années 1600

 

En France

 

Henri IV, années 1600Dans le prolongement de la décennie précédente, les chausses continuent de s'agrandir. Elles suivent la mode espagnole en s'allongeant vers le bas, dépassant le milieu de la cuisse.

Sur le portrait ci-contre, le roi Henri IV porte une sorte de boulevard (chausse faite d'un seul tenant). Conformément à l'évolution de la tendance, sa forme est désormais plus haute que large.

L'évolution des trousses montre clairement que la mode à la cour d'Henri IV prend le contrepied des modes en vogue sous Henri III. De cette opposition des tendances, certains historiens en ont conclu hâtivement qu'il sagissait pour les contemporains d'Henri IV de réagir contre le style de vie du dernier Valois et de sa cour. C'est quand même rester prisonnier des clichés un peu facilement, et sous-estimer les logiques implacables propres à la mode.


 

Gravures françaises 1602-1610

 

 

En Angleterre 

L'évolution des formes est perceptible sur la suite chronologique de portraits présentée ci-dessous : les trousses passent d'un format horizontal à un format vertical.

Portraits anglais, 1600-1606

 

 En Espagne

Au début du XVIIe siècle, l'empire espagnol reste une puissance de valeur sûre ; l'âge d'or se poursuit, en particulier dans les arts. L'influence de la mode espagnole sur l'Europe en est l'illustration. La forme très verticale des trousses s'y constate de façon précoce.

Portraits espagnols vers 1600-1605

 

 En Italie

La tendance à l'allongement des chausses est portée à son paroxysme en Italie, pays alors dominé par les Espagnols ; les trousses descendent quasiment aux genoux.

Portraits italiens, années 1603-1609

 

 

 

Les années 1610

 

En France

 

Les années 1610 sont dominées par le port de la grande culotte bouffante. Les trousses se portent toujours, mais sur le plan iconographique, elles apparaissent moins fréquemment que la culotte. L'image qui représente ci-dessous le jeune roi Louis XIII l'illustre bien. De tous les personnages qui composent sa suite, il est le seul à porter des trousses ; les cavaliers qui le suivent, portent tous, la culotte bouffante.

Déjà fortement marquées socialement, les trousses prennent une valeur de plus en plus cérémoniale. A l'origine mondaines et nobles, elles se limiteraient progressivement à une utilisation protocolaire ; sur le plan de la mode courante, c'est le parcours classique de beaucoup de vêtements en fin de "vie".

Pour un autre aperçu "statistique", voir la série de gravures de Merian, intitulée L'ordre tenu au marcher parmy la ville de Nancy capitale de Lorraine à l'entrée en icelle du serenissime prince Henry II : nobles, bourgeois, gens de justice (liens vers Gallica).

 

Louis XIII et sa cour

 

Sur la forme, les trousses reviennent à une silhouette trapézoïdale. C'est un retour en arrière. Après l'extension vers le bas des années 1600, les trousses repassent à une forme horizontale qui rappellent les trousses portées 15 ans plus tôt (voire même 40 ans plus tôt). C'est symptomatique des effets cycliques de la mode : les trousses des années 1610 sont une réminescence des années 1590, elles-mêmes réminescences des années 1570.

français années 1610

 

Le jeune roi Louis XIII porte sur les portraits ci-dessous des trousses constituées de larges bandes espacées, présentant une doublure bouffante, comme en portent traditionnellement les gardes suisses. Dans le cas présent, il s'agit en réalité d'une fausse doublure à crevés, sous laquelle se trouve une autre doublure qui est vraie cette fois-ci. Système illusionniste qui montre l'ingéniosité des modistes de la cour pour moderniser les modèles anciens.

haut_de_chausse_Louis_XIII

 

En Angleterre

 La mode revient également à des tailles plus courtes et des formes plus trapézoïdales.

Trousses anglaises années 1610

 

 En Europe du sud

Sur les portraits d'Espagne et d'Italie, la mode des chausses « verticales » perdure.

Trousses espagnoles et italiennes années 1610

 

 

 

Les années 1620


En France

 

Dans les années 1620, les trousses se portent toujours. Les gravures de Crispin de Passe (images ci-dessous) en sont de très belles illustrations ; les gentilshommes de Louis XIII y sont représentés avec des chausses  bouffantes ou à bandes, dans des tailles qui ne dépassent pas le milieu de la cuisse. Ces gravures montrent que dans les années 1620, les trousses ne sont pas encore tout à fait passées de mode et qu'elles connaissent peut-etre à cette époque un dernier regain (par opposition aux grandes culottes bouffantes devenues par trop populaires dans les années 1610 ?).

Cour de Louis XIII vers 1620-1625

 

Par opposition à la mode espagnole, les trousses françaises gardent leur forme horizontale. L'arrête inférieure est plus arrondie et la doublure davantage rembourée ; ces dispositions donnent à la chausse une silhouette plus courbe et plus convexe (image ci-dessous).

Chausses du maréchal d'Albret vers 1620

 

Henri IV par RubensLorsque dans les années 1620, le peintre Rubens représente le roi Henri IV dans sa série de tableaux sur la vie de Marie de Médicis (image ci-contre), il fait porter à l'ancien roi des trousses dont la forme « habillée » relève plus du costume solennel que de la mode courante : la silhouette de ses chausses est carrée, le fond est plat, et comme dans les années 1600, sur le plan de la taille, le milieu des cuisses est dépassé. Rubens n'est pas un historien ; il ne cherche pas à reconstituer la mode d'une époque (la scène représente sous une forme allégorique la transmission du pouvoir à Marie de Médicis en 1610) ; les chausses que le peintre fait porter à Henri IV sont celles que les gentilshommes français devaient porter comme "costume de cérémonie" dans les années 1620. Leur forme est plus « classique », plus « traditionnelle » (plus « espagnole » !?) que les chausses présentées ci-dessus et dont les formes sont plus arrondies.

 

 

 En Europe

 

Emmanuel Philibert de Savoie en 1624Dans les pays habsbourgeois ou sous influence habsbourgeoise, la mode semble s'être figée sur la forme. Les trousses ont encore cet aspect vertical, plat et angulaire (image ci-contre).

Cette fixation des formes montre que les trousses sont aussi bien qu'en France en passe de devenir un costume d'apparat ou de cérémonie. Peut-être, était-ce déjà le cas depuis longtemps ?!

Europe années 1620

 

 

 

Epilogue

 

Dans le second quart du XVIIe siècle, les trousses se figent et deviennent un uniforme ou un vêtement de protocole.

On les retrouve très souvent portées par les pages.

valets_2_ann_es_1660

valets_ann_es_1660

Sur les portraits d'apparat des rois en costume de sacre (ci-dessous Louis XIII et Louis XIV).

Louis XIII et Louis XIV

 

Louis_XIV__1660Les trousses continuent également à être portées dans les grandes cérémonies officielles. Ainsi voit-on Louis XIV et les membres de l'ordre du Saint Esprit les porter encore dans les années 1660, au cours d'une cérémonie de l'ordre (ci-contre à gauche). On les voit cachées sous les épais manteaux de l'ordre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Article de 2013 modifié en 2014.

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18 octobre 2014

Portraits de personnalités barbues


L'évolution de la mode de la barbe se saisit bien lorsque sont juxtaposés les portraits d'une personne réalisés à différents moments de sa vie. C'est ce que je propose de faire dans cet article. Dans la mesure du possible, j'ai tenté de donner un exemple pour chaque décennie.

 

Années 1510 /1520

François Ier, roi de France. A son avènement en 1515, le roi François, âgé de vingt ans est un jeune prince imberbe. Quelques années plus tard, la mode de la barbe se répand dans les cours italiennes, puis gagne la cour de France. Sur son portrait de Chantilly peint à la fin des années 1510, le jeune roi arbore une legère petite barbe. Il faut pourtant attendre 1521 environ, pour que le roi porte vraisemblablement définitivement la barbe1. Dix ans plus tard, sur le portraits de Jean et François Clouet, le roi la porte fournie. 

Francois Ier

 

Années 1530 /1540

Jean de Taix, seigneur de Taix. Dans les années 1530, ce jeune noble de la cour de France porte une barbe carrée. Dix ans plus tard, devenu colonel général de l'infanterie française, il porte la barbe à deux pointes (les cheveux sont coupés courts également).

Jean seigneur de Thiais

 

Années 1540 /1550

Antoine de Bourbon, roi de Navarre (père du futur roi Henri IV). Le jeune prince, qui est portraituré à l'occasion de son mariage avec Jeanne d'Albret, porte une longue barbe à deux pointes. Dix ans plus tard, devenu à la mort de son beau-père, roi de Navarre, il porte une barbe taillée et ronde.

Antoine de Bourbon

 

Années 1580 /1600

Henri IV, roi de France. L'image d'Henri IV avec sa barbe ronde nous est familière. Pourtant, le roi ne l'a pas toujours portée. Ses premiers portraits le représentent à vingt ans, imberbe. Puis, plus tard, les images qui le montrent à trente ans, le présente avec un petit bouc pointu. A quarante ans, devenu roi de France, sa barbe s'est allongée et agrandie, suivant en cela la vogue des longues barbiches. Dix ans plus tard, sa barbe est taillée en rond.

Henri

 

Années 1600 /1620

Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde (ancien mignon d'Henri III). Sous le règne d'Henri IV, ce grand courtisan de la cour de France porte, à trente ans passés, la barbe ronde caractéristique de cette époque. Vingt ans plus tard, la mode a changé ; il porte le bouc en forme de dard.

Duc de Bellegrade

 

Années 1620 /1630

Armand du Plessis, cardinal de Richelieu. A son entrée au conseil du roi (1624), le jeune cardinal porte le long bouc pointu en forme de dard caractéristique de cette époque. Dix ans plus tard, le dard s'est raccourci. Ce n'est plus qu'une barbiche pointue jointe sur le dessus par une mouche. L'ensemble est parfois appelé barbiche royale. La moustache est relevée en pointe sur les extrémités.

le cardinal de richelieu

 

Années 1630 /1650

Pierre Séguier, chancelier de France. La succession des portraits de ce grand magistrat illustre assez bien la disparition progressive de la barbe au milieu du XVIIe siècle. Au moment de sa nomination comme chancelier par le roi Louis XIII (1635), Pierre Séguier porte encore le bouc pointu. Dix ans plus tard, sa barbe s'est réduite à une ligne verticale de poils qui part de la lèvre inférieure jusqu'au centre du menton. Dix ans plus tard, il ne porte plus qu'une mouche, sorte de petite touffe de poils placée sous la lèvre inférieure.

Pierre Seguier

 

Années 1660 /1700

Louis XIV, roi de France. Le roi porte dans les années 1670 une moustache en croc qui disparait dans les années 1690. Au XVIIIe siècle, l'aristocrate est complètement rasé. 

Louis XIV

 

 

Je termine cet article par une publicité pour une marque de rasoirs qui a l'originalité de donner un aperçu des différentes formes de barbe et de moustache des années 1900 à aujourd'hui. On peut imaginer que ce qui a été fait dans cette vidéo pourrait très bien être reproduit pour les XVIe et XVIIe siècles.

100 Years of Hair

 

 


 

Notes

1. Jean Marie Le Gall, Barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècle, publiée chez Payot en 2011, p. 30.

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