La grande fraise godronnée continue de se porter durant toute la décennie 1580. Après les excès de dentelle des années 1570, la fraise se présente sans passement dans un ton uni immaculé.
Il faut noter que face à la mode du col rabattu qui la concurrence de plus en plus, la fraise se porte surtout par les gentilshommes français pour les grandes occasions.
Dans le courant des années 1580, les godrons de la fraise s'aplatissent. Ils passent d'une forme verticale à une forme horizontale.
A l'approche des années 1590, la fraise apparaît plus fréquemment sous la forme d'unefraise à la confusion.
Il s'agit d'une fraise librement froncée, présentant un enchevêtrement de plis au lieu d'un alignement de tuyaux bien réguliers.
Les hommes de robe et de lettres portent une fraise bien évidemment plus modeste en largeur :
Au début du XVIe siècle, la mode masculine est au décolleté. Les hommes portent un décolleté large allant jusqu'à faire apparaître les clavicules.
Par temps froid, l'encolure du vêtement peut être garnie par une bande de pelleterie (c'est-à-dire en fourrure) qu'on appelle létice(images ci-contre).
Dans les années 1520, la mode du décolleté décline. Il cède la place à un col montant qui cache et protège le cou (portraits à droite) :
Le rabat tient son origine du renversement du col montant. Son coin supérieur est renversé sur le devant. Le col rabattu se présente donc à l'origine comme une sorte de col cassé (image ci-contre : extrait d'un portrait de Charles Quint par Beham, 1531).
Ce col cassé se remarque aux Pays-Bas sur quelques portraits du début des années 1530 ; c'est encore très discret (images ci-contre : portrait d'un homme par Cornelisz Vermeyen et portraits de Charles Quint par Cranach et Beham) :
En Italie
En Italie, les premières images de col rabattu semblent apparaître dans le courant des années 1520. Faute de portraits datés avec justesse et précision, il est assez difficile de proposer une ligne claire et sûre de son évolution dans le temps (image ci-contre : extrait de La femme adultère par Lotto, 1527-29, musée du Louvre).
Cette mode se poursuit dans les années 1530 avec une diversité d'apparence.
Ces rabats se présentent souvent avec une décoration de passementerie assez prononcée. Ce soin apporté au rabat montre son importance comme nouvel accessoire à la mode.
Dans les années 1530, le type de rabat le plus courant est de forme triangulaire.
Tout au long de la décennie, il se développe en pointe sur le devant de la poitrine dans une forme allongée qui descend jusqu'au niveau du ventre. Il se présente alors comme deux pans parallèles fixés à l'encolure de la chemise.
Il est difficile de comprendre l'origine de cette mode qui semble déjà présente dans les années 1520 (image ci-contre : détail de la Vierge à l'Enfant avec sainte Catherine et saint Thomas par Lotto, 1528-30, Kunsthistorisches Museum). La pièce se présente moins comme un rabat que comme un pan de tissu rajouté à la chemise. Avait-elle une utilité précise ? Rien n'est moins sûr, car elle ne semble pas être utilisée comme un col cravate qu'on pourrait nouer autour du cou. Ce n'est pas non plus le cordon qui permet de relier les deux bouts de la chemise et de fermer celle-ci.
Cette forme en vogue dans les années trente se poursuit dans les années quarante ; plusieurs portraits montrent qu'elle s'est répandue en Europe ; avec peut-être un décalage d'une décennie (image ci-contre : portraits des années 1540).
C'est un exercice périlleux que de vouloir présenter une typologie générale du couvre-chef à la Renaissance. Dans l'état de nos connaissances, la terminologie reste encore parfois confuse. Par ailleurs, la dimension sociale des différents types de couvre-chefs et leur fonction restent encore à étudier. On aimerait connaître pour chacun d'entre eux leur degré de tendance, et savoir déterminer leur fonctionnalité, qu'elle soit sociale ou professionnelle.
De fait, la présentation que je fais du couvre-chef dans cet article ne donne que les grandes lignes générales. Le lecteur n'aura du couvre-chef qu'un aperçu schématique. L'article ne permettra pas de saisir toute la diversité des modes européennes à une date précise. La présentation en détail des différentes tendances sera faite ultérieurement.
Par souci de carté, la présentation est découpée selon les trois grandes périodes qui sectionnent traditionnellement la Renaissance française.
I) 1480-1500
II) 1500-1550
III) 1550-1600
IV) Autres types de couvre-chefs
I
La Prémière Renaissance
1480-1500
Le bonnet (ou la barrette)
Le bonnet désigne les coiffes souples sans bord. Dans la seconde moitié du XVe siècle, il se porte dressé en hauteur, avec une structure qui permet de le maintenir droit. A la fin du siècle, le bonnet revient à des proportions plus simples, toutefois la structure demeure. Celle-ci apparaît à travers le tissu sous forme de quatre légers plis (notez toutefois que ces plis n'apparaissent pas, ou peu, sur les portraits italiens). Cette armature qui donne une forme au bonnet, devient une mode et sera à l'origine du bonnet carré au XVIe siècle (voir partie IV).
L'autre aspect de la mode est celui du bonnet rebrassé1(deuxième ligne de portraits ci-dessous). C'est un bonnet dont les bords sont en partie retournés. C'est ce qui donne naissance à la toque.
Le chapeau de feutre
Le chapeau de feutre est un chapeau dont la matière fibreuse et la forme sont façonnés au moyen d'une technique de compression. Le chapeau de feutre peut être doublé par une autre matière (fourrure, velours, etc.). Il peut être décoré par des bouquets de plumes, des aigrettes, des bijoux d'orfèvrerie ou des enseignes. Il existe une grande diversité de formes dont voici, ci-dessous, les principales. Ces couvre-chefs se portent encore au XVIe siècle.
II La Haute Renaissance
1500-1550
La toque
La toque désigne un bonnet avec des bords relevés. Elle apparaît à la fin du XVe siècle (notamment sous le nom de bonnets rebrassés). La toque est l'accessoire phare de la Renaissance. Au commencement du XVIe siècle, elle présente un aspect déjà structuré, c'est-à-dire qu'une structure lui confère une forme régulière.
Jusque dans les années 1580, l'aspect de la toque va connaître une évolution continue.
Au début du XVIe siècle, la calotte gonfle et se dote de quatre pointes. Cette tendance donne naissance à des couvre-chefs très volumineux. L'accent se porte alors sur les bords du bonnet. Une pièce de bordure retroussée est rajoutée frontalement au-dessus du visage.
Dans les années 1520, la mode est aux bords larges. Les bords du bonnet sont développés au point de cacher complètement la calotte. Cela explique que cette dernière s'efface.
Dans les années 1530, la calotte s'affaisse et devient plate ; c'est la mode de la toque à fond plat. Les bords de la toque se font plus modestes et dans les années 1540, c'est l'ensemble du couvre-chef qui se fait plus petit. La mode des bords retroussés décline. Ces derniers deviennent étroits et sont affaissés.
Si l'évolution des formes générales de la toque permet de connaître la mode à une époque donnée, elle ne rend pas compte de ses variations typologiques au temps présent. De fait, pour chaque décennie, on peut observer trois façons différentes d'organiser la toque : on trouve la toque avec l'ajout d'un revers sur la partie frontale, la toque sans revers frontal, et la toque avec le rebord frontal tailladé.
C'est donc par souci de clarté que j'ai illustré ci-dessous l'évolution de la mode, par répartition en trois ensembles parallèles :
1- Le bonnet à bord relevé
2 - Le bonnet à bords relevés (le même que le précédent mais avec un bord supplémentaire placé devant la calotte)
3 - Le bonnet à bords relevés et tailladés (le même que le précédent mais avec les revers découpés en entailles)
III La Renaissance tardive
1550-1600
La toque
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, la toque prend l'aspect d'un bonnet à petit bord, froncé et bouffant. Il se détermine peu à peu comme un vêtement de la cour et à la fin du siècle, il finit par se figer comme accessoire de cérémonie.
Le chapeau de feutre
Le chapeau de feutre présente des formes nouvelles qui ne sont pas sans rappeler certains couvre-chefs de notre époque comme le canotier, le chapeau melon, ou encore le haut-de-forme. Il peut également être en cuir. Le chapeau qui domine la fin du XVIe siècle est le chapeau à haute calotte et à large bord. On parle parfois de chapeau albanais.
IV Autres types de couvre-chefs
Dans cette partie sont regroupés les couvre-chefs qui sont communs à toutes les périodes de la Renaissance, qui sont sortis des circuits de la mode aristocratique et mondaine, ou qui en sont toujours restés à l'écart (chapeaux liés plus spécifiquement à des catégories socio-professionnelles).
La barrette
La barrette est un bonnet doté d'une armature. Au XVe siècle, c'est une mode de cour, mais au XVIe siècle, elle est reléguée comme accessoire d'uniforme des hommes de robe : universitaires, docteurs, hommes de loi et hommes de Dieu, prêtres, cardinaux, etc. (les images présentées ci-dessous sont des portraits de cardinaux, ce qui explique la couleur pourpre de leur barrette). La forme de la barrette ne se fige pas. Vers 1500, le bonnet est déjà structuré par une armature. Comme la toque, la barrette prend du volume et se dote de trois ou quatre pointes. C'est la mode du bonnet carré.
Le calot
Le calot est un bonnet qu'on peut nouer sous le menton par une lanière. Il est souvent porté en-dessous d'un chapeau.
Le chaperon
Le chaperon est la coiffe emblématique des XIVe et XVe siècles. Bien que totalement abandonné par la mode de la Renaissance, il subsiste encore au XVIe siècle, ça et là, comme vêtement de cérémonie (comme l'uniforme de l'ordre de la toison d'or), ou vêtement caractéristique d'une appartenance socio-professionnelle.
Le chapeau de paille
Le chapeau de paille est un incontournable depuis l'Antiquité. La largeur de ses bords n'est pas sans rappeler les pétases portés par les Grecs antiques. A la Renaissance, il continue d'être porté dans les campagnes ; il apparaît souvent dans les images représentant les scènes de vie paysanne (l'image ci-dessous présente un chapeau de paille porté sur un calot).
Notes
1. VENIEL Florent, Le costume médiéval de 1320 à 1480, la coquetterie par la mode vestimentaire XIVe et XVe siècles, Bayeux, Heimdal, 2008, p. 134-137.
Plusieurs d'entre vous m'ont laissé des messages par mail auxquels je n'ai pu répondre (contactez l'auteur). Un problème inhérent à canalblog fait que je n'obtiens pas toujours des adresses mails correctes. Je vous prie de m'en excusez. Le meilleur moyen pour que je puisse vous répondre, serait que vous m'indiquiez dans le corps de vos messages votre adresse mail.
J'en profite au passage pour vous remercier de votre interêt pour mon blog.
Bien à vous.
;)
Andelot
Ps : en cas de réel problème pour vous joindre, je peux toujours donner les informations demandées (quand il s'agit de cela) en commentaire dans les articles correspondants.
Je suis heureux de vous livrer enfin le résultat du travail sur lequel je suis depuis septembre 2011.
Il s'agit d'une vidéo présentant une évolution de la mode depuis le milieu du XVIe siècle jusqu'à la première décennie du XVIIe. Elle couvre toute la période des guerres de religion depuis le règne de Henri II à celui de Henri IV.
Elle est exclusivement consacrée à la mode de la cour de France et plus particulièrement à la mode du décolleté (qui en est d'ailleurs l'une de ses caractéristiques).
Même si je me défends et m'interdis d'admirer un mode de vie ancestral qui n'est pas le mien, je dois reconnaître qu'à travers cette vidéo je ne suis pas sans chercher à faire revivre le souvenir des dames illustres de cette époque ; Catherine de Médicis, Marguerite de Valois, Louise de Lorraine, Gabrielle d'Estrées et Marie de Médicis ont tenu une cour de dames et de demoiselles qui n'avait pas d'égal.
Mon travail a été conduit par plusieurs principes :
- respecter la mode à un instant donné avec autant de précision qu'il est possible. La mode est présentée par année. Les métamorphoses interviennent principalement sur la coiffure et la collerette. Le reste du costume, robe, manches et accessoires (couvre-chef, collier, etc.. ) sont modifiés par tranche d'années en vertu de limites chronologiques qui n'ont rien d'immuable. Je ne propose de fixer des clichés que sur la coiffure et la collerette. Les accessoires apparaissent et disparaissent independemment d'une quelconque mode annuelle. Par exemple, si j'ai présenté la jeune femme de l'année 1570 en train de porter une toque haute, j'aurais très bien pu utiliser cette même toque pour l'année 1575.
- donner un maximum de fluidité à la vidéo. Dans un souci de clarté, je devais créer une suite logique d'images qui évitât autant que possible les ruptures visuelles. Pour cette raison, j'ai du faire un choix arbitraire entre la fraise et le décolleté (exit donc la fraise).
Je reviendrai prochainement pour expliquer les images de la vidéo. Des difficultés propres au manque de documentation et à la diversité de la mode m'ont amené à faire des choix qui méritent d'être justifiés. Je le ferai dans un prochain article.
Je prévois également de donner une suite à ce travail. Je compte, par exemple, donner une version "fraisée" de la vidéo. En principe, ça ne devrait pas être trop long à réaliser, si je ne fais que reprendre les costumes du présent montage. Quant à faire une présentation de la mode qui aille de 1610 à 1670, cela me semble être dans la logique de mon projet, mais je ne pense pas m'y mettre avant 2013.
Ayé, je vous livre la première partie du montage photo-vidéo sur lequel je travaille depuis quelques mois. Il concerne uniquement les décennies 1550, 1560 et 1570. Les trois suivantes viendront ultérieurement (à savoir les décennies 1580 à 1600).
Evidemment, j'attends beaucoup de vos remarques. La vidéo est fort critiquable. Elle ne dure que 45 secondes et force est de constater que je ne suis pas un expert en montage-vidéo. Comme j'utilise le logiciel le plus basique, les effets sont assez limités. Vos critiques seront donc la bienvenue. Elles me permettront de corriger la vidéo au moment où j'intégrerai les images des trois décennies suivantes. Si vous trouvez que les images ne vont pas à la bonne vitesse, que les légendes sont insuffisantes, etc..., laissez moi un commentaire.
Vu la fréquentation croissante de ce blog, je me vois dans l'obligation de présenter un peu plus le projet que je propose de réaliser.
Mon dessein est de créer un instrument de repère iconographique qui permette de retracer l'évolution du costume sous l'Ancien Régime. J'entends le faire avec un maximum de rigueur scientifique et pour cela, je n'utilise que des images d'époque et dans la mesure du possible datées.
Historien de formation, et passionné (au-delà du raisonnable), je porte un très grand intérêt pour tout ce qui porte à la reconstitution historique ; cinéma (Le Guépard, Le roi danse, Kingdom of Heaven et les vieilleries du genre Le Capitan, Angélique, etc.), téléfilms (Les rois maudits avec Jean Piat, Le comte de Monte Christo, Elizabeth I avec H. Mirren, etc.), bande dessinée (Histoire de France en bande dessinée, Les sept vies de l'Epervier, Ballade au bout du monde, etc..), arts et spectacles de toute facture (son et lumière, défilés, etc.).
Il est évidemment qu'aucune de ces représentations historiques ne sauraient représenter avec fidélité le monde des sociétés passées. D'une part, la création artistique est, de par nature, incompatible avec la science historique (pourtant ces "oeuvres" sont bien les meilleurs moyens pour nous d'accèder à ce monde du passé). D'autre part, il manque encore aujourd'hui des ouvrages de référence sur les questions de mode en particulier pour le XVIe siècle et pour la France.
Mon intention est sans prétention. Je n'ai aucune formation dans le domaine de la mode. Les commentaires et les critiques des spécialistes et des non spécialistes sont donc la bienvenue.
Enfin, je vous recommanderais de ne pas commercialiser les images présentées sur le blog. Je les moi-même toutes prises sur la toile.
Comme je l'avais annoncé, je prépare une nouvelle vidéo sur la mode du second XVIe siècle. Après le costume en décolleté, ce sera le costume en fraise.
Voici quelques images. Elles concernent les années :