Les années 1600

 

 

Aux Pays-Bas

 

La première décennie du XVIIe siècle est marquée par le retour des formes amples ou ballonnées. Elle constitue l'aboutissement d'une période de transition entre deux tendances opposées, l'une étroite et serrée et l'autre volumineuse et étoffée. 

C'est par les Pays-Bas que la présentation commence, car l'épanouissement artistique du siècle d'or néerlandais met à la disposition des historiens d'aujourd'hui un important stock d'images qui permet d'en saisir les différentes évolutions.

Pendant la première décennie du siècle, la mode de la « culotte » est ainsi dominée par trois tendances principales plus ou moins successives :

Pays-Bas 1600-1610

1- la « culotte » ouverte au genou de type « bermuda » ; c'est la tendance de la décennie précédente. Dans les années 1600, elle est en fin de parcours.

2- la « culotte » fermée et bouffante, qui succède à la tendance précédente par opposition des effets : fermée / ouverte (à l'ouverture du genou) et rembourrée / creuse .

3- la « culotte » ballonnée ; c'est une mode qui procède des tendances précédentes. La chausse prend du volume par ballonnement dans une ampleur qui connaît son apothéose à la toute fin de la décennie.

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L'hiver, 1601- Tendance n° 1

La « culotte » ouverte au genou atteint son apogée dans les premières années du XVIIe siècle.

Elle se présente en coupe droite dans une forme semblable aux bermudas d'aujourd'hui (image ci-contre : L'hiver, 1601, d'après Goltzius). Il ne s'agit pas d'une « culotte courte », car en longueur, elle s'étend au genou qui est plus ou moins recouvert.

Breen, Verspilling in het huwelijkDans les années 1600, elle présente un volume très ample qui tranche avec la ligne serrée des années 1590. Sa forme large et flottante rappelle la mode des baggy shorts portés par les basketeurs américains dans les années 1990 (image ci-contre).

Dans le courant de la décennie, la « culotte » cède à la mode du ballonnement et perd sa coupe droite au profit d'une contenance enflée (galerie d'images ci-dessous). Sous la poussée des nouvelles formes bouffantes comme la chausse en bourse, elle finit par disparaître de l'iconographie à la fin de la décennie.

Variarum Gentium Ornatus, Belges, 1605-10La mode de la chausse ouverte est très présente dans les scènes de genre aux Pays-Bas. Cela laisse supposer que c'est dans les pays d'Europe du Nord que cette tendance s'est developpée.

Dans la série consacrée aux costumes des différentes nations, Variarum Gentium Ornatus gravée vers 1605-1610 par Peter Jode, trois personnages sur dix portent ce type de culotte ; l'un est anglais, et les deux autres représentent les Pays-Bas espagnols (image ci-contre : représentations d'un marchand et d'un noble de nationalité belge). Les Pays-Bas du Nord ne sont pas représentés dans cette série, mais cette mode apparaît dans de nombreuses estampes des maîtres néerlandais, à l'instar de Van Breen et Visscher (images ci-dessous).

La confrontation des images montrent l'évolution de la ligne sur une décennie, marquée sur sa fin par la tendance au ballonnement.

 Pays-Bas, 1600-1610

 

  

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Cour vers 1610- Tendance n° 2

La « culotte » bouffante des années 1600 se présente allongée, couvrant les cuisses jusqu'aux genoux et d'une contenance rembourrée. Son aspect bouffant au genou prend le contrepied de la mode précédente.

Elle est illustrée par les dessins de soldats gravés par Jacques de Gheyn (Provinces-Unies), et les scènes de banquet de Louis de Caullery (Pays-Bas espagnols).

Dans la série Variarum Gentium Ornatus gravée vers 1605-1610 de Peter Jode, elle habille les élégants français, italiens et portuguais. 

  Caullery (attr), An elegant company

 

Soldats, Gheyn

 

 

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Avercamp 1608-1610- Tendance n° 3

Dans le courant de la décennie, la « culotte » adopte une ligne ballonnée qui atteint son apogée au passage des années 1610 (image ci-contre, un patineur, par Hendrick Avercamp, 1610).

Jan Claesz_1602_Albert-SonckCette tendance naît en opposition au style des années 1580 et 1590 qui étaient marquées par une coupe relativement droite et l'ajustement des culottes à la taille des cuisses.

Il s'agit également d'une réaction à la mode des culottes élargies aux genoux, à leur allure flottante et creuse. A la mode des baggy short, succède donc une mode plus arrondie, consistante et étoffée.

La nouvelle tendance apparaît dès le début de la décennie. La ligne se présente alors légèrement courbe ou galbée (image ci-contre, portrait d'Albert Sonck et son fils, par Jan Claesz, 1602).

Circle of Jan Claesz, 1609L'amplitude de la fin de la décennie rappelle la rondeur des chausses à la gigotte portées dans les années 1565-1575. Il s'agit de la résurgence d'une mode vieille de quarante ans (réminescence cyclique des modes qui sautent une génération).  La seule différence est qu'il n'y a pas d'ajustement au bas de la cuisse. Il ne s'agit pas d'un gigot qui moule le genou. Ce dernier reste dissimulé sous plusieurs plis bouffants.

Dans le cas des chausses ouvertes, le ballonnement réduit l'ouverture au niveau du genou et contribue à l'étiolement et à la disparition de ce style (images ci-contre, Jan Claesz, 1609).

A la fin de la décennie, la « culotte » se présente comme un gros ballon rond. Ce ballonnement est particulièrement remarquable sur les portraits et scènes de genre des années 1608 et 1609. 

ballonne-1608-1609_petitformat

 

 

 

 

En France

 

Les tendances observées aux Pays-Bas se retrouvent, bien que l'iconographie n'offre pas une production aussi riche ni suffisante pour les présenter en détail.

La mode de la chausse ouverte au genou se remarque également en France et s'observe sur des gravures représentant des nobles, mais aussi des princes. Sur les images ci-dessous, elle habille le roi d'Angleterre (portrait de Jacques Ier, ci-dessous à gauche) et le roi de France (sur une gravure représentant le toucher des écrouelles) (ci-dessous à droite).

 Jacques Ier et Henri IV

Thomas de Leu, Le soldat et la mort, 1601La juxtaposition des deux rois montrent deux styles distincts. Jacques Ier porte une chausse à la coupe droite, tandis qu'Henri IV porte une chausse à la forme légèrement galbée

On peut dès lors s'interroger sur l'origine de cette ligne et s'il ne faut pas y voir une tendance à l'origine française. La question se pose car cette forme se retrouve sur d'autres gravures françaises.

On la constate notamment dans une oeuvre de Thomas de Leu, datée de 1600. L'oeuvre intitulée Le jeune homme et la mort représente un gentilhomme (il porte une épée) affrontant l'allégorie de la mort (ou du temps qui passe). Le jeune homme porte une chausse desserrée, à la forme identique de celle d'Henri IV :

La ligne est courbe, la forme presque ballonnée.

Ce qui est intéressant avec cette gravure, est que c'est la reprise d'une oeuvre du néerlandais Crispin de Passe (tirage conservé par le British museum)6. Thomas de Leu, son contemporain français, l'a reprise en adaptant l'habit du jeune homme à la mode française.

De Passe vs Leu, circa 1600En juxtaposant les deux oeuvres, apparaissent deux modes différentes, l'une néerlandaise avec une « culotte » à la coupe droite, et l'une française avec une « culotte » à la ligne courbe.

S'il n'est pas possible de confirmer l'origine française de cette mode, on peut à tout le moins établir cette forme galbée comme le chaînon manquant entre la chausse en tuyau portée autour de 1600 et la « culotte » ballonnée qui s'impose dans des années 1600.

 

L'autre grande nouveauté du XVIIe siècle, est que la « culotte » devient un article d'élégance aristocratique. Les trois portraits en pied présentés ci-dessous en témoignent. La « culotte longue » a désormais sa place sur les portraits d'apparat, montrant son enracinement dans la mode curiale.

Sur le premier tableau à gauche, peint vers 1610 par le flamand François Pourbus, la « culotte » a l'honneur d'habiller le roi Henri IV (bien que cela ne soit pas la première fois). Les deux autres représentent des princes de la maison de Lorraine (le duc de Guise, et son frère le prince de Joinville). Le fait que l'on retrouve, ce vêtement, sans culot, sur des portraits de la haute noblesse française est significatif de la transition qui s'opère au début du XVIIe siècle. L'inversion de l'image sociale de la « culotte » et de la trousse est en cours ; elle durera plusieurs décennies.

Roi et princes de France, circa 1610

Du point de vue du style, cette galerie de portraits inaugure la mode de la chausse à gros plis : le vêtement est bouffant mais n'est pas ou peu ballonné. Il ressemble davantage à un ballon de baudruche dégonflé.

Du coté de la coupe, les trois portraits s'inscrivent dans la continuité de la chausse à la ligne courbe. Celle du prince de Joinville (troisième image à droite) offre le modèle d'une chausse à plis très amples, et bouffante au niveau du genou, anticipant la grande tendance des années 1610 : la chausse en bourse.

 

 

Les années 1610

 

En France

 

La tendance des années 1610 s'inscrit dans la continuité de la décennie précédente avec des « culottes » bouffantes très amples dont le volume rappelle la mode des années 1565-1575. Cette amplitude est caractérisée par l'amplitude des plis qui la composent : c'est la mode de la chausse à gros plis, également appelée chausse à tuyaux d'orgue 5.

Cette mode s'observe autant dans la classe bourgeoise (l'image de gauche ci-dessous représente un marchand parisien) que dans la noblesse. Pour un aperçu "statistique" des typologies du haut-de-chausses et de sa répartition sociale, je recommande la série de gravures de Merian, intitulée L'ordre tenu au marcher parmy la ville de Nancy capitale de Lorraine à l'entrée en icelle du serenissime prince Henry II : nobles, bourgeois, gens de justice (liens vers Gallica).

Bourgeois parisiens, années 1610

La « culotte » de forme ballonnée qui caractérisait les années 1605-1610 cède la place à une « culotte » de forme avachie. La chausse reste à gros plis mais sa forme présente désormais celle d'un ballon de baudruche dégonflé.

Cette mode trouve son apothéose dans les années 1615-1620. La chausse n'est plus bombée ; ses plis retombent verticalement le long des cuisses, présentant un effet bouffant qu'au dessus des genoux. C'est la mode de la chausse en bourse.

Cette tendance procure au gentilhomme une ligne allongée qui rappelle la mode espagnole des trousses à la ligne très verticale. Elle habille le roi Louis XIII sur le portrait ci-dessous à gauche.

Chausses en bourse, France années 1610

 

En Angleterre

La série de portraits présentés ci-dessous présente les trois grandes tendances successives de la décennie.

En 1610, la « culotte » se présente ballonnée en forme de bourse (première ligne de portraits ci-dessous). Puis, dans le courant de la décennie, elle s'affaisse et perd de sa rotondité. Sa forme passe d'une ligne concave à une contenance flasque (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Sa ligne devient presque convexe. L'aspect bouffant au-dessus des genoux maintient la forme en bourse.

Portraits anglais circa 1610

Chausses anglaises, années 1610

A la fin de la décennie, les portraits du roi Jacques d'Angleterre montre un changement de forme radical. La tendance revient à une forme en oeuf, mais inversée au regard de la mode dominante. Au lieu d'être bouffante au-dessus des genoux, la culotte est arrondie dans sa partie supérieure (ligne de portraits ci-dessous). La libération du genou sera la grande tendance des années 1620.

James Ier circa 1618

 

 Aux Provinces-Unies

 

Vinckboons, De buitenpartij, circ 1610Au commencement de  la décennie, l'hypertrophie du haut-de-chausses est à son apogée. Les peintures de genre du siècle d'or hollandais en offrent de nombreuses illustrations.

Pour le début des années 1610, l'amplitude de plis marque les oeuvres de David Vinckboons. Le peintre néerlandais s'est spécialisé dans les scènes de village, mais aussi dans les parties de campagne comme l'illustre l'image ci-contre (extrait d'une garden party). L'image offre le visuel d'une « culotte » particulièrement bouffante. Peinte vers 1610, elle illustre une tendance qui est à son point culminant.

Dans le courant de le décennie, la chausse perd son ballonnement et adopte une ligne verticale. Cette tendance est très bien illustrée par les oeuvres d'un autre peintre néerlandais : Willem Buytewech. Son art met en scène des banquets où se retrouve la silhouette très verticale de la chausse à plis.

L'artiste a aussi laissé beaucoup de dessins et de gravures. Le Rijksmuseum en conserve quelques unes, datées de 1615, représentant des jeunes hommes sensés être originaires de pays différents (illustrations ci-dessous) ; la coupe de la « culotte » reste la même : verticale et allongée.

Buytewech, 1615

Buytewech, Voorname vrijage, 1616-1620, RijksmuseumL'aspect dominant de cette mode est que la chausse à gros plis est tellement bouffante dans sa partie inférieure  qu'elle fait visuellement disparaître le genou ; ce sera l'élement de distinction avec la tendance suivante (dans les années 1620, la chausse laissera le genou bien découvert).

Buytewech est décédé très jeune à l'âge de 32 ans en 1624. Dans les années vingt, sa peinture influencera un autre artiste spécialisé dans les scènes de genre : Dirck Hals, frère du celèbre portraitiste Frans Hals.

 
 

 

Les années 1620

 

En France

 

Louis XIII victorieux, 1620Dans les années vingt, la chausse n'a plus la forme verticale de la tendance précédente mais plutôt la ligne ovale d'un oeuf (images ci-dessous).

Sa forme est toujours bouffante, mais elle ne retombe plus de façon flottante sur les genoux ; elle s'arrête au bas de la cuisse et est resserrée dans sa partie inférieure, laissant voir l'ouverture au-dessus du genou. C'est la grande nouveauté des années 1620, l'orifice par où passent les jambes est visible ; sur le portrait du roi Louis XIII ci-contre, il est fermé par des aiguillettes, sortes de cordons munis d'un embout métallique appelé ferret 7. Ce qui était conventionnel de cacher, devient un ornement de mode.

Le genou est désormais à découvert.

Dans les pages illustrées de L'instruction royale de Pluvinel, gravée par Crispin de Passe, plusieurs types de hauts-de-chausses sont représentés. Les chausses de la tendance du moment, à l'instant décrites, habillent les jeunes hommes représentés sur les images ci-dessous. En revanche, les personnes plus agées portent une chausse allongée plus datée (cachant le genou) et plus sobre (dans la ligne) (exemple avec le marquis de Souvré, précepteur de Louis XIII, représenté à droite sur ce lien vers Gallica). 

Pluvinel, L'instruction du roi, 1620-1625

 

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Gentilhomme françaisEn France, cette tendance d'une culotte courte de forme ovale n'a pas traversé la décennie. A la fin des années 1620, une autre tendance se manifeste, celle de la chausse allongée sans ballonnement, ni gros plis (images ci-contre).

David Charles, L'Espoir de la FranceAu fur et à mesure de la décennie, le haut-de-chausses perd en effet de sa rotondité. Du point de vue de la ligne, il s'adapte à la forme des cuisses, sans être moulant. La chausse perd ses gros plis, mais reste encore légèrement bouffante. Elle s'allonge à la hauteur des genoux et prend la forme d'une chausse à l'aspect flottant.

La transition n'est pas évident à montrer sur le plan iconographique. Il s'agit d'une réminiscence de la chausse portée dans les années 1600, avec une ligne moins bouffante.

Ce n'est plus une chausse ballonnée (1605-1615), ni une chausse en bourse (années 1610-1620), ni une chausse en tuyaux d'orgue (années 1615-1620).

 

En Suède

Pourpoint et culotte bouffante du roi de Suède vers 1620Les collections royales de Suède comprennent des pièces de vêtement et des tableaux qui illustrent assez bien la forme ronde ou ovale de la « culotte » bouffante des années vingt. Sur les portraits des hommes de guerre présents dans ces collections (images ci-dessous), ce ballonnement des formes est très marqué. Les genoux sont à découvert, à contrepied de la mode des années 1610.

La mode suédoise ne suit pourtant pas de logiques différentes des tendances européennes. Comme en France, on observe que dans le courant de la décennie, la « culotte » bouffante s'affaisse et s'avachit.

 

Portrais de militaires suédois 1623-1624

 

En Angleterre

Les portraits anglais montrent la même forme ovale et légèrement ballonnée.

Par ailleurs, comme sur le portrait de Louis XIII, vu précédemment, l'ouverture du bas de la chausse est visible, laissant à découvert la rangée d'aiguillettes qui la ferme. La forme raccourcie de la chausse produit ainsi le développement d'une nouvelle tendance : l'ornementation du bas de la « culotte » par l'agencement esthétique des cordons de fermeture. Cette utilisation harmonieuse des cordons est promise à un avenir durable.

Chausses anglaises, années 1620

 

 

 

Les années 1630

 

En France

Dans les années trente, la tendance est à une forme allongée au-dessous du genou et à une coupe de plus en plus ajustée. A la fin de la décennie, la « culotte » se présente comme un pantacourt à la coupe presque droite. Sa forme ne doit pas être confondue avec le patalon 8.

La galerie d'images ci-dessous sont des portraits de princes français (ou lorrains), peints par Ferdinand Elle et Antoine van Dyck entre 1630 et 1635. La période présente encore des chausses au tissu flottant, mais de forme allongée. Le premier portrait peint en 1631 présente encore une chausse fermée aux genoux. En revanche, les portraits suivants présentent plutôt une chausse ouverte autour du mollet.

Portraits francais, 1630-1635

 

 

En Angleterre

La chausse à gros plis passe d'une ligne ample (première ligne de portraits ci-dessous) à une forme allongée. Comme nos pantalons modernes, elle adopte une coupe droite (deuxième ligne de portraits ci-dessous).

Portraits anglais, 1631-1635

 Portraits anglais, 1635-1636

 

 

Aux Provinces-Unies

Portraits hollandais, 1635-1640

 1639 Bartholomeus van der Helst, détailL'illustration ci-contre est une oeuvre de Bartholomeus Van der Helst conservée au Rijksmuseum, intitulée Schutters van wijk VIII in Amsterdam onder leiding van kapitein Roelof Bicker, et datée de 1639. On aperçoit qu'au bas de la chausse du personnage de droite, le vêtement est déboutonné.

Il s'agit d'une réminiscence de la mode des années 1590. Ouvert au niveau du genou, la chausse ressemble à un pantacourt.

La mode est à la culotte serrée, pourtant dans cette image, apparaît les prémices de la tendance des années quarante : des canons de chausse de plus en plus amples.

Ci-dessous les illustrations des aiguillettes.

 1639 Bartholomeus van der Helst,_aiguillette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les années 1640

 

En France

Dans les années quarante, la culotte est ouverte aux genoux dans une tendance qui rappelle celle des années 1590. C'est le retour de la chausse en tuyau, mais avec une amplitude large. Cette tendance va se poursuivre dans les années soixante et donner naissance à la rhingrave.

Louis XIV, 1643-1649

 

  Aux Provinces-Unies

Cette mode se retouve sur le tableau peint en 1648 par Van der Helst dans le Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster.

1648, Helst, The celebration of the peace of Münster

 

Les années 1650

 

Dès le début de la décennie, les canons sont si larges que le haut-de-chausses a des allures de jupe culotte à la coupe droite. La culotte en rhingrave est née.

1650-1654

 

Epilogue

 

Michael Korybut WiśniowieckiDans les années 1660, la culotte en rhingrave est si ample qu'elle apparaît sous la forme d'une jupe sans entrejambe (image ci-contre : Portrait de Michael Korybut Wisniowiecki, circa 1670).

Dans les années 1670, l'artiste néerlandais Romeyn de Hooghe édite une série de figures de mode représentatives de la société (images ci-dessous). La jupe apparaît sans entrejambe sur différents personnages masculins ; sa longueur la fait descendre jusqu'à mi-mollet. En revanche, le riche seigneur qui suit la mode de la cour, est déjà passé à un autre style (quatrième figure à droite) : il porte la culotte en rhingrave sous un justaucorps long et large qui la dissimule ; la rhingrave est elle-même plus courte, et désormais elle est posée sur des chausses bouffantes.

 

Figures à la Mode

 

Leclerc_Sébastien_Louis_XIV_s'entretient_avec_Colbert_GallicaAbandonnée par la mode, la culotte en rhingrave est reléguée à un usage commun. Dans les années 1680, elle continue d'être utilisée par les catégories moins assujetties aux caprices de la mode.

A la cour de France, la rhingrave continue ainsi d'être porté par Colbert le principal ministre. Les images qui le représentent avec le roi Louis XIV, l'habillent toujours en jupe. Son habit austère et ringard est un marqueur d'identité sociale qui le rappelle constamment à ses origines modestes (et, sans le vouloir, a entretenu l'image de bourgeois que lui a taillée l'historiographie). Dans cette gravure de Sébastien Leclerc (image ci-contre), apparaîssent ainsi deux façons de s'habiller, l'une d'épée, l'autre de bureau.

 

 


 

Notes et références

5. L'expression se trouve dans Le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière à l'entrée chausse : « ce sont des chausses qui sont si amples, que les plis qu'elles font naturellement, imitent les tuyaux d'orgues ».

6. Le thème est très ancien ; voir l'article consacré à ce sujet sur un blog dédié à l'estampe.

7. LELOIR Maurice, Dictionnaire du costume et de ses accessoires, des armes et des étoffes des origines à nos jours, Paris, Gründ, 2012, p. 3 et 154.

8. Au XVIIe siècle, le pantalon désigne un vêtement long (jusqu'aux chevilles) et collant. Il est à tort employé pour désigner la mode sous Louis XIII (comme dans BOUCHER François, Hist.... et dans RUPPERT Jacques,  Le cost... ).