06 septembre 2008

La reine Margot en prostituée


Un petit mot pour pointer du doigt les horreurs de l'anachronisme cinématographique. Il ne s'agit pas de remettre en question la beauté et la magnificence des costumes. Il s'agit plutôt de souligner les énormités historiques qui font légion au cinéma en particulier pour les périodes qui vont au-delà du XVIIe siècle.

La reine Margot 

Dans le film de Patrice Chéreau, La reine Margot, la princesse Marguerite de France est habillée avec un costume qui ne correspond ni à l'époque ni au rang du personnage.

Premier point. La scène est sensée se passer en 1572, le jour des noces de la dite princesse. Or celle-ci arbore un décolleté complètement hors de propos, laissant apparaître de la manière la plus honteuse qu'il soit, les épaules de la jeune fille. Ce qui est aujourd'hui, pour nous, une grâce naturelle ne l'est pas pour l'époque. Un tel costume est impensable pour les moeurs du XVIe siècle. Il l'est encore moins pour une princesse d'un si haut rang. Il ne faut pas hésiter à le dire : Marguerite de France est habillée ici comme une vulgaire prostituée.

Le décolleté est bien une spécialité française. Mais dans le courant des années 1550 et 1560, un vent d'austérité en provenance de la catholique Espagne et de la calviniste Genève, l'a fait quasiment disparaître. Certes, dans le courant des années 1570, la reine Margot a contribué a remettre le décolleté à la mode, mais cela n'a été, ni ne pouvait aller aussi loin.

 

Ajout sur la photo d'une gorgerette et de manches

Quelques retouches à la photo permettent de se faire une idée du costume qu'Isabelle Adjani aurait du porter si l'historique de l'oeuvre avait été privilégié à l'esthétique. La poitrine est recouverte en partie par une gorgerette et la gorge, mise à nue, est mise en valeur par une petite collerette. Les bras et épaules sont entièrement recouverts. Malgré les retouches, il y a encore une énormité dans le costume. Il n'y a pas d'épaulettes. Pour la princesse, c'est très grave, car les épaulettes sont à la mode. Dans le courant des années 1570, plus les manches sont gonflées, plus ça fait classe.

Les problèmes de La reine Margot

Dernier point. Dans cette scène, Marguerite laisse retomber ses cheveux sur les épaules. Aujourd'hui, c'est une image agréable à notre regard, mais pour les gens de l'époque, même les plus audacieux, cette coiffure aurait fait l'objet d'un très beau scandale. La mode du temps voulait que les cheveux soient portés relevés en raquette. Marguerite qui était très coquette, était le modèle à suivre en la matière.

Marguerite et Henriette vers 1575Le commentaire est le même pour son "amie" Henriette. La duchesse de Nevers porte dans le film une coiffure qui n'a pas lieu d'être pour le XVIe siècle. Il n'est pas invraisemblable qu'elle portait comme la Reine Margot, une perruque blonde comme on peut le voir sur l'illustration. 

 

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21 décembre 2008

Haro sur le décolleté

 


Elisabeth (1998)Les mêmes commentaires sur La reine Margot peuvent être appliqués au film Elizabeth. Même si dans cette saga, il a été fait choix de respecter l'évolution du costume selon le déroulement de la fiction, une part de fantaisie demeure.

Le film s'ouvre par l'avènement de la jeune reine avec un décolleté qui n'est peut-être pas des plus séants. Les cheveux épars, Cate Blanchett donne l'image d'une femme jeune et gracieuse. Elle porte en réalité un costume qui est beaucoup plus propre à la mode italienne des années 1550 que de la cour des Tudor de ces mêmes années.

Elisabeth I vers 1560Le réalisateur n'a pas cherché à retrouver et à retranscrire l'image glacée que donnent les premiers portraits officiels de la reine. Ce ne sont que des représentations idéalisées dira t-on. Il n'empêche qu'ils permettent de comprendre le changement de mode qui s'opère entre le règne de Marie et celui de sa soeur.

Ils rappellent notamment l'influence du protestantisme et ses effets sur la mode. Le costume que porte Cate Blanchett est impensable chez les Calvinistes français. C'était surement moins évident à la cour d'Angleterre, mais les rares images que nous avons de cette cour montrent qu'elle était beaucoup moins glamour que celle interprétée dans le film de Shekhar Kapur. Nos goûts et nos mentalités s'accordent vraiment très mal avec ceux du XVIe siècle.

 

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02 avril 2009

A quelle époque historique renvoie La reine Margot ?


Margot, image du filmPermettez moi de revenir sur La reine Margot, pour vous présenter l'anachronisme des costumes de la scène du mariage.

L'histoire est censée se passer à une date précise (1572) dans un contexte déterminé qui est celui du début des années 1570, à la fin du règne de Charles IX. 

Il n'y a pourtant rien dans le costume qui ne permet de le confirmer.

 

1) Le collet monté (époque Louis XIII)

Guise, image du filmLe collet monté que portent la reine Margot et le duc de Guise est un élément de la mode des années 1610 qui ne fait son apparition progressive que sous le règne d'Henri IV. Il y a donc ici un anachronisme de 30 à 40 ans environ. A la vue des images, on se croirait quasiment au beau milieu du règne de Louis XIII.

 

2) La collerette Médicis

Catherine, rectification de la colleretteCatherine de Médicis porte une collerette à godrons que les dames de la reine Elisabeth d'Angleterre portent dans les années 1590 environ. Il y a dans cette image un anachronisme de 20 ans environ.

De la même manière que la coupe de nos pantalons modernes (pantalons larges ou slim par exemple), il faut bien prendre en considération que la forme des godrons, la taille de la collerette et le motif et la présence ou non de la dentelle correspondent à des décennies ou des périodes bien précises de la mode.

La collerette à godrons est née de l'exubérance de la mode propre aux années 1570. La reine Margot elle-même est celle qui la fait évoluer et diffuser en Europe. Mais au moment où la petite Marguerite se marie, où elle devient une femme, la collerette à godrons qui n'a qu'une dizaine d'année d'existence à peine, est très loin de présenter les formes de celles présentées dans le film.

Une retouche grossière effectuée sur la photo permet de corriger l'inexactitude.

Charles IX, image du film3) Le col en dentelle (époque Louis XIII)

Le roi Charles IX et son frère le duc d'Anjou portent un col en dentelle dans une découpe propre aux années 1625-1630 (voire encore 1640-1645). Une fois de plus, l'impression ressentie est que l'histoire se passe sous le règne de Louis XIII, impression que renforce la longueur des cheveux qui se portaient plutôt court sous Charles IX.   

cols des années 1580Le col que porte Jean-Hugues Anglade est-il historiquement douteux ? Au début des années 1570, le col porté à la cour est quasiment semblable à ceux que nous portons encore aujourd'hui. Toutefois, il existe sous le règne d'Henri III des cols -d'inspiration anglaise certainement- qui présentent une découpe quasi semblable mais sans pour autant avoir la même taille. Les cols en dentelle existaient déjà mais les revers ne se rabattaient pas encore sur les épaules.   

 

Reconstitution pour Charles IXL'inexactitude du col de Jean-Hugues Anglade n'est donc pas très grave. Il n'y a pas de critiques sérieuses à formuler dessus. Mais s'il avait été fait choix pour ce film de recomposer une période et de donner au film tous les éléments qui permettent de le resituer dans un contexte déterminé, la fraise aurait été largement préférable.

En conclusion, il paraît difficile de déterminer la période historique dans laquelle se situe le film La reine Margot car le costume renvoie à des périodes différentes, voire à une absence de période (notamment au niveau des coiffures). Le réalisateur a conçu son film sans chercher à procéder à une recomposition historique. L'univers façonné est celui d'un monde imaginaire construit sur une vision vague de la Renaissance.

Il est toujours bon de rappeler que La reine Margot est le type de film qui ne doit pas être pris comme un modèle de reconstitution historique mais uniquement comme une source d'inspiration artistique.

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07 septembre 2009

Le roi danse ... mais sans rhingrave


Benoit Magimel dans le roi danseBenoit Magimel est Louis XIVSi Le roi danse (2000) est un film de qualité au regard des costumes, on ne manquera pas de regretter leur anachronisme.

Alors que le film commence dès les années 1650, le roi et sa cour sont déjà habillés selon la mode des années 1670. Les hommes ne portent ni rhingrave, ni grand col, ni rubans, ni canons. A la place, ils sont habillés par des culottes et de longs justaucorps. Le roi danse ne représente pas la cour du jeune Louis XIV. C'est pourtant l'histoire de cette cour-là que le film raconte en partie.

La prise de pouvoir par Louis XIV de RosseliniEst-ce le choix du réalisateur Gérard Corbiau de ne pas rendre son film et ses acteurs trop ridicules ? La question se pose quand on regarde le film plutôt désuet de Robert Rosselini, La  prise de pouvoir par Louis XIV (1966). Les hommes sont habillés à la mode du début du règne du roi soleil. Les haut-de-chausses sont cachés par un rhingrave, sorte de jupe agrémentée de petits rubans. Les manches s'arrête au coude et le justaucorps s'arrête au nombril laissant apparaître la chemise (image ci-contre).

Est-ce une mode trop ridicule à notre société contemporaine ?

La scène du mariage dans MolièreLe film d'Arianne Mnouchkine Molière répond à la question avec force de manière négative. Le film date de 1978 et raconte de manière synthétique la vie de Jean-Baptiste Poquelin (le personnage est interprété par Philippe Caubère que l'on connaît généralement davantage que comme le papa de Marcel Pagnol dans La gloire de mon père)

La réalisatrice a cherché à retrouver l'ambiance de l'époque et grâce au costume, ce pari est pleinement réussi (images ci-contre et ci-dessous).

 

Louis XIV dans MolièrePhilippe Caubère est MolièreLe film redonne vie à la mode de l'époque avec une fidélité beaucoup plus respectueuse que Le roi danse. Et le résultat est puissant.

Molière n'a jamais été aussi bien dépeint. La société et l'atmosphère de l'époque n'ont jamais été aussi bien reconstituées.

J'encourage vivement le visionnage de ce film qui sans aucun doute fera date dans la représentation cinématographique du Grand Siècle. 

 

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14 mars 2010

Marguerite à nouveau "nue" dans Henri 4 (2009)


Armelle Deutsch et Julien Boisselier dans Henri IV (2009)Le 11 mars dernier, France 3 a diffusé en première partie de soirée le film Henri 4 de Jo Baier, un film allemand de production européenne qui raconte l'épopée fabuleuse de ce grand roi. En dépit de son gros budget et de la présence de bons acteurs, le film est une grossièreté innommable digne d'une production grolandaise. Sa malhonnêteté fait insulte au public et on s'étonne qu'en 2010, on laisse encore passer pour historique ce qui relève d'une vision ordurière et abrutissante. Mais le contenu historique n'est pas le propos de ce blog.

Aujourd'hui, je propose de reconstituer le costume que Marguerite de Valois portait vers 1580, quand elle vivait à la cour de Nérac au coté de son époux. Nous partirons d'une photographie du film qui représente Marguerite de Valois (jouée par Armelle Deutsch) et Henri III de Navarre (joué par Julien Boisselier). La reine y porte une robe et une coiffure renaissance à la mode des années 2000. L'ensemble conjugué à la grâce naturelle d'Armelle Deutsch est très esthétique. Mais pour l'époque, la reine Marguerite est comme représentée "nue", dépouillée de ses accessoires de mode dont elle était l'égérie.

épaulettescollerettesSi on considère que nous sommes en 1580, il faudrait lui rajouter : 

-  des épaulettes,

- une petite gorgerette pour cacher les épaules des regards impudiques des courtisans,

- une collerette en éventail,

- des manches ballonnées,

- quelques bijoux supplémentaires, car Marguerite est une reine ; je rappelle que nous sommes au XVIe siècle dans une société divisée en rang et en dignité et où les susceptibilité sociales provoquent autant de troubles que les différences religieuses. Le port des bijoux est réglementé par des lois ; à chaque titre de noblesse correspond un quota limité de diamants. Sur la photographie, la reine est davantage habillée comme une bourgeoise. 

Le costume de Marguerite reconstitué7- une coiffure en raquette (et pourquoi pas une perruque blonde comme elle en portait)

Ce qui donne :

 

 

 

Pour comparer avec les portraits de Marguerite de Valois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2010

Deuil des fraises


Affiche du film La Princesse de MontpensierL'année 2010 est marquée par la sortie dans les salles de cinéma de l'adaptation cinématographique de La princesse de Montpensier, une nouvelle du XVIIe siècle écrite par Madame de La Fayette. Le film se déroule pendant les guerres de religion au sein de la haute société aristocratique. Il met en scène les tourments sentimentaux d'une jeune femme soumise par les convenances de son époque et de son rang. Pour faire ressortir cette dualité, Bertrand Tavernier s'est efforcé d'ancrer son film dans le cadre moral de la société du XVIe siècle. Il y a de sa part un effort considérable de reconstitution historique qui se ressent à chaque instant dans le film (même si le cinéaste s'en défend). C'est ce qui lui donne toute sa crédibilité et en fait sa réussite.

Inévitablement, la comparaison avec La Reine Margot se présente à notre esprit. Le film de Patrice Chéreau était un film baroque donnant une vision fantaisiste et fantasmée de la cour des Valois.  A la trivialité traditionnelle des films historiques français, Bertrand Tavernier oppose une vision plus réaliste où la violence et la passion des hommes sont dissimulées par l'apparence des convenances.

Marie et ses prétendantsCet effort de crédibilité se ressent complètement dans le choix des costumes. Les protagonistes sont habillés dans des vêtements qui renvoient bien aux années 1560, époque où se déroule l'histoire. Les hommes portent de superbes hauts-de-chausses (indispensables pour cette époque où ils atteignent leur volume maximal). Les épaules de la princesse sont recouvertes par de belles gorgerettes et, point important, la beauté et la qualité de ses robes la distinguent des autres femmes de sa maison. Le costume doit en effet être un reflet social et dans le film de Tavernier, il y parvient.

AnjouEvidemment, je ne peux pas m'abstenir de relever ici et là quelques aspects étonnants. La séquence de la cour est plutôt décevante (soulignons l'apparition très caricaturale de la reine Catherine). Tavernier ne s'attarde heureusement pas à filmer les courtisans et il fait bien car on aperçoit une incohérence des costumes. Une collerette à la Médicis y fait d'ailleurs une apparition anachronique mais heureusement brève. On peut également s'étonner du choix de certains chapeaux que portent les protagonistes comme l'espèce de béret que porte le duc d'Anjou ou la toque très contemporaine de la princesse.   

L'aspect le plus regrettable du costume reste l'absence totale des fraises. Même si le film s'en passe très bien, on ne peut manquer de réagir aux propos de Bertrand Tavernier. Ils sont tirés d'un article de l'Express :

"Sur le plan esthétique, il fallait à tout prix éviter le côté reconstitution historique. C'est pourquoi j'ai refusé de me baser sur des peintures. Dans les tableaux, les personnes étaient spécialement habillées pour l'occasion. Le résultat ne reflétait pas la réalité. J'avais adoré pour cela La reine Margot, de Patrice Chéreau, où les héros étaient le plus souvent en chemises et non en tenues d'apparat. Essayer de singer des cérémonies d'époque est comparable à quelqu'un qui voudrait filmer des paysans dans les champs en se basant sur les photos de leur mariage ! C'est pourquoi, ici, personne ne porte de fraises, ces cols soi-disant caractéristiques du XVIe."

la princesse de Clèves (1961)Tavernier a raison de souligner que la fraise n'est pas forcément un accessoire de mode caractéristique du XVIe siècle. Il s'agit effectivement d'une tendance qui ne se développe qu'à partir des années 1550 et qui présente selon les époques une forme variée. En revanche, le cinéaste fait totalement fausse route quand il réduit la fraise à un accessoire de portrait. C'est précisément à l'époque où se déroule le film (fin des années 1560 et début des années 1570) que la fraise devient précisément la grande mode. Dans un milieu aussi cérémonieux que la cour, elle était omniprésente. Elle avait donc sa place dans le film et ce d'autant plus que l'histoire se passe dans un cercle aristocratique sinon princier.

Malheureusement, nous vivons actuellement dans une époque où les cinéastes qui abordent cette époque rejettent la fraise. Pour eux, c'est un colifichet qui coûte cher et qui renvoie une image à la fois kitsch et désuète. On pense notamment aux vieux films guindés des années cinquante comme l'excellent film de Delannoy, La princesse de Clèves, sorti en 1961 (image ci-dessus). Les fraises ont également beaucoup été utilisées pour caricaturer des personnages ridicules (dans les dessins animés par exemple).  De fait, le cinéma rejette aujourd'hui cet accessoire qui était si tendance sous Charles IX. Tavernier n'échappe pas lui-même aux dictats de la mode. Son film reste un reflet de sa propre époque.

le prince fraiséL'autre problème des fraises, c'est que faute de documentation suffisante, on a encore du mal aujourd'hui à saisir l'évolution de son usage. Les arts du spectacle semblent encore beaucoup ignorer la richesse de la diversité de la mode au XVIe siècle. Il existe en effet autant de différences entre les années 1560 et 1580 qu'entre les années 1960 et 1980. Dans la majorité des films et des spectacles où elle est utilisée, la fraise est soit anachronique, soit disgracieuse. Si Tavernier les avait employées dans son film, il est probable qu'elles auraient fait tâche.

image originale du princeEvidemment, puisqu'il s'agit là de mon plaisir, je n'ai pas manqué de retoucher certaines images du film en les mettant à la mode de l'époque. Sur l'image originale (à droite), Grégoire Leprince-Ringuet qui joue le prince de Montpensier portait sous son pourpoint une chemise garnie d'un ruché comme on en portait sous François Ier (costume donc démodé). C'est ce ruché qui se développant avec le temps a donné naissance à la fraise. Le photomontage (ci-dessus à gauche) le représente désormais avec une fraise de la mode de 1570 ; les godrons se présentaient sous une forme arrondie et la fraise sous un aspect haut et étroit.

fraise mal mise à droiteDe la même façon qu'une cravate, une fraise ne se met pas n'importe comment. Il y a des manières pour la porter avec classe. Son intérêt est de mettre le visage en valeur. Elle doit cacher le cou pour que le visage apparaisse entièrement découpé. L'image de gauche présente par exemple une manière désinvolte sinon grotesque de porter la fraise. C'est un détail mais qui fait tout.

 

 

Le prince en colA défaut de fraise, le prince aurait pu également porter un col (image de gauche). Pendant les guerres de religion, le col est également un accessoire de mode très prisé. Sous Henri III, il semble même progressivement remplacer la fraise.

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18 avril 2012

Les adieux à la reine


Affiche du filmCe mois-ci est sorti au cinéma un film original sur la cour de Marie-Antoinette, Les adieux à la reine (de Benoît Jacquot). Je m'écarte un peu de l'époque habituellement traitée sur ce site pour parler de ce film qui présente l'intérêt de traiter l'Histoire sous une forme nouvelle.

Son originalité est qu'il présente les évènements du 14 Juillet du point de vue des domestiques et qu'il est filmé de façon réaliste, quasiment à la manière d'un documentaire. Il évite la faute grave que commettent beaucoup de films « historiques » qui cherche à expliquer au spectateur le contexte en lui faisant bêtement un cours d'Histoire. Ce n'est pas le cas ici. On a presque envie de dire « Enfin un film d'Histoire crédible! ». Je dis bien « presque »...

Presque, parce que le film est l'adaptation d'un roman (ce dont je ne parlerai pas ici) mais surtout parce que le costume n'a pas été traité avec sérieux. Si le costume est essentiel pour rendre un film historique crédible, ici, l'aspect des vêtements gâche tout. La mode de l'époque n'a absolument pas été respectée.

Kirsten DunstSymbole clinquant de ce décalage, Marie-Antoinette (jouée par Diane Kruger) apparaît avec une haute perruque de coloration blonde platine, laissant une impression qui n'est pas sans rappeler le glamour de Marylin Monroe ou les coiffures de Kirsten Dunst dans la Marie-Antoinette de Sofia Coppola (image de droite). On est là dans une représentation de la reine qui répond aux critères de la mode de notre siècle mais pas à ceux des Lumières.

Ce qui était pardonnable au film de Coppola, l'est beaucoup moins pour Les adieux à la reine. Le film de Coppola assumait son caractère décalé et anachronique. Le coté rose bonbon des costumes participait au style « branché » du film. En revanche, pour les adieux de la reine, on est dans un registre qui se veut plus crédible. Le film s'illustre par le réalisme de la mise en scène et des dialogues, c'est regrettable que le costume n'aille pas dans le même sens. Le choix des costumes casse toute l'originalité du film.

Il y avait pourtant mille façons de coiffer la reine...

Marie-Antoinette années 1780

Portraits vers 1790

Essai de coiffure (à droite)

Le choix des costumes des adieux de la reine est d'autant plus regrettable que le scénario du film porte plusieurs fois l'attention du spectateur sur l'habit vert de Gabrielle de Polignac (jouée par Virginie Ledoyen). L'histoire aurait gagné en crédibilité si cette robe avait été accordée avec la mode de l'époque...

Retouche rapide sur le costume


Jane SeymourLes adieux à la reine souffre immanquablement de la comparaison avec La Révolution française (1989) film qui traitait également des évènements de l'été 1789 (quoique de manière plus furtive). Jane Seymour y incarnait une Marie-Antoinette formidable (peut-être la meilleure dans ce rôle ?), aidée par des costumes beaucoup plus respectueux de la mode. La Révolution française est ce genre de film historique qui prouve que le cinéma peut respecter la mode désuète d'une époque sans pour autant paraître ridicule.

Le rapprochement des deux films ne peut être évité. Les adieux à la reine est inspiré de La Révolution française ; la scène principale où Diane Kruger (Marie-Antoinette) serre contre elle Virginie Ledoyen (Polignac) n'est que la reprise de la scène où Jane Seymour enserre dans ses bras Gabrielle Lazure incarnant la princesse de Lamballe (ci dessous à gauche).

La révolution française (1989)Les adieux à la reine (2012)

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09 mars 2013

La cour des Tudor sous Henri VIII


 

Les TudorsDepuis le début de sa diffusion à la télévision en 2008, la série des Tudors a fait l'objet de beaucoup d'éloges. La raison du succès ? un scénario bien ficelé, des mannequins en guise d'acteur, des scènes érotiques très osées et des costumes d'une qualité exceptionnelle.  

Si je n'avais pas encore posté d'article à ce sujet, c'est parce qu'il n'y avait pas grand chose à dire des costumes sur le plan historique. Les producteurs l'ont affirmé eux-mêmes ; les Tudors est une oeuvre de fiction qui relève de l'interprétation ; les costumes procèdent davantage de la création artistique que de la recherche historique.

L'objectif était clair : les Tudors doivent plaire à un public jeune et moderne et pour y parvenir, la série doit donner à la Renaissance un aspect à la fois contemporain, sensuel et glamour. Le message est sans équivoque, les affiches officielles de la série présentent les personnages principaux dans des poses lascives et des tenues légères, très éloignées des principes de représentation de la cour sous Henri VIII (image ci-dessus).

Portrait d'Henri VIIILe public a pu le constater par lui-même ; les acteurs ont été castés pour leur beauté et leur sex-appeal : aucune importance n'a été donnée à la ressemblance physique avec les personnages historiques apparaissant dans la série. Le décalage est énorme entre les portraits du roi Henri VIII, de corpulence importante et le physique svelte et glabre de l'acteur Jonathan Rhys Meyers qui l'incarne (d'ailleurs il est amusant de voir qu'il y a toujours des fans qui ont besoin de se rassurer en se disant que les contemporains du roi disaient qu'Henri VIII était un beau jeune homme dans sa jeunesse ; le témoignage est totalement subjectif et ne correspond pas à ce qu'était le roi à 30 ans, quand il apparaît au premier épisode). 

Pour que la série des Tudors parle au public d'aujourd'hui, les costumes d'époque ont été totalement réinterprétés. De fait, la série donne davantage d'informations sur les tendances du XXIe siècle que sur la mode de la Renaissance. Les marques les plus évidentes de cette transformation sont les coiffures qui n'ont absolument rien du XVIe siècle (image ci-dessous).

Coiffure des années 2000 dans les Tudors

***

 

Dans Les Tudors, la plupart des costumes que porte la reine Anne Boleyn (jouée par Natalie Dormer) sont fantaisistes ; les éléments vestimentaires qui évoquent le passé sont anachroniques,  que ce soit la collerette (qui n'existe pas à son époque), les chapeaux et les mancherons, il n'y a quasiment rien de vraisemblable sur le plan historique (première ligne d'images ci-dessous).

Les autres femmes de la série ne sont pas moins mal loties. Les reines Catherine d'Aragon, Jeanne Seymour et Anne de Clèves ressemblent plus à des princesses de Disney ou à des personnages de science-fiction. L'habillement de Jeanne Seymour est clairement emprunté à Blanche-neige, une manière de présenter la reine comme une oie blanche (deuxième ligne d'images ci-dessous).

Anne Boleyn par Natalie Dormer

Catherine, Jeanne Seymour et Anne de Clèves

Deux soeurs pour un roi (2008)Pour saisir l'importance du décalage entre la réalité historique et le monde imaginé dans Les Tudors, il importe d'établir des comparaisons avec d'autres films. Ils furent très nombreux sur cette époque et cette histoire en particulier. Le dernier en date, est sorti en France en 2008 (la même année que le passage des Tudors à la télé) : il s'agit de Deux soeurs pour un roi (The Other Boleyn Girl).

Même si le style des costumes peut toujours être discuté, ces derniers ont beaucoup plus de vraisemblance historique que dans Les Tudors.

Plusieurs aspects vestimentaires méritent d'être salués. Au niveau de la tête, les femmes apparaissent revêtues de la coiffe en gable, caractéristique de la cour des Tudor. Les deux soeurs Boleyn (jouées par Natalie Portman et Scarlett Johansson) portent l'escoffion à la française qu'elles ont ramené de leur séjour à la cour de France (images ci-dessous). La forme de ces coiffes sont d'une précision très réaliste et beaucoup plus fidèle que les accessoires de diadème inventés dans la série des Tudors.

Au niveau des tenues, les femmes portent de larges revers de manche, qui est l'élement vestimentaire omniprésent et la mode caractéristique de la première moitié du XVIe siècle. On ne l'aperçoit que de manière passagère dans les dernières saisons des Tudors.

Deux soeurs pour un roi

Dames anglaises de la cour des Tudor

 

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Jonathan Rhys MeyersLe caractère fantaisiste de la série des Tudors apparaît également dans le costume masculin. La dimension érotique recherchée par les producteurs ressort à travers l'usage abusif du cuir. Avec son pourpoint noir et ses longues bottes, ou ses pantalons en cuir qui lui moulent les cuisses, Jonathan Rhys Meyers incarne un roi très Rock'n roll (image ci-contre). Pour les lecteurs qui l'ignorent peut-être, le style Rock'n roll est apparu au XXe siècle et n'a rien à voir avec la Renaissance (je le dis sans ironie, parce qu'il y a des personnes qui ne le savent pas forcément). Les Tudors sont à la limite de la fantasy ; l'allusion à des films de science-fiction comme Matrix saute aux yeux dans l'une des images officielles de la saison 3 (image ci-dessous).

Dans la conception des costumes des Tudors, il y a évidemment une inspiration du style Renaissance, mais malheureusement, les éléments vestimentaires inspirés du XVIe siècle, sont anachroniques. L'habillement ne renvoie pas à la mode de la cour d'Henri VIII mais plutôt à celle de la reine Elisabeth Ière. Il y a dans la silhouette générale, un anachronisme de plusieurs décennies. Le roi porte des pourpoints et des hauts-de-chausse apparents et courts (image ci-dessus), alors que sous Henri VIII, les gentilshommes portent surtout la saie, une tunique qui descend jusqu'au genou ; le reste de la silhouette est le plus souvent camouflé par un très gros manteau qu'on appelle la chamarre. Cette dernière apparaît dans la série mais dans des coupes qui ne relèvent pas de la mode de l'époque (plutôt celle des générations suivantes). Quant à la tunique, elle apparaît plus rarement dans les dernières saisons, mais dans des formes et des matières totalement réinventées. Le pourpoint est omniprésent dans la série, alors que c'est plutôt une mode de la seconde moitié du siècle. Sous Henri VIII, le pourpoint est d'abord un vêtement de dessous qui se porte sous un collet ou une tunique.

Costumes masculins des Tudor

Henri VIII par Eric BanaA contrario de la série des Tudors, les costumes masculins du film Deux soeurs pour un roi, illustrent très bien les tendances de l'époque d'Henri VIII : des vêtements amples et lourds, incarnations de la fastuosité et de la magnificence propre à cette période. La mode est à la silhouette large ; les hommes doivent en imposer par leur carrure. Le roi Henri (joué par Eric Bana) apparaît presque toujours avec sa superbe chamarre doublée de fourrure et étoffée de volumineux mancherons (ligne d'images ci-dessous). Ce sont ces énormes mancherons qui manquent à la série des Tudors.

On ne peut manquer aussi d'apprécier la présence constante des couvre-chefs sur la tête des personnages. Alors que dans Les Tudors, la plupart des hommes apparaissent nu tête, dans Deux soeurs pour un roi, le roi ne quitte guère son chapeau, accessoire indispensable pour tout monarque qui « se produit » en public (un peu comme le sac à main de la reine d'Angleterre aujourd'hui) : le chapeau contribue à renforcer la majesté du souverain.

Henri VIII par Eric bana

Portraits d'Henri VIII

 

***

 

Pour terminer, je laisse ci-dessous un montage représentant les deux acteurs principaux de la série des Tudors dans des costumes d'époque (et une corpulence plus importante pour Jonathan). Je vous laisse apprécier - ou pas - ce que l'usage d'un costume réaliste aurait pu donner...

Jonathan et Natalie en costume Henri VIII

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